Archives par mot-clé : Grande musique

Le tube d’il y a dix ans : Junior Senior – Move Your Feet

 

Les one hit wonder n’ont pas exactement chômé au cours des années 2000 : pour une révélation durable, combien de Sophie Ellis-Bextor, de Titiyo, de Kevin Lyttle, de Sonique, de Danzel, de Nivea ou de t.A.T.u qui ne dépassèrent guère un gros tube mais, s’ils avaient assez de matière pour un deuxième single, gagnaient une notoriété de six mois et une place au chaud sur les tournées des plages de NRJ. Parmi ceux-là, je garde un faible pour Junior Senior et son enthousiaste Move Your Feet, une ritournelle insupportable et bizarrement addictive qui a rythmé le début de l’été 2003 (un été qui allait être marqué par quatre tubes incontournable : le Crazy in Love de Beyoncé, le Bring me to life d’Evanescence, le Chihuahua de DJ Bobo, et le Satisfaction de Benny Benassi). En gros, le public français avait déjà des goûts de chiottes il y a dix ans, mais au pays de Sexion d’assaut et de Willy Denzey, qu’est-ce qui peut encore nous surprendre ?

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La Pop-Pouffe de décembre

 

 

Oui, bon, je n’ai pratiquement rien écrit du mois de décembre, je sais. Je passe actuellement par des états d’âme qui m’empêchent de me concentrer durablement. Alors je fais un effort la journée au boulot, mais le soir je suis complètement vide. Genre téléspectateur de la Star Academy 2012 qui trouverait que Tonya Kinzinger est bonne animatrice et qui ne remarquerait pas les problèmes de maquillage de Matthieu Delormeau. Passé par à peu près tous les états que suppose une fin d’année un peu longuette, option hiver déconcertant et incapacité à voir la lumière du jour en extérieur plus de dix minutes par jour (aka le temps d’aller chercher mon déj’ le midi), je suis, en ce 31, à un tel point de lassitude que je laisse 2012 à son sort sans le moindre regret, espérant que 2013 sera un peu plus clémente avec mes nerfs de personne âgée. Tout ça pour dire que j’ai le moral dans les chaussettes et que, bon, le blog nouveau, avec son design tout moche et ses 28 commentaires spammants par jour, bah je l’ai un peu mis de côté. Pile au moment où mon intérêt aurait dû être relancé, c’est moche, hein. Ne me reste qu’à solliciter un web designer pour sauver ce ste moribond d’une fermeture certaine. (Non, ce ne sont pas des menaces visant à te faire culpabiliser).

 

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Scream & Shout

Ah, Britney… L’un des plus grands paradoxes culturels de ce début de XXIème siècle. Une notoriété énorme que ne peuvent que lui envier les autres pouffes rescapées de la pop américaine du début des années 2000 : que ne donneraient pas Christina Aguilera, Jessica Simpson, LeAnn Rimes ou Anastacia pour que la moitié de la planète continue de leur lécher les bottes, de remplir leurs concerts à fond les ballons même quand ça pue le playback en mode automatique, ou de leur offrir des ponts d’or genre 15 millions de dollars pour aller faire la jurée dans un télé-crochet ? Mais c’est inexplicable, un phénomène face auquel la critique semble impuissante : si nous savons tous que Britney est loin d’être la plus talentueuse, la plus méritante ou la plus investie dans son art, elle reste la plus connue, la plus adulée, la plus populaire du lot. Rien à faire. C’est probablement la conséquence directe d’avoir été la « première » fille à sourire plastifié clairement identifiée du courant teen pop, avec marketing de lolita et smash hit mondial à la clé. Les autres n’apparaîtront jamais, en dépit de leurs efforts pour se distinguer, que comme des sous-produits. Juste parce qu’elles ont le malheur d’être de la même génération que Dame Britney et de faire de la pop. C’est triste.

Là où le phénomène tout puissant de la popularité de Britney Spears étonne, c’est quand on voit à quel point les grandes années semblent loin aujourd’hui. Je veux dire, Toxic, son dernier gros global hit, date quand même de 2004, avant qu’elle ne ruine plus ou moins sa carrière avec Kevin Federline, les enfants, le divorce, la dépression… Huit ans, ça fait long, dans l’industrie musicale et pour une star du calibre de la Spears, sans un gros hit bien huilé et bien marketé qui laisse des traces durables dans la pop mondiale et qui fasse l’unanimité chez les fans. Pour un ‘Til the world ends pré-apocalyptique inexplicablement sorti en deuxième single de l’album Feignasse Fatale, combien de I wanna go, de Break The Ice, de Radar, de Circus, de 3, de Hold it against me aussitôt matraqués en radio pendant deux mois, aussitôt oubliés ? Britney aura assurément marqué l’histoire de la pop music par quelques tubes énormes aidés par un storytelling et un climat de stupre impeccablement mis au service de son personnage de petite princesse un peu perverse (et un peu déchue) du rêve américain : de Toxic à Oops ! I did it again en passant par I’m a slave 4 U ou encore les un peu plus « oubliés » Boys, Everytime ou (You Drive Me) Crazy, Britney de 99 à 2004, c’est un collier de perles pop savamment enfilées par une gamine motivée par le job, et un management qui maîtrisait alors sa « créature ». Le tout dans l’aura rassurante et tranquille de Baby One More Time, le premier single et plus gros succès de la donzelle, probablement à tout jamais. Courir depuis le début de sa carrière après un succès aussi gigantesque que le tout premier qui, vraisemblablement, ne viendra jamais, ce doit être décourageant, à force, je comprends bien.
Mais depuis le come back de 2007, elle semble, un peu à la manière de U2, capitaliser sur sa réputation et ne plus proposer que des trucs plus ou moins oubliables, et surtout répétitifs, multipliant les allusions visuelles et textuelles à son glorieux passé et à son statut à part dans le monde de la pop (un peu comme Madonna qui, pour cacher sa difficulté à trouver un nouveau clip, s’auto-référence à tour de bras pour que ses fans jouissent au moins de clins d’œil). Les singles ne sont jamais vraiment mauvais, mais on en revient toujours à regretter que Britney, forcément plus trop en âge de verser dans la teen pop qui fit son succès, n’enchaîne des tubes désormais un peu photocopiés et plus aussi marquants qu’à sa grande époque. Je veux dire, depuis son best of My Prerogative en 2004, tu vois vraiment des pistes encore plus définitives à ajouter que celles qui s’y trouvaient déjà à l’époque ?
Alors quand je la vois rebalancer son It’s Britney bitch, gimmick un peu daté mais adopté par les fans à l’époque de Gimme More, dans un single tout à fait oubliable de Will.I.Am vraisemblablement, une nouvelle fois, récupéré dans les poubelles des Black Eyed Peas (écoute bien et ferme les yeux, on s’y croirait), je me demande si Britney Spears saura, un jour, devenir une artiste pop légendaire à la hauteur de Madonna ou de Michael Jackson (= de manière constante, sur la durée, sur toute une carrière malgré les hauts et les bas) ou si elle ne sera jamais qu’une légende de la teen pop, qui ne fera plus jamais rien de legendary mais à laquelle on s’accrochera, coûte que coûte, comme à notre vieil agenda de seconde qu’on a jamais eu le coeur de jeter parce qu’on avait des petits mots échangés et classe et des stickers Buffy dedans, en souvenir de l’énergie adolescente à la fois pudibonde et sexuelle qu’elle avait réussi à incarner dans la culture des adolescents de 1999.
Le succès de ce single, auquel je prédis un destin à la Hold it against me (sommet des charts puis oubli total trois mois plus tard) plutôt qu’à la I Gotta Feeling, me donnera un élément de réponse.

La Pop-Pouffe de mai

Comme bien souvent, problème de flair ou pas, je choisis un single qui ne se vendra pas par caisses, même si c’est dommage. Pauvre Kylie, ça commence à se voir, depuis dix ans, qu’elle court après le nouveau Can’t Get You Out Of My Head… Malheureusement, il y a plusieurs choses qu’elle devrait comprendre : la robe outrageuse ne fait pas tout ; le single-gondole d’un best of est rarement un hit mémorable (cf. le sort réservé au pourtant sympathique I Believe in You) (dont l’intro me rappelle toujours le jingle pub de LCI) (mais ça n’a rien à voir) ; on retrouve rarement deux fois un tube aussi énorme que Can’t Get You Out f My Head dans une carrière ; la dance n’est plus un choix aussi audacieux et original qu’il y a dix ans pour se démarquer de la concurrence… Mais qu’importe, Kylie semble plus décidée que jamais à profiter de ces dernières années (les années actuelles, quoi) où elle peut encore être crédible en poupée souriante façon petite fiancée de l’Australie. So gay-friendly, si jolie, si enthousiaste à la tâche, comment peut-on décemment détester cette fille ?

Et puis, finalement, Timebomb est peut-être le single le plus efficace qu’elle ait fait depuis un moment. Sauf si on compte le déjà vieux Get Outta My Way, bien matraqué en boîte à son époque avant de sombrer dans l’oubli progressif de nos iPods. Et c’est peut-être là le malheur de Kylie Minogue aujourd’hui : à l’image d’une Madonna qui semble avoir du mal à faire oublier aux djeunz qu’elle est finalement juste une vieille peau botoxée trying too hard (et donc intrinsèquement ringarde), la primesautière australienne a bien du mal à vendre des millions d’albums ou à caser du single au sommet des charts pendant des mois entiers, comme à ses grandes heures. C’est d’autant plus frustrant que ses grandes heures semblent ne s’être étalées qu’entre 2001 et 2002.
Alors même si Timebomb est une petite tuerie (j’ai hâte de l’entendre en boîte et d’observer les réactions forcément hystériques que cela va susciter), il apparaît peu probable de la voir briller au firmament des charts estivaux, qui réserveront peut-être un nouvel accueil chaleureux à J-Lo (auréolée d’un bref succès en 2011 grâce à son doublé vintage « mélodie de la lambada / tronche de Jennifer Lopez qu’on n’avait plus vue à pareille fête depuis 2002 ») ou plus probablement à Rihanna, comme d’habitude.
Comme une Sophie Ellis-Bextor qui aurait réussi à faire illusion plus longtemps (quand même), Kylie est empêtrée dans un registre dance où de plus jeunes et plus dynamiques dindes ont pris le relais, et coincée un peu malgré elle avec un public gay qui 1/ est fidèle à ses icônes mais peut aussi vous ringardiser un single d’un simple battement de cils…
… et 2/ a beau être fidèle, il préfère quand même claquer son fric dans des fringues et télécharger illégalement les albums des pouffes de la pop. Répartition des moyens. Car l’un des problèmes des artistes qui comptaient vieillir amoureusement auprès d’un public réputé consumériste, c’est que finalement, les gays, notamment citadins à prétention CSP+, sont exactement le genre de public qui n’a plus envie de payer un bras pour un single ou un album, dématérialisé ou pas. Sérieux, ami payday, le dernier album de Madonna, que tu es légalement obligé d’avoir écouté au moins une fois pour conserver ta carte de membre de payday, l’as-tu acheté ?…
Bah pour Kylie, c’est pareil. A la rigueur, elle pourrait s’en tirer si elle déroulait du single tubesque soutenu par les radios pour promouvoir un album encensé par la critique (cf. Adele en 2011), mais sinon, pour avoir un gros succès de ventes pop ou dance en 2012, mieux vaut être un visage nouveau, avec un bon album. Donc certainement pas Kylie, qui nous pond quand même son sixième best of en  moins de dix ans. Et, comment dire, faut pas non plus déconner, quoi.