Moka

 

moka_mercedes

 

On voit déjà venir, parmi les habituées des César, les probables nominations, en janvier prochain, de Marina Foïs et d’Emmanuelle Devos, pour le César de la meilleure actrice 2017. C’est que leurs deux films, Irréprochable et Moka, sortis à quelques semaines d’intervalle, présentent de troublantes similarités, du moins dans le type de rôle féminin principal qu’ils proposent. Dans les deux cas, on a un thriller / portrait de femme quadragénaire moralement et psychologiquement en chute libre, au bord de l’explosion, qui stalke une « proie » inconsciente de ce qui se joue à quelques mètres de ses fenêtres en pleine nuit, dans un cadre de province bourgeoise, et une tentative manifeste, dans le scénario comme dans la mise en scène, d’ambiance chabrolienne voire hitchcockienne : la tension est palpable et on passe les trois quarts du film à redouter l’instant où le personnage va basculer, où les apparences policées vont sauter, où la décharge d’ultra-violence va intervenir. Moka diffère toutefois de Irréprochable dans ses intentions et dans sa folie borderline, nettement plus canalisée chez Diane, le personnage légèrement plus lumineux d’Emmanuelle Devos, que chez la Constance de Marina Foïs.

 

 

moka emmanuelle devos

 

Le pitch, selon Allociné :

Munie de quelques affaires, d’un peu d’argent et d’une arme, Diane part à Evian. Elle n’a qu’une obsession : retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka qui a renversé son fils et bouleversé sa vie. Mais le chemin de la vérité est plus sinueux qu’il n’y paraît. Diane devra se confronter à une autre femme, Marlène, attachante et mystérieuse…

 

 

 

Les deux atouts majeurs du film sont, manifestement, le matériau de base (le livre de Tatiana de Rosnay dont c’est l’adaptation) et l’interprétation des actrices principales. Car le reste est un peu sage et menace à tout moment de sombrer dans le tout venant de la fiction de vengeance classique : une héroïne percluse de douleur, de névroses et de doutes, qui hésite entre pardonner et appliquer un bon vieux « œil pour œil ». Et c’est vrai que le film va par là, mais il contourne de manière inattendue le cheminement lambda de la quête de justice inhérente à ce type d’histoire.

 

 

Nathalie-Baye-Moka

 

Si Emmanuelle Devos est excellente en femme au bord de l’implosion, dont le comportement et le langage corporel provoque le léger malaise précédant l’instant où une femme secrète va commettre l’irréparable, c’est Nathalie Baye, en femme mûre doutant d’elle mais résolue à rester heureuse (une stabilité et une tranquillité d’esprit d’autant plus insupportables pour sa nouvelle ennemie), qui illumine le film de son humanité et de son ambiguïté. A mesure que Marlène, dont la culpabilité apparaît certaine au bout d’une vingtaine de minutes du film, révèle son visage de femme bienveillante mais trouble, les plans d’exécution de Diane se brouillent, malgré les preuves qui s’accumulent. Il fallait du talent pour donner corps à ce personnage ambigu et nous faire ressentir, à nous les spectateurs, l’hésitation de l’héroïne face à cette victime en devenir. Dommage que les dix dernières minutes du film tombent un peu à plat, façon téléfilm, car le duo de comédiennes et le cheminement personnel de l’héroïne permettent réellement, si on excepte ces moments un peu trop sages, à Moka de laisser une petite empreinte sur ses spectateurs.

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