Archives par mot-clé : Famille

Snow Therapy : couilles et poudreuse

 

Qu’est-ce qu’être un homme ? Dans nos sociétés occidentales, quel que soit le milieu social, c’est devenu avec les siècles cette variation un peu bâtarde du patriarche à la tête d’une famille nombreuse : le père à la tête d’une famille nucléaire ou, à tout le moins, l’adulte fonctionnel capable d’assumer plus que les autres, de se sacrifier pour les siens, de faire preuve de courage. C’est le mythe « Les femmes et les enfants d’abord ! », qui veut que les hommes soient nécessairement les moins faibles, donc les moins couards quand les choses se gâtent, et qu’on les envoie plus naturellement au casse-pipe que les autres, que ce soit quand le bateau coule ou quand la guerre est déclarée. Si le stéréotype a ses limites et ses aspects largement critiquables (l’homme est seul face à ses tourments, ses émotions et ses états d’âme, dont on le somme d’avoir un peu honte, pour être un roc solide face à toute l’adversité de la vie, pendant que la femme, par opposition, en est réduite à la sphère domestique et à son statut de petite chose faible à protéger), il contribue beaucoup à définir la distribution du grand jeu de rôle de l’existence. Je peux compter sur toi pour ci, tu peux compter sur moi pour ça. L’idée étant, en nos temps modernes, que les rôles féminins et masculins se rejoignent progressivement, et que si on attend des femmes qu’elles soient capables d’assurer aussi bien dans la sphère domestique qu’à l’extérieur, il en va de plus en plus de même pour les hommes.

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Love is strange

 

 

On avait laissé Ira Sachs en 2012 avec Keep The Lights On, drame intimiste sur l’histoire d’amour contrariée entre un artiste contemporain (alter ego du réalisateur) et un jeune avocat toxicomane, inspirée de sa vie réelle. Un film à l’époque unanimement salué par la critique, même si je n’avais pas été aussi transporté que d’autres (tout en trouvant le film joli et bien fait, hein, juste pas au point de hurler au chef d’œuvre du siècle et au renouveau du cinéma gay), et qui avait fait, comme bien des films étiquetés gays avec des scènes de sexe relativement explicite, un semi-four (pas vraiment aidé par sa distribution dans trois salles parisiennes). On le retrouve en 2014 avec un autre drame, moins autobiographique (et pour cause, puisque le réalisateur n’a pas encore l’âge de ses personnages principaux) mais tout aussi intimiste, et probablement tout aussi personnel dans sa démarche. Love is strange est un film mélancolique et lumineux, lourdingue par moments et d’une légèreté superbe par d’autres (cette lumière new-yorkaise…). C’est probablement le film auquel j’ai le plus repensé cette année, dans les jours suivant la projection à laquelle j’ai assisté.

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The McCarthys : le gay de la famille

the mccarthys

 

C’est un matériau casse-gueule, sur le papier : le pitch de The McCarthys fleure bon la foire aux clichés sur les gays datant d’il y a quinze ans. A l’écran, ça se ressent dans les blagues et les ignorances manifestes des frères du héros gay, notamment, mais aussi dans les décors vieillots qui auraient été les mêmes en 1997 ou les différentes dynamiques relationnelles de la famille (mère affreuse avec sa seule fille, père bougon avec tout le monde, frères jumeaux en compétition permanente…).

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Une nouvelle amie

une nouvelle amie duris demoustier

 

Le Ozon 2014 est un bon cru. Prolifique avec son rythme soutenu de quasiment un film par an, le cinéaste français continue d’explorer ses thèmes de prédilection : psychanalyse de la famille traditionnelle bourgeoise, mort du père, subversion, désir. Et bien sûr, une présence plus ou moins latente de l’homosexualité. Comme toujours, ce n’est pas exempt de défauts, mais Ozon est ici en plein dans son élément : un cinéma d’auteur à la fois dramatique, léger et populaire, où l’on sent poindre le thriller au détour de la pression sociale et des conventions. Comme dans Jeune et Jolie, il y a un an, les deux personnages principaux du film portent un secret, et la crainte d’être découverts, percés à jour, entretient un suspense qui contribue grandement à retenir l’attention du public, flippé pour quelque chose qui, pourtant, n’aurait pas vraiment de raisons logiques de faire peur, ne représenterait pas un danger immédiat pour la sécurité ou la survie des protagonistes.

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