Glory

L’une des particularités de Britney Spears, c’est que son étonnante longévité médiatique est inversement proportionnelle à l’intérêt que le public lui porte dans les bacs. Des 30 millions de ventes de Baby One More Time, elle est passée aux 24 millions de Oops ! I Did It Again…, aux 15 millions de Britney, aux 10 millions de In The Zone, aux 3 millions de Blackout, aux 4,5 millions de Circus, aux 800 000 de Femme Fatale et aux 600 000 de Britney Jean… Bref, elle est désormais loin de ses glorieux standards de début de carrière, qui firent d’elle un véritable phénomène culturel, et une tête de proue de l’industrie. Même avec les circonstances d’un marché dominé par le streaming, quand une Adele dépasse toujours sans peine les dix millions d’exemplaires vendus, l’excuse de la crise du disque est faiblarde de la part de l’une des plus grosses stars de la pop mondiale. Britney, c’est aussi deux albums de remixes et cinq (CINQ) best of en dix ans. Un signe inquiétant, avec sa résidence à Las Vegas, de momification précoce de la carrière de celle qui reste, de manière de moins en moins justifiée, la popstar la plus scrutée du XXIème siècle. Britney, artiste vintage condamnée à vivre sur sa gloire passée et sur son répertoire d’il y a quinze ans pour intéresser des cars de touristes dans le Nevada, à la manière d’une Cher ou d’un Elton John ? Il semblerait, oui. Inutile de dire que, les Américains adorant les belles histoires, le moment est venu pour la chanteuse de nous prouver qu’on a tort, de rebondir et de pondre son Ray of Light, son album de la maturité, celui qui doit la faire briller à nouveau au firmament des charts mondiaux. Et les critiques de s’enflammer pour Glory, l’album merveilleux qu’on n’attendait plus, malgré sa pochette moche et son lead single dégueulasse : c’est génial, c’est brillant, c’est une réinvention. Ah bon.

Review, titre par titre.

 

 

britney-spears-glory

 

Invitation

 

Introduction tout ce qu’il y a de plus interchangeable : on dirait un rejet de Katy Perry, qu’on croirait d’ailleurs entendre au détour de certaines intonations saccadées. Un filler sans grand intérêt, qui pourrait presque avoir l’air d’un single potable à côté de…

 

Make Me… (feat. G-Eazy)

 

On a déjà beaucoup glosé sur ce lead single, probablement le plus faible de la discographie de la donzelle, quand même Hold It Against Me et Work Bitch, deux leads qui avaient de vrais défauts, ont pourtant réussi à faire illusion dans les charts. Make Me… n’aura a priori pas ce pouvoir. La faute à un titre lancinant, qui tente de construire un build-up sur les cendres du son des « jeunettes » qui ont tenté de la détrôner (on sent des influences de Miley Cyrus ou de Katy Perry – encore – ici ou là, et le R’n’B contemplatif lounge à la The Weeknd), mais n’aboutit que sur un refrain faiblard, efficace à force de répétitions mais clairement pas au niveau des standards de la Spears, dont les lead singles étaient, par le passé, des earworms imparables. Le clip n’a clairement pas sauvé le titre, voire a contribué à l’enterrer un peu plus, malgré la bonne volonté des fans hardcore pour défendre leur idole en ligne.

 

 

Private Show

 

Euh… c’est une blague ? On dirait un générique de sitcom ou de dessin animé. Mais qui dure vraiment trop longtemps. Genre 3 minutes 30 de trop.

 

 

Man On The Moon

 

Rebonjour le vocoder. Bizarrement, le titre est attachant, il a quelque chose de teen pop, des sonorités « début des années 2000 » qui passeraient pour complètement ringardes sur le disque de n’importe quelle autre nana, mais qui relèvent presque du fan service sur un album de Britney : il y a là une légèreté un peu ridicule, dans la lignée des vieux singles dans lesquels Britney jouait l’amoureuse passionnée d’un bellâtre qui n’en avait probablement rien à carrer. Britney, cette éternelle lycéenne.

 

 

 

Just Luv Me

 

Aux sonorités glaciales manifestement piquées chez ses rivales suédoises, Britney ajoute son filet de voix en mode amoureuse sexualisée, qu’elle activait quand elle voulait qu’un titre ait l’air plus sulfureux qu’il ne l’était vraiment il y a quinze ans. Malheureusement, le refrain est faiblard, et faute d’un clip vraiment réussi, ça va être compliqué à défendre en club comme en FM.

 

 

Clumsy

 

Le titre chelou qui a fait couler un peu d’encre à sa sortie, parce qu’on ne savait pas trop ce qu’elle foutait, mais a vrai dire, c’est plutôt réussi. Les chœurs portent le titre, dans des directions dance et R’n’B que n’aurait pas renié la chanteuse il y a quelques années, notamment période Blackout et Circus, avec des effets pompiers qui, eux, n’auraient pas fait tâche sur Femme Fatale.

 

 

 

Do You Wanna Come Over?

 

La sucrerie pour clubs concoctée par Mattman & Robin. Le titre supposé faire le fan service : ça parle de booty call, il y a un build up avant le refrain, des guitares faussement vintage, des voix qui crient des trucs dans le refrain en mode « put your hands up » pour que toutes les dindes fassent des gros wooooooo quand le titre passera en club. Sympa, sans conteste. Mais pour ma part, ça ne rattrapera pas la cata du lead single comme avait pu le faire Till The World Ends en 2011.

 

 

Slumber Party

 

Là, on a un single potentiel, avec un vrai refrain, un gimmick (aïe aïe aïe) (lol) (et aussi des oh oh oh qui ne sont pas sans rappeler ceux de Seal It With A Kiss, un titre de l’ère Femme Fatale passé relativement inaperçu), une dose de fun un peu de la gravité qui caractérise le son dance ces derniers mois. Pas vraiment le hit de l’année mais au moins un titre qui peut faire quelque chose dans les classements s’il est porté par un clip et une promo corrects.

 

 

Just Like Me

 

Un titre aux accents Linda Perry-esques dans ses premières mesures, qui vire très vite à la soupe électro façon Black Eyed Peas : on dirait un peu Double Rainbow de Katy Perry. Oui, ça commence à faire beaucoup de Katy Perry dans une review sur Britney, tout ça.

 

 

Love Me Down

 

Un titre de Rihanna sur un album de Britney, c’est un peu une surprise. Bon, rien ne dit que le titre a été écrit pour la barbadienne, mais on ne peut s’empêcher de penser à elle quand on l’écoute. Pas désagréable, d’ailleurs, avec son refrain en La La La Love Me Down

 

 

Hard To Forget Ya

 

Ça ferait un bon single mineur (genre cinquième ou sixième single, qui ne ferait pas trop l’événement), sans plus. Là, elle a clairement à nouveau piqué des sons chez Tove Lo et chez Nick Jonas, avec d’ailleurs Ian Kirkpatrick à l’écriture. Mais c’est plutôt sympa. Le refrain a de faux airs de Get Lucky.

 

 

What You Need

 

Rigolo de trouver un peu de funk et de soul (en version édulcorée) ici, avec une énergie assez communicative de la part de Britney. C’est cool. On sent cruellement, toutefois, à quel point le titre aurait eu plus de gueule avec la puissance de feu de la voix de Christina Aguilera. Mais that was fun

 

 

Better

 

Les sonorités tropical house teintées de percussions « tribales » font de ce titre l’un des plus « dans l’air du temps » de l’album. On a l’impression qu’on va entendre surgir là voix de MØ d’un instant à l’autre… Clairement un single potentiel.

 

 

Change Your Mind (No Seas Cortes)

 

A mon sens, une tentative d’adaptation latino de Selfish, un titre de la chanteuse que tout le monde a oublié. Peut-être un futur single, pour montrer au grand public à quel point Glory est un album de la réinvention pour elle, mais tout ça commence à manquer un peu de cohérence…

 

Liar

 

Sia ? C’est toi là-bas dans le noir ?

 

If I’m Dancing

 

Un titre plutôt accrocheur, dance premier degré à la Jennifer Lopez feat. Pitbull (on est quelque part entre Dance Again et Live It Up) : autant dire quasiment aucune chance de le voir sortir en single dans le cadre de l’exploitation « respectable » de l’album. Pourtant le refrain est pas mal.

 

 

Coupure Electrique

 

Euh… caméra cachée ?

 

 

 

 

En somme, avec Glory, Britney n’opère pas vraiment (du moins je trouve) le comeback tant espéré et annoncé par certains : je lis ici où là que c’est son meilleur album depuis dix ans, peut-être son meilleur depuis In The Zone. Perso, je trouve que c’est un album de Britney « normal », comme elle en a pondu la majorité depuis 1999 : des titres sympas et des fillers, avec cette fois-ci une grosse impression de buffet garni, allant lorgner du côté des sons du moment avec plus d’acuité que jamais (y’a qu’à voir la team aux manettes), de l’électro shootée au vocoder, à la house tropicale, en passant par la soul et le R’n’B des années 2000. Rien de neuf, ou pas grand-chose, sous le soleil. Si ce n’est cette sensation qu’on a écouté un album sympa de Katy Perry, ou juste un album potable de Britney Spears… Et que c’est pas encore demain qu’elle va nous refaire un tube de la trempe de Toxic.

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