Archives par mot-clé : France

Dheepan

 

dheepan voiture

 

Autant je ne fais pas forcément l’effort de me déplacer en salle pour une Palme d’Or systématiquement (Oncle Boonmee, franchement ça faisait pas trop saliver d’avance), autant quand c’est un film français qui l’emporte, j’essaye quand même de me dire que c’est l’occasion de remplir mon quota de l’année du trimestre. D’autant que Jacques Audiard, c’est un peu l’enfant chéri du cinéma français, celui qui rafle tout aux César dès qu’il est nommé, et dont certains se demandaient quand est-ce qu’il obtiendrait une récompense suprême de ce genre. C’est désormais chose faite et, la critique étant ce qu’elle est, on a désormais l’impression que c’est arrivé trop tôt, avec le mauvais film. Trop tôt, peut-être, oui. Ou trop tard, hein. Au point en tout cas d’y aller de publier des critiques qui semblent parfois à la limite de la mauvaise foi, invoquant encore plus fort que d’habitude la distanciation, forcément éclairée, avec le palmarès « officiel » (on attend de voir fleurir des « vraies palmes » et autres « palmes du cœur » dans nos Inrocks et Télérama des prochains mois).

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Magic in the Moonlight

magic in the moonlight

 

Avec sa régularité de métronome, vient le Woody Allen annuel. Chaque année, ces films, pas toujours excellents mais jamais indigents, nous offrent l’une des rares opportunités d’assister, en tant que contemporains, au lent accouchement de ce que nos futurs petits-enfants seront amenés à considérer, à travers des rétrospectives et autres expos intellos, comme l’une des œuvres majeures du cinéma de la fin du XXème siècle : la carrière d’un prolifique acteur-réalisateur, aux contours personnels flous et parfois sulfureux, qui aura consacré la majeure partie de sa vie à livrer, pièce par pièce, une œuvre riche et cohérente sur ses névroses (qui, par bien des aspects, sont aussi celles de son siècle). Peur de la mort, évolution des rapports hommes-femmes, décrépitude de la bourgeoisie, dépression, mystères et faux-semblants de la vie en société : Allen aura été le cinéaste d’un vingtième siècle plein de bouleversements, du moins dans le quotidien des milieux privilégiés et urbains.

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Mommy

 

Director Xavier Dolan, Jury Prize award winner for his film "Mommy", poses during a photocall at the closing ceremony of the 67th Cannes Film Festival in Cannes

 

Oui, Xavier Dolan est agaçant. Il a des tics d’arrogance, une omniprésence médiatique, des contradictions qui, forcément, donnent un peu envie de lui chercher des noises, de ne pas hurler au génie avec la meute médiatique qui lui a servi la soupe pendant deux semaines à Cannes en mai, puis pendant à peu près le même laps de temps à la sortie de Mommy en salles. Mais voilà, cette sollicitude des médias se justifie assez. Il est tellement rare de regarder une carrière de cinéaste qui éclot et devient une star internationale, avec cette précocité, que l’on ne peut pas vraiment le quitter des yeux. On est fascinés qu’il réussisse tout ça : l’esthétique, la grammaire cinématographique, les dialogues, les personnages, à 25 ans et depuis cinq films. Et, à chaque fois, un résultat différent, surprenant, qu’on peut aimer alors qu’on a détesté le précédent, et vice-versa. Alors oui, il y a des tics de cinéma intello, une manière un peu m’as-tu vu de faire le virtuose sur écran, des trucs auxquels on s’attend, mais comment ne pas être intéressé par l’expérience d’un nouveau film de Xavier Dolan ?

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La France déteste ses « champions »

… et surtout ses championnes. Depuis deux jours, le web français s’enflamme sur la performance d’actrice, apparemment digne de moqueries, de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises (un film que je n’ai pas encore vu, parce que j’estime avoir du temps devant moi pour y aller) (même si c’est quand même pas mal la foire aux spoilers sur le web depuis quelques jours). Une autre démonstration d’un mal bien français qui frappe Marion Cotillard depuis le succès certes un peu surfait de La Môme, mais qui avait auparavant frappé bien d’autres de nos compatriotes. Car en France, on ne pardonne pas grand-chose au succès, et surtout, on attend avec délectation l’heure du faux pas et de la chute. Petit panorama de champions français qui s’en sont pris plein la gueule par « leur » public…

Jean Alesi

Est-ce son faux air de Nicolas Sarkozy ? Son flop monumental avec l’écurie Prost Grand Prix ? En tout cas c’était un mal-aimé. Certes, le gars n’a jamais rien gagné, et reprendre le flambeau du haut niveau français en Formule 1 (un sport qui ne m’a jamais intéressé et dont je me demande encore l’intérêt de le diffuser le dimanche après-midi à la place de rediffs de McGyver) alors qu’Alain Prost y avait été une des grosses stars mondiales, ce n’était pas facile. Je me demandais toujours, moi qui ne connaissais pas trop le bonhomme, ce que les Guignols de l’info pouvaient bien avoir contre ce garçon « à fond à fond à fond », et je ne comprenais pas trop les blagues sur « le gravier ». Mais bon, le pauvre Jean, il fallait s’y habituer, était juste une cible un peu facile, sujet de running gag pas forcément finaud, à l’image de tout sportif un peu exposé médiatiquement, un peu comme Jean-Pierre Papin ou…

Amélie Mauresmo

Alors elle, elle en a bouffé des critiques durant sa carrière. Trop grande, pas assez jolie, de trop gros bras, pas assez de grands titres, numéro un mondiale sans avoir remporté de titre du Grand Chelem… A la Fédération Française de Tennis, Amélie Mauresmo, c’est un peu Dieu, mais pour le grand public, cela reste cette joueuse lesbienne qui n’a remporté « que » deux titres du Grand Chelem (dont un sur abandon). C’est vraiment dommage, parce qu’elle a beaucoup apporté à la popularité de son sport dans les années 2000, et que dans le tennis français actuel, celui ou celle qui se constituera un palmarès comparable à celui d’Amélie Mauresmo n’est peut-être même pas encore en activité. La « faible » popularité de Mauresmo est apparemment extensible à l’ensemble des joueurs français, presque systématiquement descendus en flèche sur les forums et sites spécialisés : Jo-Wilfried Tsonga pas assez ambitieux et qui mange trop de Kinder Bueno, Marion Bartoli trop grosse, Gilles Simon pas assez puissant, Fabrice Santoro qui ne gagnait jamais rien, Aravane Rezaï et Alizé Cornet qui ont percé trop tôt et jamais confirmé, Nathalie Tauziat dont personne n’avait rien à foutre, Cédric Pioline jeté au premier prime time de Danse avec les stars (lol)…

Richard Virenque

L’affaire de dopage, bien sûr, et le fait qu’on l’ait du coup un peu trop entendu dire des âneries à la télé et à la radio avec sa voix de grand benêt, ça ne l’a guère aidé. Mais il n’y a pas que dans le sport que le public français, notamment sur le web, la joue « hater » envers ses plus fiers représentants…

David Guetta

Je ne m’en cache pas et ne m’en suis jamais caché, je n’aime pas David Guetta, son sourire niais, son bonheur conjugal triomphant, ses produits dérivés multiples, sa recette musicale immuable balancée à tout va, son omniprésence médiatique… Mais je ne me voile pas la face, je sais bien que ça a toujours été de bon goût (et que ça le restera) de cracher sur ce monsieur et sa success story à l’américaine qui semble insulter notre conception française de la carrière artistique « pour l’amour de l’art », option « artiste maudit qui a galéré et qui rencontre le succès par hasard, c’est beau ». Le succès de David Guetta n’a rien d’un hasard et relève plutôt de la machine commerciale impeccablement huilée. C’est sûrement pour ça qu’on le déteste et que, alors qu’il semble au sommet de sa carrière depuis 2009, on guette avec convoitise le moment où il va se vautrer.

Christophe Maé

Ah ça, c’est facile de trouver des gens qui détestent Christophe Maé sur le web. Un peu moins maintenant, mais entre 2007 et 2010, quand on entendait sa voix geignarde en permanence à la radio, dans les supermarchés, dans les ascenseurs, à la télé, chez le coiffeur… on avait un peu envie qu’il meure. On pourrait mettre ça sur le dos du matraquage, mais en fait non. Car Christophe Maé vend des disques. Beaucoup. Même aujourd’hui. Haï sur le web, adoré dans les bacs, un paradoxe que Christophe Maé partage avec Zaz.

Kad Merad

On le voit trop, trop souvent, dans des films rarement excellents, ni choisis par l’acteur pour leur côté original. La filmographie de Kad Merad commence à ressembler à celle de nombre de rentiers du cinéma français, à l’image de Christian Clavier, Daniel Auteuil ou Jean Reno. On se souvient qu’à un moment ils avaient fait un ou deux bons films, qu’ils avaient eu du succès… mais on est bien en peine de se rappeler du dernier film d’eux qu’on a vu au ciné, ou même du dernier bon film d’eux dont on a entendu parler dans la presse. Kad Merad a eu deux immenses coups de bol : Je vais bien ne t’en fais pas, et Bienvenue chez les ch’tis. Lui-même n’en est probablement toujours pas revenu. Deux films qui lui permettent de rester bankable aux yeux des producteurs, mais franchement pas de succès notable ou inoubliable : R.T.T., L’Italien, Safari, Mes stars et moi… Du coup, parce qu’omniprésent et n’apportant pas grand’chose d’intéressant ou de nouveau au cinéma, il soûle la plupart des personnes que je connais.

Mélanie Laurent

Elle aussi « révélée » par Je vais bien ne t’en fais pas, Mélanie Laurent pâtit de deux choses : son air un peu hautain, et le fait que les réalisateurs hollywoodiens la courtisent. Si on ajoute à cela le fait que, comme Kad Merad, elle a fait un peu trop de films et a été un chouïa trop présente dans les salles de cinéma pendant un temps (dans des films globalement sans risques et assez oubliables), on a un cocktail parfait de « fille qui a trop de succès et qui nous soûle, même si on devrait être fiers ».

Juliette Binoche

Trop intello, trop prise de tête, trop poseuse… Malgré son oscar, son BAFTA et ses prix d’interprétation à Cannes, Berlin et Venise, le public ne va guère voir les films de Juliette Binoche au cinéma.

Brian Joubert

Un peu comme Surya Bonaly ou Philippe Candeloro avant lui, l’absence de grand titre mondial à son palmarès (à part les championnats du monde de 2007) (ça remonte quand même un peu) et sa relative inconstance l’empêchent probablement d’être populaire. Ça, et évidemment le fait que tout le monde aime bien se moquer du tapinage patinage artistique.

Laure Manaudou

Probablement parce qu’elle a eu du succès trop tôt, et parce qu’elle s’est ensuite avérée être ingérable et peu impliquée. C’est le syndrome du « talent gâché » qui met forcément un peu en colère. Son come-back au JO de Londres se fait dans une certaine indifférence, personne n’y croit, elle-même avoue qu’elle ne s’est pas forcément donné les moyens à l’entraînement d’être au top. On retiendra probablement d’elle qu’elle a été championne olympique avant de se démobiliser, de prendre une retraite inconsidérée, de faire une sex-tape et des pubs pour gel douche, et de dire des conneries sur Twitter…
Je n’ai jamais trop compris pourquoi les champions français, qui devraient bénéficier d’un minimum de soutien patriotique, sont si souvent décriés, jugés pas assez bons, trop mis en avant, surestimés, gnagnagna… Un manque de popularité qui, pourtant, semble s’arrêter à certaines disciplines, notamment masculines, puisque les footballeurs restent des demi-dieux (au moins pour les plus « célèbres » d’entre eux) même quand ils font des trucs a priori inqualifiables (Zidane, Ribéry) et que tout le monde s’excite quand les nageurs français réussissent à pondre une médaille d’argent en relais 4x200m…