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Famille, vous m’aimez?

Ce post a failli s’intituler « Let’s go tou ze repêches ». Mais le destin est facétieux. Ou alors nous sommes des bêtes, c’est au choix. Je n’ai appelé personne hier soir, si ce n’est ma pauvre mère qui se rongeait les ongles jusqu’au coude. Et mon père aussi. Mais ça a donné ça:

Il décroche…
– Ouais?
– Allo Père? C’est moi.
– Mouais?
– Je t’appelle juste pour te dire que j’ai eu mon année!
– Ah. C’est bien. Une chose de faite!
– Ouais, ouais.
– Pas d’oral à repasser, rien?
– Non, rien. Tous est passé.
– Bon, bah c’est bien… Allez, Salutas!
– Oui, euh… Au fait… *tut tut tut*

Contrairement aux apparences, on progresse. Il se trouve que nous avons peu en commun. Aucun de nous ne le vit mal, il me semble. Mais hier soir, au lieu de rester pendu au téléphone pendant trois heures (ce que j’adore faire, pourtant), j’ai regardé Canal +. Décidément, je m’accoutume dangereusement à cette chaîne. Le rapport, me demanderez-vous? Le film d’hier soir, c’était C.R.A.Z.Y, de Jean-Marc Vallée. Vu en version hâchée grâce à l’orage. Eh oui, suis en zone de vigilance orange de Météo France, moi! Si Pirouette veut progresser en accent québecois avant août, il faut qu’elle regarde ce film! Entre le son, leur accent et ma surdité, on a failli ne pas y arriver!

J’avais loupé ce film au moment de sa sortie. Pas eu le temps. Au début, l’histoire de ce jeune héros en quête d’identité, Zachary, je me disais que ça allait me renvoyer à moi. En fait, pas du tout. Père autoritaire, mère pieuse et aimante, frères beaufs et hostiles. On n’est pas tout à fait chez moi, déjà. Mais quelque chose me dit qu’à 20 ans près, on n’est pas passés bien loin… C.R.A.Z.Y, ce sont les initiales des quatre frères Beaulieu, dans leur ordre de naissance. Zachary, le Z, c’est le garçon qui a peur de décevoir, dans une famille où il détonne un peu, son père qui semble être tout pour lui. Le film se déroule essentiellement entre eux, dans une guerre qui commence dans l’enfance du fils, lorsque son père le surprend en train de pouponner le petit dernier avec la robe de chambre et les bijoux de sa mère. Une guerre déclarée par Zachary sans le vouloir, lui le « fif » qui va mettre presque tout le film à s’accepter. Le fif, ici, c’est le pédé, la tapette. Plutôt crever que d’en être une. La guerre est ouverte entre Zach et son père, qui ne peut pas accepter cette perspective, mais aussi et surtout entre Zach et lui même. C’est là que le film nous pose le plus de questions, vu de 2007. Jusqu’où aller pour continuer à être aimé? Carrie Bradshaw demande dans un épisode de Sex and the City (on a les références qu’on peut) « A partir de quand l’art du compromis devient-il compromettant? ». C’est la question soulevée ici. Zach va se refouler, essayer d’être le plus conforme à ce qu’on attend de lui, tout en se réfugiant dans la musique, l’imagination… et quelques écarts. Son aventure le mènera loin (Jérusalem, ce mec qui ressemble un peu au Christ, le désert), et ne pourra connaître de fin pleinement heureuse. Une des dernières scènes du film, autour de la musique de Patsy Cline Crazy, qui ne donne pas tout à fait son titre au film mais presque, est vraiment poignante. Si l’on ajoute à cela une belle BO et une ambiance qui réussit à être drôle dans la tension, on tient un bon film. Je suis en manque de ciné, en ce moment, à trop déserter l’UGC… Une histoire père-fils qui marche et qui convainc, même les nuls de la relation père-fils comme moi, ça fait donc du bien à la cinéphilie.

Mon père n’est pas le centre de ma vie, je ne vis pas pour ne pas le décevoir. Ma mère, en revanche, a très mal vécu le fait d’avoir un fils « fif ». Personnellement, je crois que ce n’est toujours pas complètement digéré pour elle. Mais il vaut mieux cela que de perdre son enfant, alors elle fait avec. Pas forcément évident dans les années 70. Lorsqu’elle l’a su, c’était la fin de la première année. Et le lendemain, comme hier, les résultats sont tombés et je lui ai annoncé que j’avais mon année. « Tu crois que ça me console? », m’a-t-elle répondu. Ce qui s’est passé à cette époque, je ne l’oublierai jamais parce que ça concrétisait tout ce que j’avais craint depuis l’âge de 15 ans. Depuis, ça va mieux, et je suis heureux qu’on n’ait pas eu à en passer par les mêmes douleurs que Zach et son père. Jusqu’où se haïr, se refouler, se refuser? Je n’ai jamais voulu jouer à ça, je n’ai jamais eu honte, je ne me suis pas fait horreur ce fameux matin de 2000 où tout est devenu clair. Je n’ai pas lutté contre moi. L’histoire de C.R.A.Z.Y n’a pas été la mienne, pour une question d’époque, mais aussi pour une question de caractère. Mon père est laxiste, ou nous laisse faire notre chemin, ou s’en tape. Peu importe. J’aime autant. C’est le rôle qu’il a choisi, et si cela peut représenter un handicap aux yeux de certains, au bout de 22 ans, c’est seulement devenu une fierté de moins à flatter. Une contrainte de moins, en somme.

Les mystères du caractère maternel

Voila, le boulot commence à s’orienter vers des cas concrets, et c’est bien agréable. Je sais bien, je n’ai aucune patience, une petite semaine ce n’est pas grand chose, et il faut bien ça pour prendre quelques repères. Mais là, je commence à entrevoir ce que je vais faire, et c’est plutôt exaltant. Vous me direz, pour ceux qui avaient suivi, après les stages de 2006…
Je suis rentré en Seine-et-Marne pour le week-end (pour VOTER), et dans l’appréhension de retrouver ma chère mère. (Oups, mon frère vient d’émettre un borborygme pour me signifier de dégager de son ordi)

Extrait de conversation téléphonique, hier soir, avec ma génitrice adorée (je précise que ma pote Elise passe le week-end dans l’appart’ de ma mère à côté de Deauville, et qu’elle devait passer prendre les clés chez mes parents):
– Bon, donc tu rentres demain soir, après dîner?
– Oui, c’est ça, histoire de ne pas me coltiner les embouteillages de 18h du vendredi soir sur le périph’.
– Ok, à demain alors, bisous…
– Attends, attends, j’allais oublier: j’ai Elise en face de moi, là, et on voulait savoir…
– QUOI??? T’es où, là?
– Euh, à Paris, je dîne avec elle. (c’est à ce moment que je réalise qu’elle m’a rappelé sur mon portable sans avoir tenté le coup au préalable chez mon parrain)
– Hein? Et la voiture? Tu vas avoir une prune, un accrochage, un… C’est quoi encore, ce plan que tu m’as fait?
– Meuh non, c’est pas un plan, je sors c’est tout, je rentre pas tard! Et puis de toute façon je sais me garer, la voiture va bien.
– Mouais (là, je sens que je l’ai énervée et que la suite va mal se passer)… T’as prévenu ton parrain que tu sortais?
– Non, non, je me suis barré comme un voleur, j’me suis dit que ce serait plus incorrect.
– C’est ça, fous-toi de ma gueule, en plus, c’est gratuit!
– Bon, donc je reprends: finalement son mec ne bosse pas demain et elle finit à midi, alors elle peut passer emprunter les clés de Deauville ce soir, finalement? Comme ça, elle ne fait pas l’aller-retour demain…
– Nan. J’vais pas lui donner les clés ce soir à minuit, t’as vu l’heure?
– Ben dépose-les chez elle.
– Nan. J’veux la voir avant pour lui poser des questions sur ce qu’elle veut faire là-bas… Et puis de toute façon j’en ai marre, tu m’appelles toujours pour demander des services, jamais par gentillesse! C’est vraiment chiant! Bonne soirée! *clac!*

Bon. Soit. Je rappelle cinq minutes plus tard. Mon père décroche au bout de 15 sonneries. « Ouais… Elle veut pas te parler ». En fait, elle lui a pris le téléphone des mains pour m’en remettre une couche, avant de raccrocher à nouveau. Ce midi elle a fait un véritable interrogatoire de brigade des moeurs à Elise.

Et ce soir? Ben… elle m’a accueilli à bras ouverts. Je ne comprendrai jamais…