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La traversée de la Manche

Aujourd’hui, mes babybels au chèvre, parlons peu mais parlons bien : je te propose une petite prise de tête culturelle, sans queue ni tête et surtout sans argument scientifique à la clé, parce qu’on est pas dilettante pour rien, en ces modestes pages ouèbe.
Tu le sais, en France, on est à la méga-bourre de la tendance sinegueulistique internationale, à plébisciter des trucs du genre Waka Waka de Shakira alors que la Coupe du Monde avait lieu en juin dernier (et qu’en plus on a perdu en phase de poule) (et qu’en plus de plus de plus le clip commence par le but italien de 2006 qui devait faire perdre la précieuse Coupe de ce sport de beaufs à notre belle patrie) (quel dommage).
Si l’on devait traduire ça en termes jeunes, on serait la lanterne rouge de la caravane du Tour de France de la musique de qualité, en somme. Pas glop. Et pourtant, à l’heure où l’Internet, Youteub, iThunes et le téléchargement permettent de surfer sur la tendance culturelle à l’heure anglo-saxonne à volonté (par exemple en n’attendant pas – même si c’est honteux – la diffusion de tes séries préférées deux ans et demi plus tard sur les chaînes hertziennes – qui, cela dit, nous gratifient bien souvent d’une V.F encore plus honteuse que le principe même de vol téléchargement pas-tout-à-fait-légal), on aurait pu croire le jeune béotien consommateur de junk-culture apte à se tuyauter sur les tendances sinegueulistiques du Far West, nan ?
Mais dans les faits, que dalle. La réactivité du marché du sinegueule en CD 2 titres (moribond) est quasiment nulle, laissant René La Taupe scotché à la place de n°1 depuis des siècles. Bon, je sais bien que vu l’état du marché, être n°1 des sinegueules en CD ne veut plus dire grand chose, puisqu’il suffit presque, désormais, que 300 personnes (sur une population de 65 millions) achètent un CD 2 titres pour qu’il soit dans les 15 meilleures ventes du pays. N’importe quoi, donc.

Le marché du sinegueule digital (sur iThunes notamment) est plus réactif, mais ne part pas forcément dans la même direction que son équivalent anglais ou americain. Un signe de l’exception française, bien sûr, car c’est bien connu, on a nos goûts bien à nous (genre Billy Crawford, dont personne ne voulait à part la France) (et Lorie) et nos artistes bien de chez nous (ah, Mylène) qui nous permettent de ne pas céder à l’appel de la standardisation culturelle de la vilaine mondialisation.

Euh, oui, certes, mais tout de même… Certains artistes qui cartonnent de manière régulière outre-Manche et outre-Atlantique peinent à ne serait-ce que placer un sinegueule chez nous, et cela, je me l’explique difficilement en termes de musique commerciale. Sans affirmer que c’est de la grande musique, comment une Taylor Swift peut-elle enchaîner les sinegueules et les albums avec succès chez nos amis amerloques, sans que sa maison de disque ne fasse un peu de push chez nous ? On voit bien que certains « produits » sont tellement pensés pour le marché américain qu’ils ne tiennent pas beaucoup la distance en France (par exemple la malheureuse Kelly Clarkson, aussi célèbre que Britney aux USA, mais aussi célèbre que Dizzee Rascal chez nous) (pas trop, quoi) (idem pour Miley Cyrus, pas encore vraiment perçue comme worldwide, trop estampillée « pur produit US »), mais au moins, leurs maisons de disques et producteurs font un minimum de push en Europe pour voir si la sauce prend.
Or, à regarder les sinegueules de l’année écoulée qui ont atteint la première place du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis, et surtout ceux qui ont atteint la première place du UK Singles Chart, on voit bien que peu d’entre eux traversent la Manche : sérieusement, tu connais Joe McElderry, Scouting For Girls, Diana Vickers, Roll Deep, Olly Murs, Alexandra Burke… ?
Ou, tiens, le dernier en date, Tinie Tempah (qui n’en est pas à son coup d’essai) ?



Leur point commun : ils ont tous été n°1 en Angleterre avec un, voire deux sinegueules cette année… et on ne les a jamais entendus en radio ni en TV de ce côté-ci de la Manche.

A la limite tu as vu passer leur nom quelque part sur le ouèbe, et si tu es un peu curieux tu as poussé le vice jusqu’à aller essayer d’écouter leur sinegueule sur Dix-Heures ou sur Youteub (si c’est le cas, manifeste-toi et deviens mon ami). Mais pas plus.

Tinie Tempah, actuellement n°1 chez les grands-bretons avec cette chanson « Written in the Stars », est une sorte de révélation hip-hop 2010 made in England, qui fait suite à une longue lignée de rappeurs plus ou moins formatés FM qui n’ont jamais vraiment débarqué au pays des fromages qui puent. Il a toutefois une chance de rompre le mauvais sort en 2011 avec son futur sinegueule « Invincible », en duo avec Kelly Rowland (qui bouffe à tous les râteliers). Mais le fait est que le hip hop rosbeef fait rarement des étincelles en France. Pour un Craig David (qui est à peu près autant rappeur que je suis carrossier), combien de ces Dizzee Rascal, Yungun, N-Dubz, Chipmunk, qui cartonnent chez eux mais ne s’imposent jamais dans les charts mainstream  de notre glorieuse patrie d’Ilona Mitrecey ?

Du coup, je m’interroge : est-ce que la France est le dernier bastion de la résistance anti-culture impérialiste anglo-saxonne (puisque certains des artistes cités plus haut ont du succès ailleurs en Europe – Allemagne, Espagne, Suède, Autriche, Belgique, etc.), ou bien est-ce que les maisons de disques ont tellement d’artistes pop à promouvoir qu’ils ne tentent même pas de reproduire chez nous le succès d’un sinegueule qui a été n°1 des ventes pendant un mois chez nos amis anglophones ?

Sérieusement, mes potatoes, je m’interroge. Cette difficile traversée musicale de la Manche me laisse perplexe.