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En finir avec Bridget Jones

Hier soir, pour la peut-être huitième fois en dix ans, la boîte à troubadours diffusait Le Journal de Bridget Jones. Une alternative probablement jugée vivifiante pour la tranche du public mal à l’aise devant l’obligation quasi-absolue d’être à donf’ sur les exploits de Teddy Riner, Camille Muffat ou Yannick Agnel (sous peine de perdre toute opportunité de conversation avec votre entourage, et donc de mettre votre vie sociale entre parenthèse dans les prochaines semaines). C’est oublier bien vite que le film est assez mauvais (mais pas pire que le 2, certes) (diffusé dimanche prochain, d’ailleurs), gaspillant de bonnes idées et donnant, faute de rythme pertinent, l’impression faussée que l’action se déroule en trois semaines, alors qu’elle se déroule en un an. Mais aussi que, à sa manière, Bridget Jones incarne la genèse de l’un des poisons de l’humour contemporain : l’auto-dérision du trentenaire urbain. Ou comment rire de soi, parce que c’est toujours mieux que pleurer.

Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre Bref, Florence Foresti ou Cyprien, mais force est de constater qu’ils font tous un peu la même chose, et que c’est un peu au roman d’Helen Fielding qu’on le doit : le quotidien, la loose, la banalité, l’identification facile comme mécanismes du rire pour tous, mais avant tout pour nous public urbain jeune et vaguement CSP+ (ou aspirants), désormais incapables de rire d’autre chose que de nous-mêmes. Là où les années 90 faisaient plutôt la part belle, niveau comédie, à de la moquerie gentiment assumée envers les autres (parodies, clichés sur des milieux sociaux auxquels n’appartenaient pas les interprètes), un vent de psychanalyse et de masochisme semble être passé au cours des années 2000 sur l’humour grand public qui, dans le même mouvement qui l’a fait adopter la télé-réalité et la mise en scène de « vrais gens » auxquels on peut s’identifier, a choisi de pousser le public à rire de lui-même. Peut-être pour rendre l’humour plus fin et profond que la moquerie bête et méchante qu’il peut facilement devenir, mais surtout parce que l’égo est un truc universel, si tu veux mon avis. Les Kaira de Franck Gastambide rient de leur jeunesse de loose en banlieue, Dubosc rit de son image de vieux beau un peu précieux, Foresti s’amuse de son physique ingrat qui ne chope que le chanteur de Gold, Kyan Khojandi nous fait sourire à nous montrer qu’on est tous unis par les mêmes galères, qui vont du mélange des fins de paquets de pâtes à l’impossibilité de surmonter son manque d’assurance quand on en aurait pourtant le plus besoin. On constate, on rit, on ne résout rien, mais souvent la chance le fait pour nous. Avec en vue, pour tous, l’une des deux issues à happy ending possible : s’accepter tel que l’on est, ou sortir de notre condition médiocre. Pas en changeant trop, hein, plutôt en mettant un meilleur maquillage ou en trouvant le Marc Darcy ou la Mena Suvary qui nous acceptera comme on est. Comme si cela allait se passer comme ça pour toi, dunaze.

L’humour qui te parle, depuis Bridget Jones, c’est pourtant ça. Parle-moi de moi, de mes travers, de mes qualités, de ce que je peux faire pour changer, pour être meilleur. Mais glorifie quand même mes habitudes, mes petits riens. Fais de mes maladresses des sujets de rires tendres. Renvoie-moi à moi-même. Ris de moi. Valorise ma normalité, ma médiocrité. Dédramatise. Montre-moi que celui qui vit sous les projecteurs se prend, lui aussi, des râteaux en boîte de nuit. Qu’il a des périodes de misère sexuelle, de doute dans le célibat. Qu’il a des problèmes de fric. Qu’il dit parfois des énormités en société et se paye l’affiche. Qu’il est un peu couard et menteur, comme moi, mais que ce n’est pas grave. Dis-moi que je ne dois pas complexer à propos de mon gros cul, même s’il me rend aussi comique à regarder qu’un culbuto. Dis-moi que la presse féminine a tort de mettre en scène des mannequins de seize ans qui font quarante-cinq kilos pour un mètre soixante-quatorze, même si en sortant de la salle je redeviendrai la petite ronde du bureau. Je serai probablement plus équilibrée que la jolie collègue qui s’épuise à manger vert et bio à tous les repas pour avoir droit à sa mini-place au sommet de la chaîne alimentaire de la baise. Dis-mois que je suis comme tout le monde. Oublie, en revanche, de me rappeler que si c’est rigolo de se dire qu’on traîne tous en slip devant des séries bêtifiantes le dimanche après-midi au lieu de faire le ménage, la vraie vie, elle, nous somme d’être performants, de séduire, d’être en forme, d’être propres, d’être classes, d’être heureux, de kiffer notre boulot, de prendre plaisir, de jouir de tout et de préférence mieux que le voisin. Fais-moi oublier que ma consommation et mes loisirs conditionnent non seulement mon image publique, mais aussi et surtout l’image que j’ai de moi. Fais-moi oublier que la vraie vie me perçoit comme une sous-crotte médiocre victime de sous-développement intellectuel, fais-moi oublier qu’à part en consommant du Club Med Gym, du panier de légumes bio, du week-end à Prague et des vestes The Kooples, je ne serai jamais « à niveau » ou « un mec qui se respecte » pour la plupart des gens qui fréquentent les mêmes sphères que moi. Fais-moi oublier que je suis sommé d’adorer des choses qui ne m’intéressent pas, mais que c’est le seul moyen d’intéresser les gens qui me plaisent ou m’intéressent. Fais-moi rire de moi, ça me fera oublier que c’est vraiment la loose d’être moi.

Lorsque la blogosphère, notamment féminine, a explosé, il y avait deux catégories de blogueuses, essentiellement (même si les raccourcis sont et restent des raccourcis) : en gros, d’un côté les Carrie Bradshaw qui se rêvaient prêtresses de la mode et du lifestyle, et de l’autre les Bridget Jones qui s’appliquaient à chroniquer, sous couvert d’humour, leurs complexes, leurs ruptures en règle, leurs VDM et leur volonté de montrer, à travers leurs récits d’expériences et les goûts affichés à travers leurs actes de consommation, qu’elles sont comme toi, comme nous. Qu’elles appartiennent au tout. Qu’elles aussi, elles voudraient bien être mieux payées, baiser plus, avoir plus de fringues et partir en week-end à Londres ou à New-York tous les mois même si elles ont pas trop les moyens. Et puis qu’elles ont un cerveau, aussi, un ME-SSAGE, une mission divine au-delà de valoriser le mode de vie superficiel auquel elles ont choisi, comme moi, de se livrer : on a le droit d’aimer les Louboutins et de lutter pour une société plus juste, d’être un peu schizo entre féminisme et soumission à un moule fashion. Parce que le moule fashion, il est si bien fait qu’on peut l’adapter à soi-même, et donc conserver son unicité, son éthique, son estime de soi. Certes chérie, cette robe te fera te sentir comme un boudin, mais tu peux désormais la customiser, l’accessoiriser, la biz’artiser et te tuner toi-même la gueule à base de tatouages, de maquillage rouge pétard ou noir emo : Bridget Jones t’a montré que tu avais le droit d’être inadaptée et que ça peut être valorisant quand même. Lady Gaga aussi, d’ailleurs. n’empêche qu’il n’y a toujours pas de cellulite en Une de Elle, ni de maigrichon en Une de GQ. Le modèle à suivre, ce n’est toujours pas toi, mais au moins la production comique et ton propre journal te permettent-ils de le croire un peu.

Chez les blogueurs garçons, c’est pareil. Mais la filiation avec Bridget Jones est encore moins consciente, encore moins assumée. On va pas non plus avouer qu’on a été inspirés par un roman (ou pire, seulement par le film adapté du roman) pour devenir auteur de saillies quasi-journalières sarcastiques. C’est qu’on a des couilles à mettre en avant, nous, qu’est-ce que tu crois.

Bridget Jones a fait cela pour nous tous, lorsqu’elle est passée de succès de librairie aux Royaume-Uni il y a quinze ans, à phénomène culturel planétaire (la chick lit et son business disent merci à Bridget Jones, au passage) : elle a montré qu’une héroïne pas franchement glamour, qui ne fait pas trop rêver a priori, a quand même le droit de voir ses histoires de cœur et de cul élevées au rang de modèle intéressant à suivre pour jeunes gens qui aspirent à traverser la vie sans rentrer dans un moule de perfection. We can be heroes. Elle a juste oublié de nous dire qu’il ne fallait pas forcément chercher à être comme elle ; pas plus qu’il ne faut chercher à être comme Naomi Campbell. Il faut, à chacun de nous, trouver sa voie (professionnelle, amoureuse, financière, sexuelle) sans qu’elle passe nécessairement par la minceur, ou par le succès mondain, ou par la complaisance vis-à-vis de son rythme de gentil branleur, ou par la rassurance superficielle de savoir qu’avoir de la cellulite c’est normal même si on trouve ça moche… ou par un Marc Darcy. Parfois, la vie n’offre aux gens normaux / médiocres / pas spécialement beaux (rayer la mention inutile) qu’un célibat prolongé, ou qu’une carrière ratée à force de n’avoir eu ni bol ni flair, ou qu’une vie sociale un peu plate, ou qu’un Jean-Claude Dusse. Et même si tu sais rire de ces choses, à la fin de la journée, elles sont quand même ta vraie vie, et il n’y a bien que les humoristes et les films comiques, dans ton quotidien, pour te dire que c’est pas si mal.

Ce qui est à la fois réconfortant et complètement illusoire.
(… Je déprime un peu en ce moment, ça se voit ?)

A Single Man, vachement mieux

Alors Valentine’s Day, on est bien ok, c’était pas top, hein (tu me raconteras quand tu seras allé(e) le voir, z’êtes d’accord ?). Par contre, A Single Man, le film de Tom Ford qui sort mercredi prochain, c’est vachement mieux. Enfin, je te laisse maîtriser ton destin, hein, jeune, tu vas voir ce que tu veux, mais comme on est chez moi ici, on va continuer à parler cinoche, opinions éclairées de ma scintillante personne et critiques dignes des Cahiers du Cinéma (minimum), histoire de t’influer de la sortie ciné. Ne me remercie pas, en vrai, on sait trop bien que je ne suis ni blougueur ciné ni blougueur influent, mais on fait comme si, sinon on arrête encore de pondre des posts pendant quinze jours, à ce train-là, bordel.
Donc, Tom Ford a réalisé un film. Y’en a marre des chanteurs qui veulent faire l’acteur, des comiques qui veulent faire chanteurs, des acteurs qui veulent faire designers, des sportifs qui veulent faire mannequins, des mannequins qui veulent faire acteurs, non ?… On peut pas essayer d’exceller dans un premier métier avant d’aller empiéter sur les plates-bandes des gens qui galèrent à faire le métier d’à côté ?
Cela, c’est ce que je me dis en règle générale : quand on est un vague mannequin people comme Paris Hilton, pouvoir sortir sans problème un disque alors que des vrais chanteurs galèrent à être produits, c’est moche. Pareil quand on s’appelle Anna Kournikova et qu’on préfère jouer les godiches dans les clips d’Enrique Iglesias au lieu d’envisager de gagner des matches de tennis (de toute façon, Anna est juste une retraitée qui n’a pas annoncé sa retraite, maintenant), ou qu’on s’appelle Bernard Tapie et qu’on est convoqué sur des plateaux de ciné pour bouger et parler devant une caméra. Et y’a plein d’autres exemples, rarement heureux, de cette tendance au demeurant bien compréhensible à vouloir « être un artiste polymorphe » (la frime).
Mais, rarement, donc, l’exemple est heureux. Celui de Björk l’était, si tu veux. Et celui de Tom Ford, assurément, l’est. Pour tout te dire, quand je suis allé à l’avant-première organisée hier soir par Yagg (un site qu’il est bien, et que je t’encourage vachement à aller zyeuter), j’étais un peu circonspect. Pour les raisons invoquées plus haut, donc (chacun son métier, et à en faire plusieurs en même temps on risque de n’en faire aucun correctement), et aussi parce que, du peu que j’avais vu filtrer du film (extraits, photos, B.-A…), je me disais que ça avait l’air d’être un peu de l’esbroufe esthético-élitiste chiante, quand même. Premier argument de vente du film à mon sens : Tom Ford (qui est une bombe sexuelle, pour rappel). Deuxième argument de vente : l’interprétation reconnue par la profession, avec une Coupe Volpi du meilleur acteur à Venise pour Colin Firth. C’est bien (il rejoint ainsi au palmarès des petits joueurs comme Jean Gabin, James Stewart, Marcello Mastroianni, Sean Penn, Javier Bardem, bref de vulgaires porte-manteaux, quoi), mais ça ne suffit pas à me convaincre a priori. La simple présence de Colin Firth et de Julianne Moore, en revanche, voila de l’argument de vente qui pèse. Mais pas assez non plus. Et la perspective de voir une intellectualisation du deuil sur fond d’images clipées par un œil modasse, c’était carrément un argument de rejet : non pas que j’ai quelque chose contre l’esthétisme poussé, mais j’avais peur qu’avec seulement de belles images, on s’ennuie un peu ferme, vois-tu.
Et pis…
Et pis, lorsque les lumières se sont éteintes et que le film a débuté, je me suis laissé porter. La beauté formelle des images, qui reflète effectivement les obsessions d’esthète de l’ex directeur artistique de Gucci, n’étouffe pas le film dans une rigueur élitiste m’as-tu-vu, que je craignais vraiment. Les images sont belles, la mise en scène est de très bonne qualité, la stylisation est forte mais ressemble plus à une signature visuelle qu’à une simple volonté de transposer un défilé sur grand écran, la tension provoquée par le scénario est bien plus forte que ce que le synopsis de base laisse supposer, les lenteurs arty qui auraient pu encroûter tout le film sont en fait réservées à de brefs passages oniriques. Les acteurs, comme espéré, sont excellents, dans un registre un peu perché mais finalement assez naturel (on est, ici, chez de riches intellectuels britanniques, pas dans un épisode de Prison Break). Mention spéciale à la déesse Julianne Moore, dans sa très jolie scène principale, et bien sûr à Colin Firth, qui porte tout le film en partageant sa douleur sans l’intellectualiser en permanence, et petit bonus de sympathie pour la présence de la toujours rafraîchissante Ginnifer Goodwin.
L’inconvénient, en général, des films dits « gays » (et je ne parle pas des pornos, hein), c’est qu’il y a toujours un truc qui pêche : dialogues pourris, mise en scène fauchée, scénario bof bof à base d’obsédés sexuels ou d’ados dépressifs, acteurs débutants ou semi-pros… Il y a toujours au moins un de ces paramètres qui merde quelque part. Mais Tom Ford, dans son film (et qu’on ne vienne pas nous endormir avec du « rhoooo, mais nan, c’est pas pareil, c’est pas un film gay, c’est un film sur l’amour universel » : nan, c’est un film gay, point barre), réussit à éviter ces écueils, avec en prime vingt dernières minutes de film qui ont l’agréable atout d’être surprenantes, de ne pas partir dans la direction attendue. Je ne sais pas si ce film peut faire des millions d’entrée en France (j’en doute même fortement), mais pour une fois qu’un film à thématique « gay », donc (même si c’est moins une thématique qu’un cadre d’action), réussit à réunir des qualités de mise en scène et de jeu, un bon potentiel d’exploitation à échelle « grand public » et des têtes d’affiches qui font la promo sans rechigner, j’ai envie de te dire qu’on va pas faire nos mijaurées. Parce qu’en dehors d’une partie des œuvres de quelques réalisateurs connus comme Gus Van Sant, André Téchiné ou Almodovar, des thématiques LGBT traitées de front, avec une belle justesse et sans mièvrerie, dans des films qui ne sortent pas directement en DVD, il n’y en a pas tant que ça.
Donc, voila, ça ne te fera pas passer une chouette soirée pop-corn entre copines devant Jessica Alba en nuisette, certes, mais A Single Man saura probablement toucher quelque chose dans ton cœur de jeune biche, et te fera passer, ce qui n’est pas négligeable non plus, un vrai moment de cinéma. Go for it !

Et les Oscars, ils servent à quelque chose ?

Comme c’est la saison des cérémonies et que, décidément, c’est un de mes dadas (j’ai plein de dadas) (comme Guy Lux), je vais m’atteler à un post sur les principales catégories des Oscars, pour lesquels les nominations sont tombées aujourd’hui. C’est pas que je sois un critique ciné hors pair, ni même que j’ai vu tous les films en compétition, mais après tout, on peut se fier à un mélange de flair et de résultats de Golden Globes, SAG Awards et autres joyeusetés, et le petit plaisir des pronostics ne mange pas de pain.Et pis, bon, au moins, aux Oscars, les choses sont moins courues d’avance qu’aux Césars (mais j’y reviendrai une autre fois). Par nommés, je trouve que le cru 2010 est correct sans être excellent, avec peu de films surnageant, aucun film ne pouvant prétendre, par exemple, gagner les cinq oscars majeurs (film, réalisateur, acteur, actrice, scénario).

Meilleur film

(Loft Story, le film)

Avatar de James Cameron
The Blind Side de John Lee Hancock
District 9 de Neill Blomkamp
Une éducation de Lone Scherfig
Démineurs de Kathryn Bigelow
Inglourious Basterds de Quentin Tarantino
Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire
A Serious Man de Joel Coen et Ethan Coen
Là-haut de Pete Docter
In the Air de Jason Reitman

Après les Golden Globes et le triomphe en salles, qui en fait désormais le plus gros succès de tous les temps de l’univers intergalactique, Avatar fait figure, mais sans plus, de favori. Le Démineurs de Kathryn Bigelow (l’ex-femme de James Cameron) a également des atouts, avec son sujet über politique, sa mise en scène et sa reconnaissance professionnelle déjà bien établie. Enfin, Là-haut, très bien porté par le public et assez poétique (même si je n’ai pas été aussi emballé que certains), ferait un méritoire premier film Pixar à décrocher l’Oscar du meilleur film.

Meilleur réalisateur

James Cameron (Avatar)
Kathryn Bigelow (Démineurs)
Quentin Tarantino (Inglourious Basterds)
Lee Daniels (Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire)
Jason Reitman (In the Air)

Cameron le magicien est supposé avoir fait avancer l’industrie toute entière avec Avatar, qui ne manquera pas de provoquer un effet boule de neige d’enthousiasme pour la 3D, technologie pas complètement nouvelle mais dont l’essor devrait révolutionner le cinoche dans les prochaines années. Du coup, le récompenser pour marquer le coup ne sera pas de mauvais goût, même si, en termes de nominations et d’adhésion, on est loin de l’effet king of the world de Titanic. Son ex-femme aussi a des chances, car sa victoire offrirait un juste retour des choses après les Golden Globes (et pis faire gagner une femme réalisatrice pour la première fois en 2010, ce serait pas mal). Les autres, à mon avis, ont bien peu de chances de s’immiscer entre ces deux favoris.

Meilleur acteur

Jeff Bridges – Crazy Heart
George Clooney – In the Air
Colin Firth – A Single Man
Morgan Freeman – Invictus
Jeremy Renner – Démineurs

Jeff Bridges a obtenu le Golden Globe, ça me paraît bien parti pour lui. George Clooney, dans In the Air, est très apprécié de ses collègues de la profession, mais peut-être un chouïa trop en mode cabotinage (en gros, ce serait un peu facile qu’il l’ait pour ce rôle qui est certes sympa et bien écrit, mais qui ressemble trop à l’habituel numéro de playboy assuré et pince-sans-rire de George). Ma sympathie pour Colin Firth (et son Ours d’argent du meilleur acteur au festival de Berlin) me donne envie d’y croire un peu pour lui. Il n’y a qu’à regarder l’année dernière : Mickey Rourke, gagnant aux Golden Globes et ultra favori aux Oscars, s’est fait coiffer au poteau, un peu à la surprise générale, par Sean Penn pour Milk. En même temps, deux rôles gays remportant l’Oscar deux années de suite, ce serait too much. Jeff Bridges est à mon sens ultra favori cette année, donc wait and see.

Meilleure actrice

Sandra Bullock – The Blind Side
Helen Mirren – The Last Station
Carey Mulligan – Une éducation
Gabourey Sidibe – Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire
Meryl Streep – Julie et Julia

Là, on a un problème : Sandra Bullock, en gagnant le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique, devient de facto la favorite des Oscars. Peut-elle l’avoir, et de ce fait rejoindre Julia Roberts et Reese Witherspoon au rang prestigieux d’actrice bankable reconnue par ses pairs ? Si oui, le cinéma s’en remettra-t-il ?
Bon, sinon, on a Meryl Streep qui n’en peut plus d’être nommée presque chaque année sans jamais l’avoir, mais bon elle en a déjà deux. De son côté la petite obèse de Precious pourrait venir jouer les trouble-fêtes et définitivement transformer son film social en conte de fée. Je vais jouer le conservatisme et miser sur Meryl.

Meilleur acteur dans un second rôle

Matt Damon – Invictus
Woody Harrelson – The Messenger
Christopher Plummer – The Last Station
Stanley Tucci –Lovely Bones
Christoph Walz – Inglourious Basterds

Là, je ne pense prendre aucun risque en pariant sur Christoph Waltz, second rôle particulièrement truculent du dernier Tarantino, tellement salué et récompensé que c’en devient indécent. Les nominations de cette catégorie sont exactement les mêmes qu’aux Golden Globes, il n’y a pas vraiment de raison que le résultat diffère…

Meilleur actrice dans un second rôle

Penélope Cruz – Nine
Vera Farmiga – In the Air
Maggie Gyllenhaal – Crazy Heart
Anna Kendrick – In the Air
Mo’Nique – Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire

Encore une fois, ici, les Golden Globes ont parlé : Mo’Nique, en jouant les mères tyranniques, semble bien partie pour l’emporter. Dommage pour les autres, notamment Vera Farmiga, charmante et intrigante dans In the Air, dans un rôle désabusé en diable et au franc parler agréable, sans gros truc à Oscar dedans mais quand même assez marquant. Penelope Cruz, qui a gagné dans la même catégorie l’an dernier, a peu de chances avec Nine, film apparemment complètement boudé par les Oscars…

Meilleur scénario original

Mark Boal – Démineurs
Quentin Tarantino – Inglourious Basterds
Alessandro Camon et Oren Moverman – The Messenger
Joel Coen et Ethan Coen – A Serious Man
Bob Peterson, Pete Docter et Tom McCarthy – Là-haut

Tarantino, malgré sa réécriture jubilatoire de l’Histoire, a échappé au Golden Globe. Il faut dire que son film a bien des aspects perfectibles, et que tous les rôles ne sont pas aussi bien écrits les uns que les autres (en même temps, difficile de ciseler des personnages de la même verve que Hans Landa) (mais quand même, le petit ami de Shoshanna…). Voila peut-être pour lui l’occasion de se rattraper, en tout cas, après pas mal de cérémonies où seul Christoph Waltz semble avoir été retenu au palmarès… Démineurs et A Serious Man sont des outsiders intéressants.

Meilleure adaptation

Neill Blomkamp et Terri Tatchell – District 9
Nick Hornby – Une éducation
Jesse Armstrong, Simon Blackwell, Armando Iannucci et Tony Roche – In the Loop
Geoffrey Fletcher – Precious
Jason Reitman et Sheldon Turner – In the Air

Pas vraiment d’idée, ici. Mais comme j’ai vu (et aimé) In the Air, et qu’il a eu le Golden Globe, je vais parier dessus. Les autres, c’est bien simple, j’ai pas vu, alors difficile de juger de la qualité de l’histoire, et a fortiori de la manière dont c’est adapté.

Meilleur film d’animation

Coraline d’Henry Selick
Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson
Là-haut de Pete Docter
La Princesse et la grenouille de Ron Clements et John Musker
The Secret of Kells de Tomm Moore

Là-haut, sans équivoque, devrait perpétuer la suprématie Pixar sur cette catégorie. Je n’ai pas encore vu La Princesse et la grenouille, qui a priori me fait bonne impression, mais les images de synthèse sont vachement plus à la mode…

Meilleur film étranger

Ajami (Israël)
El secreto de sus ojos (Argentine)
Fausta (La Teta Asustada) (Pérou)
Un prophète (France)
Le Ruban blanc (Allemagne)

Carton plein pour Le Ruban blanc ? Fausta et Un prophète, dans des registres hyper différents, ont aussi marqué les américains (enfin, un peu, quoi) (il ont fait 50 entrées chacun, quoi), alors pourquoi pas une surprise pour le film d’Audiard ?

Oulala, quel suspense les enfants ! Je vais en faire des insomnies, tiens… Ah, j’en fais déjà. Ah oui, j’en fais déjà.

Le meilleur film de l’année…

… Nan, j’déconne!

J’aurais aimé voir vos têtes, là.

Bon, je suis allé voir cette daube ce soir, en attendant d’aller chercher mon germanique gallinacée à la Gare de l’Est. Et j’ai été comblé. Enfin, comblé comme on peut l’être par une comédie romantique américaine pas folichonne dont le titre français est juste lamentable. A croire que les distributeurs français le font exprès: pourquoi handicaper davantage des films déjà mal partis en les affublant de titres aussi ridicules que « Le Témoin Amoureux », « Braqueurs amateurs » ou « Rien que pour vos cheveux »?… Et donc, là, « Un mari de trop », whouhou! Mais bon, je ne suis pas encore dictateur, donc les comédies US médiocres continueront d’avoir des titres français qui font penser à un téléfilm de TF-One.

Le pitch est d’une originalité folle.

Z’avez qu’à voir:

Emma (Uma Thurman) est conseillère du coeur à la radio (Doctor Love, whaou!), et est adulée par des milliers de new-yorkaises qui, c’est bien connu, sont toutes présentes dans cette ville dans le seul but de trouver l’amour. Un beau jour, elle conseille plus ou moins clairement à une gourdasse de lourder son futur mari, prénommé Patrick, car elle a des doutes sur leur union. Bon, là déjà, j’avais envie de gueuler: « Nan mais oh, connasse, tu te tapes Jeffrey Dean Morgan, là!! Tu peux légalement pas jeter un mec pareil!! »

Je vous montre le spécimen (oui, j’aime toujours les Groquik, et je vous merde)…

Bref, le pauvre garçon se fait donc jeter à une semaine de son mariage, et va très logiquement attribuer la destruction de sa vie à cette dinde d’Emma qui donne des conseils en amour comme si elle parlait de miser sur des actions Tatal-Fino. Du coup, pour lui pourrir la vie, à cette conseillère de mes deux, il profite de la perspective de son mariage très prochain avec un gars bien (Colin Firth) pour gâcher son bonheur. Il s’arrange donc pour se retrouver, du moins administrativement, marié à la donzelle. Cette dernière en est fort dérangée, vu que cela l’empêche d’épouser son gars bien… La rencontre entre Emma et Patrick est alors inévitable, pour régler ce problème. Emma/Uma doit se débarrasser de ce mari importun pour épouser son régulier (ça me rappelle un autre film à titre ridicule, mais lequel?… Bref, passons).

Et là, devinez quoi: c’est horrible, gros conflit de personnalités, tout les oppose, ils ne sont même pas du même monde (Queens vs. Manhattan, y’a pas photo, mes enfants, les clichés sont éternels)… et pourtant un trouble, puis une attirance, va naître, au milieu de quelques gags mollassons. Mais 1) Emma est over-maquée et 2) elle risque de péter un câble en apprenant comment ce salopiaud de Patrick l’a filoutée, elle qui croit que leur mariage est une simple erreur administrative (la conne). Diiiiingue, ce scénario!

Bilan des courses: comédie romantique gentillette, hyper convenue, sans surprise (traduction: cinématographiquement parlant, c’est à chier). Uma Thurman devrait éviter d’accumuler les casseroles de ce genre à sa filmo, ça la déprécie, à la longue.

Mais il y a toujours Colin Firth, sans qui Bridget Jones aurait fait un peu moins rêver les greluches amatrices de chick lit, et Jeffrey Dean Morgan, qui est juste l’homme de ma vie au cinéma. Du coup, je me suis infligé cette succulente tranche de cinéma dénué d’intérêt. C’était vachement bien, j’avais l’impression de regarder un chef d’oeuvre genre « 27 robes », je me sentais intellectuel et homme du monde. Tout à la fois.

J’en remets une couche pour finir…


Rhaaaaaa…

J’en connais qui vont encore se foutre de ma gueule à propos de mon goût tout à fait accidentel pour ces spécimens quadragénaires…