Archives par mot-clé : Comédie ratée

SMS : aussi marquant qu’un SMS

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Il y a une tristesse, dans la nullité de certains films : ce n’est pas une nullité crasse, atroce et gênante, juste une nullité basique. Et parfois, je me demande ce que je préfère. La nullité crasse et flamboyante de Lucy, vrai gros nanar complètement grotesque, dont le Grand-Guignol et la bêtise absolue génèrent nécessairement une réaction épidermique, fût-elle d’adoration ? Ou bien la nullité douce et tranquille de SMS, qui fleure bon le téléfilm qu’on aura oublié deux jours après ? Je ne suis pas sûr. Le nouveau film de Gabriel Julien-Laferrière, réalisateur du très surcoté Neuilly sa mère !, n’a en tout cas pas grand-chose pour lui à part son interprète principal, qui fait ce qu’il peut.

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R.I.P.D. Brigade Fantôme : un film avec Ryan Reynolds habillé dedans

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Certes, c’est l’été, mais les rats de cinéma ne renoncent pas si facilement à leurs toiles hebdomadaires, d’autant que les salles sont (la plupart du temps) climatisées. Alors on bouffe du film, parfois par vraie curiosité, parfois sans trop y croire (ce qui permet parfois – rarement – une bonne surprise), et d’autres fois encore sans rien attendre de génial, mais bon, comme on a une carte UGC, on fait pas trop attention. Ce fût le cas aujourd’hui. En l’occurrence, c’est l’arnaque du moment : la comédie d’action, certes bien dans les clous et les standards du genre, mais où le rôle principal est confié à Ryan Reynolds… sans lui faire retirer le haut une seule fois en 1h30 ! Nan mais allo ? Tu m’expliques l’intérêt de caster Ryan Reynolds si c’est pour qu’il reste dans sa chemise contractuelle Hugo Boss et son gilet pare-balles pendant tout le film ? Même pas une petite scène inutile dans laquelle il décroche son téléphone en sortant de la douche ? Au réveil, au lit, ce serait trop Rated R de lui enlever son marcel de nuit ?…

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Rater son suicide avec Patrice Leconte

Il est bizarre, Patrice Leconte. Dans une filmographie où l’on compte de grosses machines populaires comme la saga des Bronzés, Mon Meilleur Ami, Viens chez moi j’habite chez une copine, La Guerre des Miss ou Les vécés étaient fermés de l’intérieur, il n’a jamais pu s’empêcher, comme quelques autres de ses collègues du cinéma « populaire », de tenter des incursions dans un cinéma plus sérieux, avide qu’il est probablement d’obtenir un peu de reconnaissance de la part des critiques professionnels et de ses pairs. Note que je n’ai rien contre, hein. Mais à quoi bon faire du cinéma « sérieux » quand on n’a pas le souci d’imposer une « vision » de cinéaste, une cohérence visuelle et thématique d’un film à l’autre, une « oeuvre » en somme ? Parce que lorsque Patrice Leconte tente de réaliser un film « sérieux », il le fait rarement avec une inventivité ou un style hyper personnels. J’ai bien du mal à trouver des points communs, qui constitueraient une sorte de signature de réalisateur, entre Le Mari de la coiffeuse, Monsieur Hire, La Veuve de Saint-Pierre, Confidences trop intimes ou La Fille sur le pont. Tout au plus y offre-t-il, à l’occasion, une belle partition (sans forcément être le scénariste, d’ailleurs) à son interprète principal : Michel Blanc, Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Jean Rochefort… Mais jamais il ne semble imposer une « patte » qui ferait qu’on reconnaîtrait son « style ». Au mieux glisse-t-il un clin d’œil aux Bronzés, via une affiche en arrière-plan au début du Magasin des Suicides, pour ceux qui suivent.

Chez Leconte, pourtant César du meilleur réalisateur en 1997 pour Ridicule (le film en costumes, une valeur sûre pour briller dans les cérémonies annuelles de récompenses), pas de thématiques ou d’obsessions traversant son œuvre, pas de manière de filmer particulièrement caractéristique, pas de dogme, pas de signe distinctif dans la direction d’acteurs… Là où un François Ozon explore depuis des années de petites névroses (disparition du père, sexualité alternative, subversion), où Lars Von Trier construit une œuvre critiquable mais cohérente autour du dogme et de la violence du monde (et surtout des rapports humains), où Tim Burton appose une signature visuelle dark à chacun de ses films (même les plus légers), où Patrice Chéreau tente systématiquement des prouesses techniques autour des plans, du montage et des lumières, Patrice Leconte fait des films sérieux de temps en temps, comme ça, apparemment un peu au gré de ses envies, sans trop se préoccuper de faire des clins d’oeil au spectateur pour lui rappeler que oui, c’est bien lui qui est derrière la caméra, et pas son assistant.
Du coup, quand il fait un film dans le but quasi-avoué d’obtenir une nomination aux César (peut-être que ça lui reboostera l’égo avant d’oser Les Bronzés 4 ou Mon Meilleur Ami 2), parfois ça marche, et parfois c’est juste pompeux et lourdingue.
C’est malheureusement la deuxième option qui prévaut dans Le Magasin des Suicides, son premier film d’animation (« Tiens, j’ai jamais fait un film d’animation, si j’essayais ? » –> Patrice, arrête de t’exercer sur nous, on n’a rien demandé !). Adapter un roman, qui plus est un succès de librairie, est rarement facile. Les spectateurs qui l’ont lu sont assez intransigeants quant à la fidélité à l’œuvre originale (ou, si ce n’est pas possible, quant à la mise en place de digressions bien adaptées) : t’as qu’à demander aux malheureux réalisateurs qui se sont attaqués aux épisodes de la saga Harry Potter. Le public est chien. Pourtant, à la fin, le seul à avoir imposé un peu de ses références, de sa manière de mettre en scène et de son univers graphique (Alfonso Cuarón dans Le Prisonnier d’Azkaban) est finalement le seul dont le film est à peu près unanimement salué. Mais quand Patrice Leconte adapte Le Magasin des Suicides, il en fait, visuellement, une sorte de sous-produit des Triplettes de Belleville ou de L’illusionniste. De cette veine du cinéma d’animation français qui tient absolument à s’excuser de ne pas avoir les mêmes moyens que Pixar en faisant dans l’esthétique rétro-vintage. Alors qu’on pourrait avoir des ambitions (cf. Un Monstre à Paris), on fait de l’animation « à l’ancienne » qui sent la naphtaline, avec l’objectif à peine caché de « faire sérieux » et vintage, de vendre le film à un public adulte et, surtout, d’ambitionner de l’exporter vers les marchés anglophones grâce à ce petit cachet « so vieux continent »… Je reconnais que ce genre de pirouette visuelle peut être sympa pour inscrire un film dans un climat particulier (par exemple, dans le cas des Lascars, l’ambiance globalement jaunâtre évoquant vaguement les banlieues délabrées en été), mais dans le cas du Magasin des Suicides, il y a un petit côté « Burton wannabe meets Titeuf meets Daniel Pennac » qui dérange (les énormes cernasses autour des yeux, les personnages à tronches difformes). Certes, cet aspect « gothique » sied parfaitement à la thématique, mais il n’y a pas d’utilisation intéressante de ces personnages dark. Les chansons du film, aussi, sont assez insupportables.
Enfin, et c’est probablement le principal reproche à faire au film de Leconte : il ne restitue pas l’esprit du roman de Jean Teulé (que j’ai lu, rassure-toi) (eh oui, ça m’arrive rarement de lire, mais ce livre-là, je l’ai lu). Là où il y avait matière à faire un divertissement réjouissant, irrévérencieux et politiquement incorrect, Patrice Leconte pond un long épisode d’Angela Anaconda, où les bons sentiments du petit héros surpassent en volume et en intentions les mesquineries et horreurs (hélas essentiellement potentielles) du reste de sa famille. C’est mièvre, gentillet, avec peu d’exploitation du potentiel comique des personnages et des situations, tout en osant quelques petites vannes et mises en scène de morts un peu glauques. Si tu as moins de 12 ans, tu trouves ça malsain, si tu as plus de 12 ans, tu t’ennuies ferme. Il a voulu ménager la chèvre et le chou entre le public adulte et les enfants, pour au final accoucher d’un film qui ne satisfera pleinement ni les uns ni les autres. A fortiori en imposant un final pourri, complètement plaqué et pas du tout fidèle à la conclusion du roman, qui était beaucoup plus ambiguë.  C’est vraiment dommage que Patrice Leconte n’ait pas su faire quelque chose de plus « personnel » avec son Magasin des Suicides, qui restera l’un de mes rares « ratages » au ciné en 2012. Moi je dis, rappelle la troupe du Splendid, Patrice !

Horrible Bosses, la fausse promesse

Mais oui, c’est une vraie semaine avec des posts quotidiens. Qu’est-ce qui m’arrive ? Bon, toujours pour causer ciné, tentons aujourd’hui de nous pencher sur l’autopsie du prometteur Horrible Bosses (Comment tuer son boss ?) (existe-t-il une pétition contre les titres français de films US ?) (nan parce que bon, ça va bien) (est-ce que les maisons de disques se permettent de changer le titre d’un album américain pour le marché français ?).
Bon, bah en fait, Horrible Bosses n’est que ça : prometteur. La bande-annonce et le casting pouvaient sérieusement donner envie. Des acteurs méga-connus dans des seconds rôles et des comiques du cru dans les premiers rôles : + 1 point. Jennifer Aniston en brunette : + 1 point. Jennifer Aniston en version drôle (c’est à dire, pour une fois, pas en girl next door sympa qui a du mal à trouver l’amour) : +10 points. Jennifer Aniston en méchante : +20 points. Jennifer Aniston en nymphomane : + 50 points. Colin Farrell avec une calvitie : + 50 points. Kevin Spacey avec des répliques méchantes dans la bouche : + 100 points.
Seth Gordon, réalisateur en 2008 d’un assez catastrophique Four Christmases (Tout sauf en famille) (re : existe-t-il une pétition contre les titres français de films US ?), aux manettes : – 1 point. Mais bon, laissons sa chance au gars. Les trois types chargés de jouer les malheureux employés, plus ou moins nouvelles stars de la comédie US, n’ont pas joué un rôle déterminant dans l’envie de voir le film, mais j’étais prêt à leur laisser une chance. Après tout, Jason Bateman, c’est un peu de Juno, un peu de Up in the air, et beaucoup d’Arrested Development. Pas de raison qu’il me déçoive. 
Et effectivement, Jason Bateman ne m’a pas (trop) déçu. Des trois pauvres types harcelés par leurs chefs, c’est celui dont le sort semble le moins enviable, et surtout c’est celui qui, en termes de gags et d’intrigue en général, reste le plus en retrait.
Mais alors, les deux autres crétins…
Charlie Day a une voix de hamster enrhumé. J’imagine bien que c’est supposé faire partie de sa drôlerie, mais personnellement j’avais surtout envie de le baffer dès qu’il parlait… en envie de me jeter sur l’écran du cinéma avec une pelle dès qu’il hurlait. Et, en tant que personnage ayant tendance à virer hystérique dans les situations de stress (why not), il hurle beaucoup dans ce film.
Jason Sudeikis passe presque pour un type normal avec un faciès légèrement bébête, mais il faut croire qu’il cherche à souligner cette disgrâce physique par ses actions. Au début du film, on croit qu’il est à peu près normal et puis, out of nowhere, il devient une espèce de maniaque sexuel incapable de se contrôler deux minutes, y compris quand sa vie en dépend.
Et c’est là qu’on touche au point qui m’a fait passer un moment pénible devant ce film : je ne SUPPORTE PAS l’humour basé uniquement sur le fait que les personnages sont stupides. C’est pour cela qu’Eric et Ramzy ne m’ont jamais fait rire, notamment à leur « grande époque » dans la série H : ouais, c’est bon, on a compris, ils sont teubé, ils font semblant de comprendre et noient le poisson dans un fake anglais trop lol, ou alors ils croient comprendre mais ne comprennent pas. Trop kikoulol. Sauf que nan, c’est juste de la connerie. La connerie pour la connerie, ce n’est jamais que con. Dans un pitch, même comique, parlant de conspiration et de meurtre, l’humour non-sens et la connerie rigolote font tâche dans le psychisme de personnages qui, au contraire, devraient être des plus rationnels. Ce qui peut me faire rire, dans un pitch comme celui de Horrible Bosses, c’est soit le potentiel d’humour noir qu’il recèle, soit l’idée de voir des types ordinaires (avec un QI normal, donc) qui n’ont pas de bol et à qui il arrive des trucs atroces. Saupoudrez ça de philosophie, d’humour pipi-caca ou de références culturelles si vous voulez : je m’en fous, du moment que c’est bien fait.
Mais tenter de faire passer pour drôles les péripéties de trois mecs qui, dans leur projet de « tuer leurs boss », ne font RIEN comme il faudrait, ce n’est juste pas possible. Qui entre par effraction chez son patron sans prendre la moindre précaution ? Toutes lumières allumées ? Sans s’assurer de l’absence d’un système d’alarme ou de caméras de surveillance ? Sans gants ? En empoignant AU BOUT DE 3 SECONDES (quelle concentration !) le babyfoot à pleines mains (« oh trop cool un babyfoot ! ») (les garçons hétérosexuels sont si bêtes que ça ?) (il faut m’éclairer, hein, je n’en vois qu’à la télé) ? En manipulant un pot de cocaïne sans les doigts ?
Qui, alors qu’il doit confronter un meurtrier en portant un micro sur lui, se déconcentre AU BOUT DE 15 SECONDES pour aller niquer une meuf dans les toilettes ?
C’est supposé être marrant ? Je veux dire, comment on s’identifie à un personnage qui n’a aucune réaction normale, un personnage qui prétend être flippé mais n’a aucune réaction « safe » dans une situation stressante ? Peut-être que c’est pour ça que Jason Bateman m’a moins déplu, plus en retrait, moins blaireau dans les évènements, plus « employé de bureau », son personnage a des réflexes à peu près ordinaires face aux situations qui se présentent dans le film. Et c’est reposant quand deux personnages sur trois font n’importe quoi.
J’ai passé les deux tiers de la séance à m’agripper à mon siège pour me retenir de hurler « P*tain mais ils sont juste complètement cons ? ». Et non, ça ne m’a pas fait rire.
Restent quelques séquences bien menées, notamment les frasques de Jennifer Aniston dans son cabinet médical, les joutes verbales hilarantes (quoique légèrement crypto-racistes) avec Jamie Foxx… et l’épilogue, assez réussi (qui nous soulage, accessoirement, de la douloureuse perspective de supporter la voix de Charlie Day une minute de plus) (c’est dommage, il serait presque mignon, sinon).
Comment peut-on se planter à ce point avec un casting aussi alléchant ? Comment peut-on rater la première occasion depuis des années de voir Jennifer Aniston faire un truc un peu différent ? Comment peut-on se louper avec deux acteurs oscarisés au générique ? La vraie bonne idée de Seth Gordon et de ses trois (TROIS !!) scénaristes aurait été d’exploiter à donf’ l’humour noir et le potentiel politi-comique des vacheries des trois patrons (vacheries qui n’ont finalement qu’une assez faible exposition dans l’intrigue), pour booster le rythme d’une comédie a priori basée sur les atrocités dont ils sont capables. Et ç’aurait été faire honneur à ceux qu’il semble avoir cantonné au statut de guests de luxe, Aniston, Spacey et Farrell. Lesquels s’accaparent les quelques (rares) répliques marrantes de cette daube surévaluée.