Archives par mot-clé : Chômage

La loi du marché

 

vincent lindon loi du marché brizé

 

Peut-être un peu ébloui par les rumeurs qui hurlaient déjà au Prix d’interprétation cannois (course dans laquelle il fut à peine concurrencé par Michael Caine, Tim Roth et, dans une moindre mesure, Antonythasan Jesuthasan), je suis allé voir La loi du marché avant la fin de la Quinzaine, m’attendant à m’ébaudir de la performance exceptionnelle d’un acteur dans le rôle de sa vie. Et la vérité, c’est que si Vincent Lindon est excellent dans le film de Stéphane Brizé, il n’y est pas nécessairement meilleur que dans Welcome, Toutes nos envies, La crise, Ma petite entreprise, Les Salauds ou Quelques heures de printemps. Fidèle à ses réalisateurs fétiches (Jacquot, Jolivet, Cavayé, Lioret, Bizé), Vincent Lindon est surtout le Julianne Moore français : un acteur qui jongle subtilement entre popularité et reconnaissance de ses pairs, mais qui était long overdue pour une récompense suprême.

Continuer la lecture de La loi du marché

Ouèbe grève

Bon, ok, je t’ai un peu laissé moisir le Patrick Swayze et la Jennifer Aniston depuis une semaine sur le bloug. Mais la vérité, messieurs dames, j’ai fait face à des contraintes un peu indépassables.

D’abord, j’ai plus eu Internet dans mon chez-moi en forme de cage à lapin. Apparemment, c’est parce que le fil électrique de la BiiiiipBox était pourri. Je me disais bien qu’il était un peu brûlant, parfois, mais bon, comme j’ai des réflexes d’endive alanguie, j’attendais probablement que ça mette le feu à mon appart’.

En gros, le réparateur envoyé par Citron m’a un peu sauvé la vie, tu vois ? Tu pourrais compatir, un peu, je suis passé près de la mort par surchauffe de multiprise, c’est une expérience mystique comme on en vit peu dans l’existence, rien ne sera jamais plus pareil.

Ou pas.

Ensuite, j’ai commencé un nouveau boulot (t’excite pas dans les commentaires, c’est juste un CDD) (et je fais pas vraiment mon métier, en fait) (enfin, je sais pas exactement quel est mon métier, mais c’est pas ce que je fais en ce moment) (mais bon, qui dit CDD, dit pas un stage, et dit donc pas une paie de stage) (enfin, tu vois, quoi).

Et tu sais, quoi ?

Bah là où je travaille maintenant, j’ai bien accès au ouèbe, mais seulement sur les sites qui concernent le boulot. Tout le reste, ça t’affiche un message genre « Ce site est pas très utile pour ton boulot, feignasse, tu souhaites envoyer une demande à l’administrateur réseau pour savoir si il peut te le débloquer ? » Puis tu dois cliquer sur Oui ou Non. « Non, hein ? J’en étais sûr. Retourne au boulot, grosse vilaine ! ». Du coup, adieu blogs, mails, fessebouc… et donc blog mis à jour en loucedé pendant la pause déj’.

J’ai seulement le droit de lire du japonais toute la journée, au final.

Eh ouais.

Faudra pas qu’ils s’étonnent si je me défenestre pendant une réunion, hein !

Et comme mon boulot est un peu abrutiss… euh, fatigant, bah le soir je suis vanné (quand je ne suis pas tout simplement en train de noyer mon épuisement dans un Mojito en ville). Trop vanné pour bloguer, c’te blague. Où va-t-on, ma brave dame ??

Pis sinon, bah j’offre généreusement du temps de cerveau disponible à ma télé.

Bref, c’est pas une période faste pour le bloug.

Mais j’essaye de poster à nouveau très rapidement, parce qu’en plus, c’est trop bête, j’ai des trucs à te raconter.

Pour ça, faudra revenir.

La frontière du pays de Candy (ou pas)

Bonsoir les hommes, bonsoir Benjamin, bonsoir le public, c’est Courtney qui te parle, limite en pleine redescente de son week-end (et on est mardi soir).

Je suis désolée (moi Courtney, hein, pas moi Vinsh), mais je vais devoir m’absenter un peu.

(Aaaaaah)

Mais que se passe-t-il donc, messire ?

Bah comment te dire, tu sais, si j’ai fait la bringue pendant une partie du ouikène (au risque de m’endormir sur un canapé ou de vomir en pleine rue) (c’est la classe à la Courtney), c’était un peu pour célébrer / oublier mon passage de douane.

« Qué passage de douane ? Attends, il s’est barré, l’autre naze ? Il a carrément changé de pays sans nous prévenir ??

Moi audience choquée, moi vais aller éponger ma tristesse et mon choc émotionnel chez Mickaël Vendetta, pour la peine ! »Italique

Rhooooo, pas la peine de me la jouer traumatisé, Micheline, tu sais bien que je suis un électron libre, une entité farouchement indépendante, qui voyage à son gré. C’est pour ça que j’ai fait butter Kurt Cobain en embauchant un tueur à gage un lendemain de cuite, sur un coup de tête, mon gros. C’est pas moi, c’est Shawn.

Donc, oui, parfaitement, je visite actuellement un nouveau pays.

Fête ça avec moi, sois pas bégueule, et souhaite-moi donc…

« Bienvenue en Chômagie, Vinsh ! »

Rhooo, t’es trop mignon, mon lardon, fallait pas ! Je suis très émotionné dans mon for intérieur, toussa…

Mais bon, j’ai des CV à envoyer et des parents furax à calmer, alors tu m’excuses, hein. C’est pas comme si j’étais scotché à un bureau en postant pour faire genre « chuis super occupé, regardez comme je tape », désormais. En vrai, je suis surtout scotché à mon clapier et j’essaye d’en sortir dès que possible pour 1) ne pas être trop tenté de regarder les rediffs des Vacances de l’amour et 2) sortir un peu dudit clapier avant d’entamer une dépression et un régime à base de K*nder Country.

Alors voila, je suis allé voir les gentils gens du Paul emploi, qui m’ont collé à la désormais célèbre cabine téléphonique des désespérés qui n’ont ni identifiant ni rendez-vous.

A ce jour, je n’ai toujours pas de rendez-vous, d’ailleurs, parce qu’après trois quarts d’heure de queue et un passage par le téléphone noir, une dame un peu revêche m’a dit que mon Paul emploi de référence n’a pas de rendez-vous disponibles, en fait.

Ah bah chouette alors, et je fais comment, moi, si on me refoule à la frontière de la Chômagie, hein ? Je demande l’asile en Suisse ?

Et bien sûr, je n’ai pas le droit de me pointer à un autre Paul emploi parce que ma convocation (celle que je dois recevoir un de ces jours, quoi), dira un truc du genre « M. Vinsh doit se rendre à CE PAUL EMPLOI LA, ET PAS UN AUTRE, CAPISH ? Son rendez-vous aura lieu le [démerdez-vous] à [démerdez-vous again] heures précises. Ne soyez pas en retard, c’est très mal vu. Bien cordialement, etc. ».

Mais bon, j’attends de voir, c’est juste la petite dame un peu blasée du téléphone qui m’a dit ça.

Il me fatigue d’avance, mon séjour en Chômagie.

It’s a recession when your neighbor loses his job; it’s a depression when you lose yours.

Je t’avais promis de t’éviter les coups de calcaire après ma pause bloguesque. Et bah au final je me rétracte, parlons soucis, parlons crise, parlons climat social. Call me François Fillon (nu).

Tu as remarqué, lecteur, c’est plutôt naze d’être jeune diplômé en 2009. Dans les faits, je le suis depuis 2008, mais comme j’ai pris un abonnement chez Nouvelles Frontiures au safari « série de stages payés au lance-pierre », en vrai je surnage dans mon statut d’étudiant attardé. Pour ton info, je fais actuellement ma dernière semaine de stage (youhou) et je n’ai pas de plan pour la suite. Mais bon, pas de panique.

L’un d’entre vous a-t-il son brevet de pilote?

Un peu blasé mais aussi très préparé psychologiquement à cette éventualité, je me gave de Kinder Buenu depuis deux semaines et j’ai pris trois kilos. Être djeunz, c’est naze, au final. Dommage, il paraît qu’être vieux, c’est pire. En résumé c’est difficile de savourer ces dernières bribes de jeunesse insouciante vu le panorama qui s’offre à moi dans les prochaines semaines.

Et bah tu sais quoi ? Je trouve que les gens font vachement les faux derches à ce sujet, et je m’en étonne. C’est vrai, quoi, la crise, la Chômagie, ça fait des sujets de conversation avec le chaland, ma brave dame. Et bah nan, que dalle. Mes collègues de la compta ou des RH, quand ils me croisent, ils ne se soucient pas un instant de mon (très proche) futur sort, eux mêmes qui ne m’ont pas embauché parce que « c’est la crise » et « on a des restrictions budgétaires de malade ».

Cela n’a pas l’air de les effleurer, que si eux ne m’ont pas embauché pour ces raisons, d’autres risquent de ne pas le faire… pour exactement les mêmes raisons.

D’où mon questionnement : est-ce que la winner attitioude en entreprise oblige les gens à occulter les difficultés socio-économiques qui prennent naissance chez eux ? Pour être corporate, il ne faut pas aborder le sujet qui fâche du stagiaire à qui on avait fait miroiter une pré-embauche ?

Je trouve ça bien bête, mes enfants. Parce que 1) ça fait bien quatre mois que j’ai senti le vent tourner et que j’ai intégré le fait que mon embauche était plus qu’incertaine, et 2) ça va, les gars, je le sais, que c’est pas de votre faute, alors arrêtez de me sortir des « Tu vas prendre des vacances, c’est chouette » ou des « Tu vas trouver tout de suite ». L’exemple typique, c’est quand on me demande en quelle année je passe, que je réponds « Ah nan mais j’ai fini mes études, là, je cherche du boulot » et que la personne prend un air vaguement gêné (« Ah merde, il devait être embauché, lui… »). Notre secteur, en ce moment, c’est la dèche intégrale, ne nous leurrons pas, et je n’en veux à personne. Mais quand on me joue la comédie du « Ah, mais c’est génial, tu pars vers d’autres horizons, alors ! » en sachant pertinemment que je n’ai pas d’horizon, ça m’horripile.

Cela me donnerait presque envie … euh… de m’arracher un bras pour avoir quelque chose à leur balancer.


(comprenne qui pourra)

Alors, lecteur, c’est aussi ça, l’esprit corporate ? Faire comme s’il n’y avait aucun souci ? Occulter le fait que le collègue du bureau d’à côté est viré et se casse dans trois semaines en évitant le sujet (véridique) ? S’enthousiasmer pour les milliers d’opportunités qui s’ouvrent au stagiaire pas embauché ? Nier, globalement et avec chacun, les aspects négatifs de la vie de l’entreprise ?

C’est très diplomate, mais il va falloir que je m’habitue…