George Michael In Memoriam

Evidemment que George Michael ne fait l’objet que de nécros et de rétrospectives parlant de ses frasques, de sa sexualité et de ses addictions. Comme Whitney Houston et Michael Jackson, deux de ses contemporains dont la mort prématurée a également eu un gros impact médiatique, ce géant de la pop était une gloire de l’industrie musicale (et un des rares non-Américains à avoir remporté le Grammy Award de l’Album de l’année, pour Faith), qui avait connu son apogée artistique et commerciale plus de deux décennies plus tôt et qui, surtout, avait cessé de créer, enfermé dans ses démons et capitalisant sur un back catalogue somptueux. Et pourtant oui, comme eux, c’était un phénomène pop, une cash machine dans ses grandes années, et une bête de scène lorsqu’il était en forme. Et comme eux, il a contribué à définir les contours de la pop masculine contemporaine, de Robbie Williams à Justin Timberlake en passant par Ricky Martin ou Adam Lambert, ou même les plus minets Justin Bieber, Zayn Malik ou Nick Jonas, dont les débardeurs et les poses lascives ne sont pas sans évoquer les jeunes années de Georgios Panayiotou.

 

 

Et comme pour Whitney et Michael, quelque chose a vrillé, à un moment, dans son esprit et dans sa carrière : trop de pression, trop de succès, trop de drogue, trop loin du sol et du commun des mortels, trop de jeunisme et de cynisme de l’industrie musicale et du showbiz qui ont poussé ces coûteuses stars des 90’s vers une pré-retraite dorée… On ne sait pas trop. Dans le cas de George Michael, cette mise à l’écart depuis le début des années 2000, c’est probablement un mélange de facteurs externes (une popstar dont le pic commercial datait de 1987, qui vendait de moins en moins, qui n’était même plus dans la trentaine et devenait dur à vendre à des ados, et dont le coming out foireux – quoiqu’élégamment géré – avait fait une sorte d’icône gay kitsch à la Elton John) et personnels (déboires amoureux et judiciaires, problèmes de santé, personnalité sans compromis, y compris dans l’artistique, qui lui valut une réputation de diva ingérable), cristallisé par la formidable déroute des singles Freeek! et Shoot The Dog, en 2002. A l’image de Madonna à peu près à la même époque, son opposition à la guerre en Irak et son discours tranchant sur le sujet ne lui est pas pardonné dans les pays anglo-saxons, et trouve un écho modéré dans les autres pays. Mais contrairement à Madonna, il n’a pas les flamboyantes ventes de Ray of Light et Music dans les pattes pour donner le change face à la critique et au pétard mouillé que fait sa croisade politique dans les charts. Son album Patience, en 2004, fera une belle entrée dans les charts européens mais disparaîtra bien vite des radars, malgré de très bonnes critiques. George Michael était devenu un chanteur « pour adultes », de ces Peter Gabriel, Mark Knopfler et autres Bruce Springsteen, dont le génie fait l’unanimité et dont les albums entrent toujours dans le top 5 des charts à leur sortie, mais qui ne font plus de hits, et donc qui n’intéressent plus les kids, les radios commerciales, et globalement tous ceux qui font qu’un album se vend à 20 millions d’exemplaires de nos jours. Et depuis une dizaine d’années, George Michael, c’était du business as usual pour une gloire « sulfureuse » vieillissante : quelques comebacks et travaux d’intérêt général, et une pneumonie qui faillit lui être fatale fin 2011.

 

Son problème essentiel, pour une génération qui continue à porter aux nues une Britney Spears au CV désormais similaire (et dont, ironiquement, le compte Twitter de Sony a accidentellement annoncé le décès ce 26 décembre), c’est donc probablement qu’il était trop vieux, et que ses hits étaient trop datés : ils n’avaient pas assez marqué nos boums et nos premiers émois adolescents. Pourtant, et même pour ceux qui n’avaient pas quinze ans à l’époque de Freedom’90, de I Want Your Sex, de Too Funky ou de Fastlove, les hits post-coming out de George Michael, au tournant des années 2000, restent des souvenirs pop de première classe, qui ont singulièrement bien vieilli…

 

 

Et plus important, George Michael est l’auteur-compositeur-interprète de Jesus To A Child, l’une de mes chansons tristes préférées de tous les temps, présente dans mes playlists depuis mon premier iPod. Je l’écouterai désormais avec un pincement supplémentaire au cœur, mais aussi avec l’idée un peu emo mais rassurante que, s’il y a quelque chose après la mort, alors peut-être ce grand blessé a-t-il retrouvé son grand amour, et la paix.

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