Archives par mot-clé : Culture

Boycott business

Jay Z and Justin Timberlake

Depuis quelques jours, on voit défiler sur les sphères web people / pop culture le nom de Trayvon Martin, un jeune homme de 17 ans, mort en février 2012 à Sanford, en Floride, sans que, jusqu’à présent, l’affaire n’ait fait grand bruit de notre côté de l’Atlantique. Certes, il y a eu une forte couverture médiatique, mais rien qui parvienne jusqu’à nos JT. L’histoire est bête et triste à pleurer : celle d’une ronde de surveillance qui tourne mal. George Zimmerman, un Latino-Américain de 28 ans, était le coordinateur de la surveillance de voisinage de la résidence fermée où est mort Trayvon Martin, qui y résidait temporairement. Le soir du 26 février 2012, il croit surprendre un intrus armé et fait feu. Sauf que ce n’était pas un intrus, qu’il n’était pas armé, et qu’il était noir.

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Calendrier des Palmes

la vie d'adele

Ayé, le Festival de Cannes a remis sa Palme d’Or, et alors qu’aucun vrai favori ne semblait s’être détaché dans les pronostics jusqu’aux dernières 24 heures précédant la remise des prix, c’est finalement La Vie d’Adèle chapitres 1 et 2, d’Abdellatif Kechiche, qui a raflé la mise face aux géants américains (Alexander Payne, les frères Coen, Soderbergh, Jim Jarmusch), japonais (Miike) ou danois (Nicolas Winding Refn). Un peu surprenant de la part d’un jury présidé par Steven Spielberg, dont on attendait peut-être un palmarès plus US-friendly ou plus consensuel, et qui a finalement fait la part belle aux films les moins américains de la sélection. M’enfin, quand on voit le nombre de productions françaises ou franc-bidule qu’il y avait en sélections (même Only God Forgives est crédité comme film franco-danois), on était quasiment certains de trouver, comme d’habitude, la moitié des favoris des prochains César en compétition, voire au palmarès final. Pas grand-chose à dire des résultats finaux, vu que je n’ai même pas encore vu Le Passé en salles et que, comme les gueux, je vais devoir attendre les sorties françaises des gagnants pour les voir. Mais une interrogation…

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Le DVD à 10 euros

L’autre jour, je me suis promené sur les Champs-Élysées. Un endroit où je ne vais jamais, vu que ce n’est plus vraiment sur le chemin de mes activités quotidiennes, et qu’en plus, il faut bien l’avouer, c’est un peu la zone. Surtout en aout, où un gigantesque amas de touristes vient grossir les rangs habituels de badauds, de blaireaux qui zonent et autres mendiants adoptant des techniques plus ou moins spectaculaires pour attirer ton attention. Mais bon, là, j’avais rendez-vous dans le coin, alors j’ai zoné aussi. L’avenue des Champs-Élysées a ceci de pratique qu’elle est blindée de magasins ouverts jusqu’à minuit, ce qui tue le temps quand on est là avec rien d’autre à faire que traîner.

Je suis donc entré, à un moment, dans le Virgin Megastore, dont il paraît qu’il va bientôt fermer au profit d’un immense Apple Store de 4000 m2. Cela n’a pas beaucoup changé avec les années, il y a toujours la grande librairie au sous-sol, les têtes de gondoles au rez-de-chaussée au pied des escaliers et la papeterie et le café au deuxième étage. Mais au premier étage, les CDs ont presque disparu, et les DVD ont bien moins fière allure qu’il y a quelques années.
Les nouveautés sont à 15€ ou 19,90€ dans le meilleur des cas. Quand j’achetais encore des DVDs, un gros succès en salles pouvait se retrouver à 25 ou 30€ en rayonnages quelques mois plus tard, sans parler des éditions collectors, ultimate master machin et super jewel box bidule. Aujourd’hui, le support du DVD collector semble mort, et les petits boîtiers en plastiques qui s’entassent dans les rayons, sans mise en avant particulière, font peine à voir. Quelques coffrets sont encore proposés pour les grosses trilogies ou les intégrales de séries à peu près rentables, mais plus grand-chose. Et puis, franchement, ces coffrets étaient plus jolis, plus travaillés, plus packagés avant.
Moi qui ai acheté les coffrets des saisons de How I Met Your Mother au fur et à mesure de leurs sorties, j’ai l’impression que les prochaines saisons à paraître ne bénéficieront même plus d’un coffret en carton. La collection intégrale sera toute moche, c’est dommage. Le triste sort des séries qui ont débuté avant la mort du DVD et qui s’achèveront quand celui-ci rendra l’âme.
Et sinon, donc, tous les films sortis en salle il y a plus de six mois sont désormais à 10 euros pièce. On ne fait même plus semblant de les proposer à 9,99€ ou 12,99€. Non. 10 euros. Pour un boitier de plastique, une jaquette reprenant l’affiche du film et un vague synopsis, plus vraiment de bonus (les bonus tout le monde s’en fout), et un pauvre disque calé à l’intérieur.
Vu l’effondrement du marché, l’émergence d’une offre dématérialisée décente (et quand même vachement moins chère), l’essor du téléchargement, ou simplement le changement dans la manière de consommer les contenus, je peux comprendre qu’on coupe dans les coûts. Mais c’est quand même tristouille. Je veux dire, ma génération est peut-être la dernière qui aura acheté des K7 ou des DVDs parce que l’industrie réussissait à les faire rêver quant à la qualité exceptionnelle des contenus. Certains des supports achetés avant mes 18 ans ont été visionnés plusieurs dizaines de fois, ils ont formé ma culture, peut-être même un peu de ma personnalité.
Et puis on s’est rendus compte que ça coûtait quand même cher pour des films qui ne sont pas toujours géniaux, alors on s’est mis à n’acheter que les valeurs sûres, les kiffs, les films préférés. Mais là, on s’est aperçus qu’en fait, on grandissait, et qu’on n’avait plus vraiment le temps de les regarder. Le Blu-Ray de Kick Ass a moisi pendant genre un an sur une étagère avant qu’on ne songe à le regarder. Alors on a carrément arrêté d’acheter des DVDs et des Blu-Ray. Un seul, de temps en temps en traînant à la Fnac ou au Virgin Megastore, donc, pour une série dont on a déjà entamé la collection et qu’on a envie d’avoir, comme un vieux livre, dans une étagère du salon, en se disant qu’un jour on la transmettra amoureusement à un de ses enfants ou à un ami nostalgique. C’était ça, les K7 et les DVDs : la promesse de se constituer une vidéothèque idéale, une valorisation du produit comme pour un livre, en se promettant de dresser un mini-panthéon culturel pour soi et pour les siens, dans lequel, forcément, on aurait régulièrement envie de se replonger. C’est pour ça qu’on achetait.
On n’achète plus. La faute au web ? Probablement un peu, mais pas vraiment à cause du téléchargement. En fait, personnellement, je dirais que c’est l’abondance d’informations qui m’a rendu un peu fainéant. Comme pour les exposés à la fac, on apprend tellement de choses, sur les blogs, sur les extraits disponibles sur YouTube, sur les fiches Wikipédia, que je suis capable de parler d’un bon nombre de films ou de disques que je n’ai ni vus ni entendus. Et d’avoir, dessus, des idées préconçues. Qui vont quasi-systématiquement m’amener à ne pas les acheter, parce que j’estimerai avoir entendu l’essentiel sur Deezer, capté l’essentiel sur les blogs. Ou alors, je lancerai un téléchargement, une recherche streaming, et j’irai l’écouter ou le té-ma vite fait. Pour l’avoir, peut-être, oublié deux semaines plus tard.
L’abondance de contenus, la possibilité de découvrir de nouvelles choses tout le temps, y compris des films cultes des années 70, 80, 90, sans faire l’effort de se déplacer dans un magasin et d’y claquer 25€, ça a changé ma manière de consommer les contenus. 10€ pour un film de Clint Eastwood que je regarderais aussi (si ce n’est plus) facilement en cliquant sur un bouton chez moi, c’est encore trop cher.
Notre génération a peut-être perdu un peu de respect pour les contenus, à mesure qu’elle a perdu le contact avec le support matériel. C’est beau, la VOD, le catalogue Amazon, les playlists Deezer. Mais c’est trop dématérialisé pour s’y projeter sincèrement. Un peu comme cet article de blog que tu auras oublié dans dix minutes, occupé à en lire un autre. La dématérialisation a ouvert les portes de la culture mainstream, et c’est vrai que c’est cool. Mais elle a aussi amené ça. Trop de propositions, trop de tout-venant, trop d’interchangeable, accessible trop facilement. Et, dans la même logique, la fin de l’envie qu’on avait d’acheter, de collectionner et de stocker amoureusement ces contenus, avec l’espoir et la conviction profonde qu’on retournerait régulièrement piocher dedans, pour écouter et regarder, encore et encore, un bon vieil album sur la chaîne hi-fi, une bonne vieille romcom sur le lecteur DVD. Je chérissais mon magnifique coffret Kill Bill. Aujourd’hui il moisit quelque part chez mes parents (il prenait trop de place dans mon clapier) et je n’ai gardé que le boîtier DVD. Et il ne me viendrait plus à l’esprit de chérir un truc pareil. Ce qui compte, c’est le film, pas l’objet. Le contenu, pas le contenant. Reste à trouver un moyen de désirer le contenu un peu plus que cinq minutes d’affilée et d’avoir envie de le payer décemment, pour espérer le faire vivre (et le rentabiliser) au-delà d’un pic d’entrées en salles et de téléchargements plus ou moins légaux la semaine de sa sortie.
Avant de sortir, probablement pour la dernière fois, du Virgin Megastore, j’ai acheté Le Monde de Garp, de John Irving. Parce qu’en 27 ans, je ne l’ai jamais lu, et qu’il paraît que je loupe quelque chose. Si les livres existent encore dans trente ans, je pourrai dire à quelqu’un (mon fils ? ma fille ? ma perruche ?) que c’est le dernier truc que j’ai acheté au Virgin Megastore des Champs-Élysées, à l’époque où, dans des supermarchés de la culture, on vendait des films overpackagés et overtunés à prix d’or, parce qu’on pouvait aimer un film sincèrement au point de vouloir le posséder pour toujours, que le second degré n’avait pas pris le pas sur tout, et que voir et revoir Coup de foudre à Notting Hill ou Gladiator édition collector avec les bonus exclusifs sur les coulisses et les effets spéciaux, c’était un truc qui faisait rêver. Les époques révolues qu’ils nous envieront peut-être.

AlloCiné TV : aimer le cinéma à la télévision

Mes cakes aux cerises confites, tu sais que j’aime ma télé. Bon, certes, depuis quelques années je l’aime à égalité avec le web mondial, sur lequel je passe le plus clair de mon temps, mais il n’empêche que je reste en admiration devant le petit écran du salon depuis ma plus tendre enfance, pour ainsi dire sans discontinuer. C’est qu’il y a quelque chose de magique, dans la télévision, que le web n’a pas encore (du moins sous sa forme actuelle) : la capacité à te scotcher sur la même chaîne, sur le même contenu vidéo, pendant plus de dix minutes d’affilée. Combien de fois as-tu zappé d’une page à l’autre de l’Internet mondial depuis que tu as allumé ton ordinateur aujourd’hui ?

Je te laisse compter, hein.
Bon, tu vois, c’est pas glorieux. La télévision, et plus particulièrement les émissions de télévision (que ce soient les jeux, les talk-shows ou les magazines), a cette capacité formidable à créer, organiser et orchestrer du contenu éditorial sur plusieurs dizaines de minutes, sans que tu n’ailles bâiller sur la Une de L’Equipe.fr ou de ta timeline Facebook au bout de trois minutes. La beauté du web, c’est de t’ouvrir à tant de contenus que tu en as le vertige, et avec les années qui passent, l’incapacité à te concentrer sur un contenu qui ne te captive pas. La laideur du web, c’est de te pousser, du même coup, à une sorte de zapping permanent qui mène les créateurs de contenus tout droit à la surenchère (le troll, le trash, le cul, le lol). La publicité du web est encore plus triste que la publicité « traditionnelle », quand on y pense : pour des sommes parfois indécentes, c’est un clic et une dizaine de secondes de ton attention qu’on va solliciter, en espérant que tu répandras à ton tour, d’un tweet ou d’un commentaire, la bonne parole vers ta propre audience. Plus encore que trente secondes de temps de cerveau disponible, c’est désormais un clic qu’on te mendie en ligne, entre deux pages que tu lis plus ou moins distraitement et que tu auras vraisemblablement oubliées dans une heure.
La télévision a bien des défauts, mais au moins, elle sait te retenir sur une page pendant vingt, quarante ou soixante minutes. En comptant la pub, certes, mais là n’est pas la question. Un type d’émission que j’aime bien, c’est évidemment ce qui touche au cinéma ou à l’actualité musicale. Mais curieusement, c’est le genre de discipline ou le dilettantisme le dispute à l’indigence. Je veux dire, c’est si compliqué que ça de donner la bonne année de sortie d’un album, la bonne prononciation du nom d’un acteur ou l’intitulé exact de la récompense obtenu par telle actrice ? Les aléas du direct ne sont même pas à blâmer pour ces petites erreurs qui, si elles ne sont pas graves, sont souvent perpétrées dans des mini-reportages ou des plateaux enregistrés : c’est dire, si, du coup, ça me gave de voir un animateur (dont c’est le METIER rémunéré, bordel) n’est pas foutu d’avoir des fiches à jour, ou de voir qu’un journaliste a monté son reportage sur un chanteur sans vérifier les données qu’il évoque à l’écran. Parfois, un simple tour sur Wikipédia suffirait, mais il faut croire que c’est un effort trop chronophage.
Un autre problème de ces émissions culturelles de la télévision, c’est évidemment qu’elles sont, bien souvent, soumises à l’actualité promotionnelle. Pour quelques émissions purement critiques (comme Le Cercle, de Frédéric Beigbeder), beaucoup d’émissions plus orientées talk-shows, ou acteurs français et vedettes internationales en promo viennent assurer la tournée des plateaux. Du coup on voit huit fois la même bande-annonce, on entend huit fois les mêmes anecdotes de tournage, on se retape autant de fois la minute « artistique » du pourquoi Machin a fait ce film et pourquoi Bidule a accepter d’intégrer ce sujet à sa filmographie, sur fond de questions percutantes d’Ariane Massenet.
Alors lorsque j’ai vu qu’Allociné lançait « sa » chaîne TV, j’étais un peu circonspect. D’une parce que le site possédait déjà une chaîne TV il y a une dizaine d’année (donc je ne voyais pas pourquoi ça marcherait mieux maintenant), et de deux parce que parler de cinéma à la télévision semble toujours déboucher sur de la critique verbeuse ou de la promo people sans grand intérêt.
J’avais bien tort, mes amis. Après avoir passé un peu de temps sur la chaîne en ce beau week-end de fin d’année, je me suis aperçu que la chaîne d’Allociné avait réussi ce pari étrange et délicat : rapprocher les formats éditoriaux de la télévision et de l’Internet mondial. Les formats, généralement courts (La Minute, Faux Raccord) et tirés de mini-programmes vidéos qui avaient au départ été lancés sur le site d’Allociné, ont le bon goût de s’intéresser à l’actualité du cinéma en salles sans faire la part belle à la promo, ce qui est hautement appréciable. Le soir, une « Grande Séance » permet de découvrir, à l’ancienne, un vieux film qu’on a pratiquement toutes les chances de ne jamais avoir vu (à moins d’aimer regarder le Cinéma de minuit de France 3) (tu sais, le truc qui passe le dimanche soir genre à 2 heures du mat’ et qui a l’air interdit aux films de moins de cinquante ans), précédé d’un dessin animé de Tex Avery. C’est un peu oldies mais ça peut être très sympa, en ces temps de rediffusions multiples où les seules vraies nouveautés sont dans les salles, de regarder, au moins une fois dans sa vie, un film d’Ernst Lubitsch ou de Frank Sinatra (je veux dire, ces mecs, on sait qu’ils ont existé, et avec un peu de chances on sait qui ils étaient, mais combien d’entre nous ont réellement maté leurs films ou achetés leurs DVDs pour les longues soirées d’hiver ?).
Parallèlement, des mini-émissions rythment la grille de la chaîne, en mettant l’accent sur des choses dont on ne parle presque jamais à la télévision, et qui mériterait pourtant notre attention : l’actualité des films « Direct-to-DVD » qui ne connaissent pas le bonheur d’une sortie en salles (généralement des séries B ou Z un peu foutraques, des films qui ont fait un four aux USA à leur sortie, des petits films fauchés, etc.), l’actualité des films tellement nuls qu’ils n’arriveront peut-être jamais chez nous (Escale à Nanarland)… Bref, une chaîne animée par des passionnés, qui ne parlent pas que des films qui font des entrées en salles, qui ne sont pas que des passe-plats pour la promo des stars. Et c’est bien agréable. En tombant deux fois sur la chaîne en deux jours de zapping plus ou moins effréné, je me suis attardé les deux fois, et surtout, les deux fois j’ai appris un truc. Ouep. Les deux fois j’ai vu ou entendu un truc dont je n’avais jamais entendu parler sur une autre chaîne : une info sur un film en salles que je n’avais pas entendue ailleurs, un film dont je n’avais jamais entendu parler et au casting duquel se trouvent pourtant des comédiens que je connais… Bref, c’est bien coule qu’il existe une chaîne faite pour nous parler de ciné en nous APPRENANT des trucs, et sans nous servir l’inévitable interview de Mélanie Laurent ou d’Angelina Jolie de passage à Paris pour faire 15 interviews en 2 heures au Ritz.
Il y a bien quelques petits points à améliorer en termes de qualité d’animation ou de richesse de contenus (on sent encore un  peu les animateurs habitués au format « vidéo pour le web sans vrai plateu et sans thunes ») (et entre les bande-annonces et les mini-magazines, on a tendance à retomber assez rapidement sur un contenu déjà vu), mais au au moins, le peu de contenu qu’Allociné propose sur sa chaîne télé, c’est du vrai contenu critique, analytique et passionné, et pas du recrachage de communiqué de presse. Je leur souhaite vraiment de réussir à équilibrer leur modèle économique et à obtenir une audience honorable.