Archives de catégorie : Humeur

Tout plaquer, partir en barque et devenir Pocahontas

 

Le courage. C’est ce qui manque au quotidien. Justement pour être capable de changer ce quotidien, de le plaquer un peu, d’essayer autre chose, d’aller prendre le risque de se planter, et de se planter effectivement. La torsion interne des pessimistes casaniers est forcément titillée par cette vidéo. Que fait-on de notre liberté d’adulte salarié ? Et même si ce n’est que du discours marketé par une boîte de conseil en management, rendu bien vendeur par des images Calvin & Hobbes-like, et bien imbibé par la voix off de motivational speaker, bordel, qu’est-ce que ça donne des idées. Et en premier lieu, l’idée d’oser. Même quand nos doutes et notre médiocrité naturelle nous poussent à ne pas prétendre à autre chose que notre vie parce que, elle a beau être ordinaire et limitée au possible, et nos ambitions envolées depuis longtemps pour se contenter de réussir à payer le loyer tous les mois, un verre de temps en temps et des vacances une fois par an (et c’est déjà tellement plus que tant d’autres), elle reste notre vie. Et même si c’est un effort surhumain de s’extirper de là, personne ne la fera évoluer à notre place dans un sens susceptible de nous satisfaire…

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Philip Seymour Hoffman In Memoriam

capote

 

Ce soir, alors que j’allais voir (enfin) The Secret Life of Walter Mitty, le vanity project de Ben Stiller, j’avais évidemment une pensée pour celui qui lui faisait face, il y a un peu plus de dix ans, dans l’assez sombre daube Polly & Moi, une comédie romantique pas très drôle dans laquelle le gentil Ben arbitrait, sans qu’une grande partie du public français en ait conscience, le choix cornélien entre Rachel Green et Grace Adler. Philip Seymour Hoffman y incarnait Sandy Lyle, un ex-enfant star dont on tente de nous faire croire qu’il était au générique de The Breakfast Club, et qui bénéficiait (second rôle oblige) des meilleures scènes et répliques du film. Cela m’a amené à m’intéresser d’un peu plus près à cet acteur que je ne connaissais pas vraiment, et à découvrir le second rôle génial qu’il avait su être dans Magnolia, dans Le talentueux Mr Ripley, dans Almost Famous… Puis, comme tout le monde, j’ai vu Capote faire de lui une star et récompenser son travail toujours impliqué, j’ai ri de son second rôle improbable dans l’oubliable Charlie Wilson’s War, me suis amusé de son cabotinage de méchant dans Mission: Impossible 3, ai sondé en vain son ambivalence dans DoubtThe Master l’a relancé il y a deux ans, et je ne l’ai pas vu. Mais je voyais bien la fin de la saga Hunger Games le rappeler au souvenir du grand public. Je suis triste qu’il soit parti, et de ne pas avoir su être curieux de tout ce qu’il faisait, car il fait partie des rares acteurs dont aucune prestation ne m’a jamais déçu. Même dans une daube, même dans un film où il n’y avait pas grand’chose d’autre à sauver. Un acteur important nous a quitté.

29

madonna cocktail

 

Un an de plus, c’est devenu pour moi synonyme de plusieurs choses, mais surtout d’une, ici : prolonger la tradition du billet numérotée, piquée il y a quelques années chez le papa-blog de Matoo. Cette année, c’est pas encore la quille, mais on s’approche. Du coup, c’est pas encore la déprime, mais les questionnements affluent, dont le plus lourd qui soit, fin de décennie oblige. Qu’ai-je fait de mes 20 ans ? J’entrerai ce soir dans ma 30ème année, et comme à peu près tout le monde avant moi, l’approche des trente ans va m’amener à l’un des premiers bilans de mon existence. A 30 ans, je regarderai la décennie écoulée derrière moi et me demanderai quels moments retenir, quelles années furent les meilleures, de quelles réussites je pourrai me targuer. A 29 ans, peut-être parce que je ne suis pas inspiré, ou peut-être parce que je me suis vraiment laissé porter par les évènements, incapable de définir ce que je voulais vraiment faire, j’ai tendance à trouver le palmarès de ma vingtaine un peu maigre. Heureusement que ce n’est pas fini. En bon procrastineur que je suis, je me dis que c’est bien typique de mon fonctionnement habituel, d’attendre le dernier moment pour accomplir des choses pour lesquelles je disposais, au départ, de dix fois plus de temps.

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Les filles de la pub

 

Ouch. On connaît le cliché de la femme ni-ni, et le petit stratagème employé par Octave Parango dans 99 Francs pour imposer sa copine Tamara dans une pub pour du yaourt (proposer une fille métisse à l’annonceur, qui s’exclame « Non mais qu’est-ce que c’est que cette noire ? »). Pénélope Bagieu a profité de son intervention lors d’une soirée de mobilisation contre le racisme organisée le 2 décembre au Théâtre du Rond-Point pour raconter une anecdote, assez similaire dans le fond, qui déroule le mode de pensée et le racisme ordinaire que la pub flatte et entretient, non pas par véritable mauvais fond, mais par sa bête et méchante nécessité de plaire au plus de monde possible, de ratisser large, de ne surtout pas gêner la sensibilité du consommateur, dont il serait trop bête de se priver du pouvoir d’achat juste parce qu’il est un peu raciste, m’sieurs-dames. Ou comment on se retrouve, toujours, avec des pubs lisses, merdiques, pas marrantes, juste parce que la différence, c’est flippant, c’est clivant, faudrait pas déranger les racistes, les grossophobes ou les misogynes dans leur confort intellectuel. L’objectif, c’est de vendre de la lessive, des plats cuisinés ou des appareils électro-ménagers (à très court-terme, donc), pas de changer le monde, d’essayer d’être disruptif ou de dépasser les préjugés. Le pire, c’est qu’à chaque diapositive de son Powerpoint, je voyais pourquoi l’annonceur allait dire non, en une demi-seconde, avant que Pénélope Bagieu n’ait eu besoin de l’expliciter (et encore, même la rousse retenue à la fin, ça m’a presque étonné). Preuve que, même si on voudrait se croire au-dessus et, en bossant dans le secteur concerné, s’imaginer capable de faire bouger les lignes, cette manière de réfléchir est bien plus implantée qu’elle en a l’air, et que bien qu’on la dénonce, on ne s’étonne même plus qu’elle existe.