Bridget Jones’ Baby

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Parfois, la marque est tellement puissante que la médiocrité du produit vendu ne nous apparaît qu’après coup, voire jamais, laissant l’expérience de consommation dans un bain de flou bienheureux : on a passé un bon moment, même si objectivement c’était un peu nul, et si on aurait trouvé ça bof avec une autre étiquette sur l’emballage. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec Bridget Jones’ Baby, aka Bridget Jones 3 « vite dépêchons-nous de tourner avant que ça se voie vraiment trop que Colin Firth a soixante piges et que Renee Zellweger est ménopausée ». C’est pas qu’on passe un mauvais moment, hein, au contraire, on prend même un certain plaisir à retrouver la célibataire de cinéma qui sert absurdement de mètre-étalon aux célibataires trentenaires du XXIème siècle alors qu’elle est essentiellement définie par son rapport aux hommes et que ses maladresses au boulot confinent au manque total de professionnalisme… Mais on ressort de là avec l’impression un peu gênante qu’on ressent la plupart du temps après être allé voir un « numéro 3 » au cinéma : celle d’avoir été un peu pris pour un con par des producteurs roublards, qui nous ont fait perdre deux heures devant un produit pas génial, par la seule puissance de la marque et d’une nostalgie un peu périmée.

 

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Tout d’abord, et pour être honnête, j’avoue ne pas avoir lu Bridget Jones Mad About The Boy, le troisième roman d’Helen Fielding mettant en scène l’héroïne londonienne. Je sais que Bridget Jones’ Baby n’en est pas l’adaptation, puisque dans ce troisième tome Bridget est une veuve cougar de 51 ans, quand à l’écran Renee Zellweger n’en a que 43 et que Mark Darcy est toujours bien vivant. Mais même sans l’avoir lu (ça ne me disait rien de lire encore une histoire où Bridget Jones repartirait de zéro dans sa vie amoureuse, parce qu’il faut bien qu’elle soit célibataire pour que l’auteure ait quelque chose à raconter, vu que sans amour à conquérir il faut croire que cette pauvre Bridget n’a rien à attendre de la vie), j’ai abordé ce troisième film avec une certaine appréhension.

 

 

Déjà, il y a les films précédents. Si le premier volet était à peu près réussi (mais loin d’être aussi bien que le roman, et exagérément célébré partout dans le monde), le deuxième était une belle cata, bruyante et grotesque, cachant mal son manque de souffle derrière une B.O. tonitruante qui entrecoupait les scènes toutes les trente secondes à grands coups de Beyoncé, de Robbie Williams et de Joss Stones. Bon bah dans ce troisième film, c’est pareil : on nous balance du Jess Glynne et du Years & Years pour ponctuer chaque scène, toutes sirènes hurlantes, pour bien nous signifier que c’est un film dans l’air du temps, d’actualité, jeune, frais… et pas une opération marketing opportuniste destinée à ressusciter une marque essorée auprès d’une cible trentenaire en 2001 et désormais dans sa quarantaine bien tassée. Le problème, c’est que ça sonne faux, genre mémère ringarde qui essaye d’avoir l’air dans le coup, mais trois ans trop tard, à l’image de la scène navrante sur le Gangnam Style. Mention spéciale, aussi, au caméo bien gênant d’Ed Sheeran, dans l’une des scènes les plus embarrassantes du film, dans le genre « trying too hard ».

 

 

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Et puis il y a les critiques (un peu injustes) relatives à la minceur désormais affichée par Renée Zellweger, pas vraiment conforme à l’idée que l’on se faisait du personnage et de ce qui la rendait unique : pas spécialement mince ni très disciplinée niveau sport, bouffe et clopes. Ici, Bridget Jones est parvenue à son « poids idéal », et les fans de la première heure crient au scandale, au lissage du personnage, au diktat hollywoodien. Pour ma part, je remarque surtout que le sujet du poids de Bridget est brièvement évoqué en début de film puis évacué des conversations par la suite, et j’y vois donc surtout le fait qu’on balaie le sujet d’un revers de la main pour ne pas s’épancher sur le fait que Renée Zellweger, à 47 ans, n’avait probablement plus envie de jouer au yoyo avec son poids (on avait bien senti que ça avait pris des proportions imprévues dans le deuxième film), et qu’il allait désormais falloir se débrouiller sans culotte gainante pour faire rire le spectateur.

 

 

Le film se plaît donc à s’autoréférencer, à coups de clins d’œil aux précédents opus, parfois de manière mignonne (le pull de Noêl à cerf pour compenser l’absence de granny pants) mais souvent de manière superflue (les parents de Bridget, toujours joués par Jim Broadbent et Gemma Jones, réduits au rang de péripétie électorale d’arrière-plan, sans aucun impact sur l’intrigue principale – leurs scènes auraient pu être coupées au montage sans incidence sur le film) ou même contradictoires (les copines de Bridget posées là pour faire acte de présence, mais aux personnalités inversées par rapport aux premiers volets : Shazzer est désormais la frustrée qui fait des métaphores sexuelles pudiques pour épargner les chastes oreilles de ses gamins, et Jude est celle qui dit fuck à tout bout de champ et a déteint sur ses enfants … quant à Tom, il est toujours gay, en couple et sur le point d’adopter un enfant, mais son mec n’a même pas l’honneur d’être invité aux mariages avec lui).

 

 

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Si Bridget Jones’ Baby sauve les meubles, c’est grâce à deux points forts : sa gravité et quelques-unes de ses fulgurances humoristiques. Pour la première, on peut remercier les scénaristes d’avoir apporté une nouvelle dimension aux névroses de Bridget ; hésitante face à l’évidence Mark Darcy dans le premier volet, paranoïaque et pétrie de complexes dans le deuxième, elle est ici dépassée par un mensonge qui, même dissipé, ne lui permet toujours pas d’y voir clair. Cette paternité énigmatique met l’héroïne face à une peur palpable, celle de passer à côté de sa famille et de l’homme de sa vie, avec cette grossesse tardive et ces tergiversations amoureuses éternelles.
Pour les secondes, elles tiennent essentiellement à l’univers professionnel de Bridget, qui malgré la lourdeur caricaturale du personnage de la fascist boss, réussit à arracher deux ou trois scènes vraiment drôles.

 

 

Malheureusement, tout cela reste bien oubliable, et laisse un arrière-goût de bouillon largement essoré.

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