Juste la fin du monde

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C’est toujours une expérience intéressante de voir un film de Xavier Dolan. Jamais vraiment du temps perdu, même quand c’est un peu raté ou, comme c’est le cas de Juste la fin du monde à mon sens, décevant parce que surévalué. Grand Prix à Cannes en mai dernier, le film a emballé la critique et bon nombre de ses spectateurs en première semaine, au point qu’on s’attend, en entrant dans la salle, à découvrir un chef d’œuvre qui va changer notre vie, une œuvre qui réussit une synthèse parfaite des envolées esthétiques et philosophiques des précédents efforts du prodige canadien, tout en évacuant les défauts un peu anecdotiques qu’on leur reprochait parfois : grandiloquence, manque d’humour, se prend furieusement au sérieux, ressasse les mêmes thèmes depuis le premier film… Alors qu’on ne songerait jamais à reprocher à Alfred Hitchcock son exploration constante des troubles de l’âme humaine et des quêtes de vérité, ou à Woody Allen ses personnages centraux souvent bourgeois et tout le temps en plein doute existentiel. Mais chez Dolan, c’est forcément pas assez subtil, pas assez mainstream, pas assez intello, pachydermique… Bref, il ne peut jamais gagner. Mais alors là, j’ai un peu de mal à comprendre comment tout le monde se prosterne si facilement.

 

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Déjà, c’est à la base une pièce de théâtre (que je n’ai ni vue ni lue), et ça se sent un peu à l’écran. Long tête à tête avec la sœur dans une pièce, long tête à tête avec la mère dans une autre, scène de repas bien lourde… Dolan réussit tout de même à rendre le passage au medium ciné intéressant, mais globalement, ça reste du théâtre filmé. Les acteurs ensuite. Pour une Marion Cotillard surprenante car jamais vue dans un rôle et une tonalité de ce genre, on a une Léa Seydoux à moitié convaincante, un Vincent Cassel en pilote automatique pour le rôle de la brute épaisse de service, et une Nathalie Baye que tout le monde décrit comme le meilleur rôle du film, alors qu’elle est caricaturale et limite grotesque avec sa perruque cheap et ses gouailleries surjouées de mère beauf contrariée de se sentir inférieure à son fils intello devenu riche et célèbre. Pas fan de la composition des personnages en somme, même si les acteurs ne sont pas forcément en cause. La faute à la pièce, pas à Dolan, j’imagine.

 

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Idem pour le scénario, adapté de la pièce : c’est quoi ce machin frustrant ? Louis vient annoncer à ses proches qu’il va mourir. Le film retarde ce moment en nous faisant miroiter une back story dramatique et pleine de sombres secrets pour expliquer pourquoi il ne les a plus vus depuis douze ans…. Et puis en fait non, le film ne conclut aucune de ces deux pistes narratives (ATTENTION SPOILER) : il ne leur annonce pas sa mort prochaine, et on ne saura pas ce qui s’est passé de si grave entre eux. « Oui, mais c’est au spectateur de comprendre, par indices et bribes de conversations. On ne prend pas le spectateur pour un con, on le laisse reconstituer le puzzle », entends-je au fond de la salle ? Sauf que non. Parce que les raisons entrevues sont complètement cons et indigne du climax dramatique qu’on est en droit d’attendre avec de tels prémisses. Si la mère, le frère et la sœur n’ont plus jamais parlé à Louis ni cherché activement à le voir depuis douze ans juste parce qu’il est homosexuel ou qu’il est devenu riche et célèbre (genre AUCUN des trois ? pendant douze ans ??), c’est complètement con. Et ni leur homophobie ni leur haine viscérale de son succès ne transparaissent clairement dans les dialogues ou les situations. Idem si le souci vient de Louis. S’il a coupé les ponts avec eux, même sa petite sœur qui n’y était pour rien, par pur mépris bobo, alors il est beaucoup plus con que ce que son quasi-mutisme dépressif laisse entrevoir. Bref, j’ai pas bien compris la psychologie des personnages, et du coup le film m’a frustré. Alors oui, il y a une bonne B.O., des moments amusants (pas drôles drôles non plus, hein) et de belles images, comme à chaque fois chez Dolan. Mais de là à dire qu’il n’a jamais rien fait de mieux…

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