Archives par mot-clé : Dictature

The Lobster

 

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Très perturbant, le prix du jury du Festival de Cannes 2015 avait, dès l’annonce de sa sélection, intrigué la Croisette, la critique et les losers comme moi qui suivent tout ça depuis le reste de la France sur le web, grâce notamment à son pitch presque digne d’un blockbuster SF:

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

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De la mèmification des dictateurs

Ceci n'est pas un méchant de James Bond
Ceci n’est pas un méchant de James Bond

Il y a quelques jours, mon amie la grosse Florence me fit partager un lien Buzzfeed revenant sur un certain nombre de photographies de Vladimir Poutine qui, additionnées et mises bout à bout, commençaient à former une sorte de roman-photo homoérotique de la présidence de cet homme qui, depuis la démission-surprise de Boris Eltsine le 31 décembre 1999 (je m’en souviens parce que c’était une date marquante, le bug de l’an 2000, la mort d’Alain Gillot-Pétré qui loupa le « Millenium » à moins de 24 heures, et la tempête du 26 décembre qui nous avait privés d’électricité pendant presque une semaine), a subtilisé le pouvoir démocratique de son pays en usant de méthodes étrangement légales, sous les yeux médusés et impuissants du reste de la planète. L’idée de ces clichés étant, plus ou moins subtilement, de se moquer des mises en scène et de l’image publique que Poutine s’efforce de diffuser dans son pays et à travers le monde, comme si quelqu’un y croyait vraiment. A fortiori, à l’heure actuelle, quand des lois liberticides permettent à des groupuscules néonazis de se lancer dans une chasse aux sorcières contre les LGBT russes, dont les droits n’allaient déjà pas fort jusqu’à présent.

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The Dictator, lol en soldes

Sacha Baron Cohen renonce (apparemment) au mockumentary. C’est fort dommage, car cela contribuait grandement au comique de ses précédents films : les réactions plus ou moins outrées ou gênées des protagonistes, qui ne se rendaient pas toujours compte qu’ils étaient face à une parodie, étaient un peu le sel des précédentes productions du comédien anglais, ce qui mettait l’accent sur leur portée politique, en quelque sorte.

Dans The Dictator, place à la fiction. Et forcément c’est un peu moins drôle, même si le gars, comme d’habitude, ne se prive pas d’en faire des caisses et de pousser le mauvais goût toujours un peu plus loin qu’on ne l’aurait imaginé dix secondes avant. Evidemment, la liste des barrières du lol à faire tomber commence à se limiter un peu, et on retrouve de toute façon toujours un peu les mêmes : du scato, de la quéquette à l’air, de la misogynie, de l’hygiène douteuse, du poil, de la religion, du suprématisme américain, de la bimbo, de l’extrémisme… Il n’a peur d’à peu près rien, ça, clairement, ça ne change pas. Mais il commence à être un peu moins inspiré, je trouve.
Evidemment, il y a bien quelques messages glissés ça et là sur le fait que les dictatures et nos démocraties occidentales si propres ne sont pas totalement exemptes de points communs, sur la façon dont les stars occidentales ont pu littéralement se prostituer pour le fric des dicateurs orientaux (cf. Nelly Furtado ou Beyoncé en concert privé chez Kadhafi), ou sur la manière dont les décisions et déclarations « cosmétiques » finissent toujours par faire oublier les actes les plus condamnables… Mais rien à faire, j’ai moins accroché que pour Borat, et surtout nettement moins que pour Brüno, dont le message était probablement moins brouillon, plus clair : être une grande follasse consumériste et provoc’, dans le fond, est-ce que ça mérite les quolibets et menaces de mort ? Dans notre monde, en 2009, la réponse semblait bien souvent être oui. Brüno, et Borat aussi en un sens, parlait en substance de tolérance. Le message global d’un film comme The Dictator, le sens de sa démarche, me semble un peu moins limpide. La faiblesse de la fiction, c’est justement qu’elle n’a pas le mérite de capter les réactions et opinions réelles de nos contemporains, contrairement aux happenings qui avaient fait le succès des précédents films de Sacha Baron Cohen. Les grimaces outrées d’Anna Faris (l’inénarrable Cindy Campbell de Scary Movie) face aux insanités moyenâgeuses déblatérées par Aladeen / Allison Burgers sont bien faiblardes, que ce soit sur le plan comique ou politique, comparées à la tronche de Paula Abdul obligée de se servir du dos d’un mexicain comme fauteuil ou à celle du sénateur républicain Ron Paul qui se retrouve à la limite de tourner une sex tape parce qu’on l’a « confondu » avec RuPaul.
Mais peut-être qu’après Ali G, Borat et Brüno, Sacha Baron Cohen commence tout bêtement à être trop connu pour se contenter de débarquer chez les gens ou dans des évènements officiels sans se faire griller aussitôt. Forcément, si les victimes de ses reportages / mockumentaries deviennent conscientes du fait qu’elles participent à un gag, ce n’est plus aussi drôle, leur réaction aura moins d’intérêt à être observée. D’où, peut-être, la nécessité pour Sacha Baron Cohen de faire des choix quant à ce qu’il compte faire de la suite de sa filmographie, lui qui a déjà fait quelques incursions plutôt réussies dans le cinéma « traditionnel » (Sweeney Todd, Hugo Cabret) : arrêter les comédies polémiques basées sur un personnage outrancier ? Recommencer à faire du mockumentary en se trouvant un nouveau personnage à la fois culte et méconnaissable ? Diriger d’autres comédiens dans des mockumentaries à portée politique ? Partir vers des documentaires réels ?…
Ce qui est sûr, c’est que pour le moment il semble avoir fait le plus gros du travail possible concernant les personnages perçus comme « intrus » sur le sol américain, prompt qu’il est à dénoncer les contradictions et hypocrisies de la société aux States (et pas seulement aux States, d’ailleurs) : arabes, homosexuels, obsédés sexuels, libertins, simples d’esprit, européens à fort accent, hommes-bimbos, journalistes posant des questions qui fâchent… Alors une nouvelle fois, la question se pose, surtout dans la mesure où il a eu de la  « chance » que les révolutions arabes viennent lui fournir un sujet en 2011 : quelle sera la prochaine cible de Sacha Baron Cohen, parodique ou réelle ?