300 millions…

 

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Oui, bon, ce n’est plus vraiment la peine de crier avec la meute : tout le monde y est déjà allé de son couplet outré ou enthousiaste sur Suicide Squad, qui a eu la lourde tâche d’assumer la place du « gros blockbuster obligé de tout dégommer sur son passage tellement il y a eu de promo dessus », lors de cet été 2016 globalement sinistré sur ce créneau (Jason Bourne fait le job mais ne soulève pas les foules, Ghostbusters soulève quelques sourcils d’embarras, les gars de Marvel ont tout balancé depuis un bail avec Captain America : Civil War et X-Men 28 et on ne peut pas dire que ça ait marqué l’histoire du cinéma…).

Donc je n’entrerai pas dans les détails qui m’ont gêné dans ce film : ce sont les mêmes que tout le monde. La performance de Jared Leto qui souffre difficilement la comparaison avec celles de Jack Nicholson et de Heath Ledger dans le même rôle, les seconds rôles sans consistance ni réelle backstory mais qu’on met là pour pas faire genre c’est juste un film de Will Smith, la promo exagérément axée autour du Joker alors qu’il ne dépasse pas les 15 minutes de présence à l’écran, l’absence de charisme de l’ensemble, le postulat ridicule de se préparer à l’éventualité d’un Superman méchant avec des humains méchants sans superpouvoirs (bien viser avec un flingue, très utile face à un Superman à l’épreuve des balles ; lancer un boomerang, n’en parlons même pas ; être folle et ingérable et avoir une batte… euh, seriously ? Ah pardon, Harley Quinn c’est pour le quota « personnage principal féminin tendance Lara Croft en mini-short ») alors qu’il y a des méta-humains « gentils » qui ne demanderaient qu’à aider, la comparaison peu flatteuse face à l’irrévérence de Deadpool (ces « méchants » ne sont ni drôles, ni trash, ni flippants, et ont des motivations de gentils : retrouver son amoureux, expier la mort de ses proches, se montrer digne de sa fifille…), les punchlines globalement nullissimes, Viola Davis en pilote automatique dans un rôle qui s’avère nettement moins badass qu’on ne nous l’a vendu…

 

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Bref, Suicide Squad, c’est une daube, on l’a tous compris. Sauf que le film vient de dépasser les 300 millions de dollars au box office US et approche les 700 millions au niveau mondial (déjà dans le Top 100 des plus gros succès au box office de tous les temps, devant Interstellar, Man of Steel ou le dernier volet de Hunger Games) : c’est un carton commercial. Donc le bouche-à-oreille négatif n’a pas fonctionné, ou (je n’ose y croire), autant de gens ont kiffé ce film aux caractérisations, scénarios et mise en scènes paresseux… Un signal assez flippant à envoyer aux studios hollywoodiens, qui vont continuer à nous proposer des versions dégueu de leurs films en salles, avant de nous vendre à prix d’or une version Director’s Cut correcte, un an après la première sortie DVD. Continuez à vous foutre de la gueule du public, les gars : ça fonctionne. Super. Heureusement qu’il y a du choix au ciné, mais l’idée que les blockbusters, ces gros films populaires à base de stars, de grosse histoire et d’effets spéciaux clinquants, qu’on va voir pour en prendre plein la vue et la tête, vont devenir de moins en moins malins et de plus en plus calibrés pour remplir un cahier des charges fainéant entre franchise et construction scénaristique pauvre (sommairement : rencontre entre les héros / enjeu de coopération forcée / première mission plus ou moins ratée / début de complicité / deuxième mission réussie / trahison ou autre remise en cause / sauvetage / « boss » final), c’est quand même un peu triste.

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