Archives par mot-clé : Image de la femme

Les gazelles, trop fortes pour le cinéma

 

les-gazelles

 

 

Ça partait assez mal, avec cette affiche atroce qui laisse entrevoir une comédie potache bien standard dont la seule différence avec une énième comédie ratée d’Alexandra Lamy, de Judith Godrèche ou de Virginie Efira serait un casting plus frais (adjectif à traduire par « des meufs moins connues qui coûtent moins cher à faire tourner ») et cette tagline absolument navrante « Après Le Cœur des Hommes, la Chatte des Femmes ». Au secours. On s’imagine assez vite la comédie vaguement trash mais hyper classique répondant crânement au machisme assumé par un féminisme vindicatif et un peu puéril. C’est dire si Les Gazelles est au final une (bonne) surprise.

 

Continuer la lecture de Les gazelles, trop fortes pour le cinéma

Hot Chicks Of Occupy Wall Street, le malentendu

Mes cuisses de grenouille, après la case Mademoiselle des formulaires administratifs, voici un nouveau cheval de bataille féministe qui agite la blogosphère (pendant que le monde réel, lui, s’en fout) depuis quelques heures. Mais sur le web, les heures sont des jours, alors on va faire comme si un trending topic Twitter pouvait vraiment s’apparenter à une tendance lourde et à un vrai phénomène de société (je te jure, parfois, il faut creuser loin).

Il y a quelques jours, donc, un américain du nom de Steven Greenstreet mettait en ligne un blog, sur Tumblr, sobrement intitulé Hot Chicks of Occupy Wall Street – The Sexy Side of Protesting Corruption et appuyant une vidéo arty propulsée sur le très sérieux Vimeo. En gros, il s’agit de mettre en avant, via de jolies photos, les jolies filles qui participent actuellement aux manifestations Occupy Wall Street. Si tu sais pas ce qu’est Occupy Wall Street, 1/ sors de ta grotte, 2/ rattrape-toi vite fait sur Wikipedia.
Alors évidemment, devant la dimension apparemment totalement hors-sujet de cette initiative face à un mouvement politique né d’un grave crise financière, les réactions consternées ont rapidement commencé à pleuvoir (y compris la mienne). Il est vrai que le titre « Hot Chicks of Occupy Wall Street » est au minimum un peu maladroit. Si tu tapes « hot chicks » sur ton moteur de recherche, tu ne vas pas exactement trouver du Prix Nobel d’économie, fût-il féminin et classieux. Et surtout, hellooooo, le mouvement des indignés mérite son exposition médiatique pour d’autres raisons que pour le fait que certaines manifestantes sont jeunes et jolies. Les féministes se font traiter de rabat-joie parce qu’elles essayent encore une fois de « castrer » le mâle hétérosexuel qui regarde les filles, mais la question n’est pas là : on peut aimer les jolies filles, leur consacrer des sites web, des émissions de télévision ou autres, mais a priori il est possible de faire ça sans parasiter le message d’un mouvement social en cours par une approche du genre « Hey mec, t’en as rien à foutre de la crise financière et d’Occupy Wall Street ? N’empêche, tu devrais quand même y aller, y’a d’la bonnasse ». C’est quoi l’objectif ? Attirer dans les manifestations des post-ados qui se foutent de la cause des Indignés ?
Prise comme ça, à froid et sans entrer dans les détails, l’initiative de Steven Greenberg ressemble surtout à un schéma de pensée de ce genre : « Wow, t’as vu toutes ces jah-jah en débardeur dans les reportages des JT sur Occyupy Wall Street ? Rien à foutre des revendications sociales, c’est pour les bonnasses qu’il faut être à Wall Street en ce moment, mec ! Voila une trop bonne occaz’ de mater de la meuf pas trop mijaurée sur la voix publique. Ouvrons donc un blog potache sur le sujet ».
Mais si on en croit l’auteur (et surtout sa vidéo, qui n’est ni vulgaire, ni moche, ni même grivoise), on comprend vite qu’il n’en est rien. Le gars a avant tout été maladroit dans son choix de titre. S’il avait appelé cela avec un titre moins (volontairement ?) racoleur, genre « Beauty of Protesting » ou « Human Convictions, Human Beauty », ce serait passé comme dans du beurre. Demeure la question de « pourquoi photographier seulement des femmes », qui renvoie à l’idée sous-jacente que seules les femmes peuvent être regardées avec pour seul critère d’appréciation la beauté, mais bon, on n’a pas fini si on doit boycotter tous les sites où la ligne éditoriale inclut des photos de jolies jeunes femmes…
Pour dissiper le malentendu, il convient de lire l’explication que Steven Greenstreet donne de la genèse de son projet :
De nombreuses fantastiques contributions et créations ont été mise en ligne autour du mouvement « Occupy Wall Street ». Je regardais une vidéo sur le sujet et ai dit à un ami « Wow, voir toutes ces belles et intelligentes jeunes femmes aux manifestations me donne envie d’y être ». Il a répondu « Hmmm… Ouais, faisons quelque chose avec ça ». 

Nous sommes aussitôt allés sur Tumblr et avons créé hotchicksofoccupywallstreet.tumblr.com. Notre idée de départ était volontairement puérile : des photos de filles sexy en train de manifester, des vidéos de filles sexy battant des tambours en slow-motion, etc. Mais lorsque nous sommes arrivés à Zuccotti Park à New York City, le projet a évolué vers un peu plus que ça.

Il y avait là une énergie vibrante dans l’air, la chaleur d’une communauté et d’une famille, et les voix que nous avons entendues étaient tellement passionnées et remplies d’espoir. Tous ces jolis visages fabriquaient des panneaux, tenaient des discours, organisaient la foule, distribuaient de la nourriture, chantaient, dansaient, débataient, se prenaient dans les bras et défilaient ensemble. 


Cela m’a donné envie de poser mon sac et de planter ma tente à Wall Street avec eux. Et c’est dans la lumière que nous avons créé cette vidéo. 

Et nous espérons que cela vous donnera envie d’y être, aussi. 

EDIT: Apparemment, d’énormes polémiques on surgi en ligne, émanant de personnes qui affirment avec force que ce projet est (entre autres choses) sexiste, offensant et tend à dangereusement réduire les femmes au rang d’objet. Il n’était pas dans mon intention de donner cette impression, et je pense que l’esprit de la vidéo, et des voix qui s’y expriment, est digne et inspirant.   

Toutefois, si vous êtes en désaccord avec moi, je vous encourage à vous servir de cela comme prétexte pour générer des conversations constructives sur les problèmes que vous souhaitez soulever. Parce que, honnêtement, tout prétexte visant à aborder le sujet des droits des femmes est un bon prétexte. 
(traduit à l’arrache par moi)
Au bout du compte, même si les intentions nobles de Steven Greenstreet ne font guère de doute (et qu’il a publié le feedback d’une des filles de la vidéo, qui dit, grosso modo, préférer être appelée « hot chick » par quelqu’un qui la respecte que « lady » par quelqu’un qui la traite comme de la merde), je continue de soupçonner une provocation un peu opportuniste, et surtout, il a quand même manqué une belle opportunité de rassembler plus de gens autour du « beau visage humain » d’Occupy Wall Street : où sont les « hot dudes« , bordel ??

Heather Morris et la violence domestique

Dans Glee, Brittany S. Pierce ne comprend pas grand’chose à quoi que ce soit. Apparemment, dans la vraie vie, Heather Morris ne comprend pas non plus en quoi les clichés un peu limite qu’elle a pris avec le photographe Tyler Shields, photographe hollywoodien ayant l’habitude de faire dans le glamour trash, peuvent déranger quelqu’un.

Cela sent la manœuvre pour se faire un peu de montée de sauce pour pas cher à l’approche du début de la saison 3 de Glee et du film qui va bientôt arriver dans nos cinés, mais bon, je dois avoir l’esprit mal tourné. Surtout après la polémique de GQ, hein.
Pour rappel, Tyler Shields avait déjà fait parler de lui en photographiant Lindsay Lohan, candidate crédible au suicide avec toutes les désintox et galères profesionnelles qu’elle connaît depuis trois ans, dans la position suivante :
Subtil…
On peut se dire que la réaction du public est justement la preuve que son travail a fonctionné : si on n’était ni choqué, ni gêné, c’est là que l’on aurait des raisons de s’inquiéter. Et puis, quand on y réfléchit, ce n’est pas bien pire que de rigoler grassement devant la violence conjugale qui sévit entre Félix et Josette dans Le Père Noël est une ordure, ou de rigoler de la pédophilie avec Fatal Bazooka. Ce n’est jamais bien fin, mais si c’est bien fait et qu’on réussit, en tant que spectateur, à garder du recul sur ce qu’on voit, cela peut être drôle.
Comme bien souvent, il semblerait qu’on puisse rire de tout, mais pas avec tout le monde. Ce qui est plus compliqué à comprendre, en revanche, c’est quand Tyler Shields présente ses excuses pour le cas où il aurait choqué des gens, affirmant que ce n’était pas du tout son intention…
Bah alors, what was the point ?

Barbie is a slut…

… Mais bon, en fait, c’est pas une surprise. Déjà elle s’habille tout le temps ras-la-salle de jeux, elle roule en décapotable et elle ne sait plus rien faire d’autre que traîner à la plage avec ses copines Skipper et Kévina. Il y a bien longtemps que « Barbie dans sa cuisine » ou « Barbie fait du cheval avec un pantalon marron moche et une bombe sur la tignasse » font grise mine à côté de « Barbie s’habille comme une catin pour aller faire la teuf au Spring Break à Malibu avec plein de Ken autour d’elle ». Bah ouais, Barbie, c’est pas une femme ordinaire. Ou plutôt ça ne l’est plus. On a bien essayé de nous faire croire que la poupée mannequin, malgré ses dimensions corporelles absolument impossibles à trouver chez un être humain normalement constitué, était une reine de la normalité (qui cuisine, entretient sa maison, voire pond des gnafrons), la vérité est ailleurs. Barbie doit aujourd’hui assumer son statut d’icône idéale du sexe féminin, et rester en cohérence avec son physique: avec un corps pareil, Barbie n’est pas une ménagère modèle pour les petites filles, elle est la jeune femme que les natives des années 1980 rêvaient d’être en regardant Beverly Hills en 1992. Elle vend du rêve. Une existence rêvée où le rôle du jouet comme simulation de la vie adulte et de ses responsabilités n’est plus d’actualité: donc exit l’aspirateur, le baby-sitting ou le cabinet vétérinaire. Barbie, aujourd’hui, elle est là pour s’éclater.
Et du coup, mesdemoiselles, vous pouvez pratiquement cesser de la détester (à part bien sûr pour ce qui est de jalouser son mode de vie hédoniste à base de fête et de débauche, digne d’une tentatrice): Barbie ne vous somme plus de vivre comme elle en ayant le même look qu’elle! Elle se contente de vous narguer, depuis son univers parallèle fait de fêtes, de soleil, de belles bagnoles et de drague, où on peut picoler à la plage toute la journée en gardant le corps de Kate Moss. Et vous savez bien, toutes, même âgées de cinq ans, que c’est fictionnel (d’autant plus quand Barbie est super-héroïne ou princesse du Royaume de Paillettes-Land).
D’une existence calquée avec hypocrisie sur celles de femmes auxquelles elle ne pouvait biologiquement pas ressembler (et qui se sont pourtant par milliers lancées dans des régimes sans fin pour lui ressembler, à elle), Barbie est passée à une existence irréelle, bling bling et sans moindre point commun avec le véritable monde adulte. Les fillettes de 2008 ne sauraient percevoir la différence, mais elle est de taille: leur Barbie n’est pas la femme qu’elles chercheront à devenir, ni même la figure sexiste de femme de ménage docile qu’elles chercheront à dénigrer en grandissant. Nan, leur Barbie, c’est une p***. Et franchement, à part pour sa liberté sexuelle, on n’a pas grand-chose à lui envier. Elle a plein d’ennemis, elle est sapée comme aucune femme visible en pleine rue par les pitits nenfants, et elle se fight en permanence avec tout ce qui bouge. Epuisant. Heureusement qu’elle le fait à notre place! Héroïne, Princesse à robe ridicule, dotée de pouvoirs magiques… Barbie est désormais assumée pour ce qu’elle est: un fantasme, une réminiscence de magie, une figure totalement hors de la réalité humaine. A ce rythme là, on s’étonne qu’elle ne se destine pas davantage à un public adulte, qui certes n’est plus en âge de jouer à la poupée (quoique, il y a des pervers partout) mais qui, dans certains cas, considère cette icône culturelle comme une véritable célébrité.
Voila qui est peut-être réparé avec la sortie de « Barbie pute »… euh, pardon, « Barbie Black Canary », en hommage à une héroïne de comics, autre ressort de la pop-culture du vingtième siècle. Evidemment, compte-tenu de ses sapes, il se trouve des gens pour gueuler que ce n’est pas pour les petites filles. Et Wonderwoman, elle porte les fringues de Heidi, peut-être?? Mais surtout, pour le coup, l’objet « Barbie SM », ainsi qu’elle a d’ores et déjà été surnommée par la presse, risque de devenir culte pour bien des collectionneurs à l’Oedipe mal embouché. Bas résilles et veste en cuir, rrrrrr… Voila pourquoi cette Barbie nous gène: sensée être fictive, elle rappelle un peu trop des femmes réelles qui, dans la réalité, s’habillent comme ça pour sortir avec des messieurs très vilains. Et il ne faudrait pas que les petites filles aient envie de ça! Mais franchement, vous croyez qu’elle va faire envie aux gamines de sept ans, Barbie pute, avec ses sapes toutes sombres et même pas changeables et qu’on sait pas ce qu’elle est supposée faire??
Barbie, ce n’est pas que pour les enfants. Parce que Barbie, désormais, c’est rien d’autre qu’une Paris Hilton avec un fessier moins bas. Et ça, c’est bien digne de mes lectures intellectuelles préférées! (Qui a dit que je ne lisais que des magazines??)
Donc, merci Barbie d’être devenue une vraie connasse qui s’assume! Tu fais vachement moins tâche dans ma culture de mollusque, du coup!