Archives par mot-clé : Jeux Olympiques

Katy Perry – Rise

 

 

 

 

La sortie du nouveau single de Katy Perry, Rise, est avant tout l’occasion pour moi de me poser deux questions. La première, c’est : ah bon, y’a un hymne des Jeux Olympiques ? Genre à chaque fois ? Pour être plus précis, c’est la chanson que le diffuseur américain des compétitions de Rio, NBC, va utiliser pour ses génériques d’émissions. Mais oui, il y a apparemment eu des précédents, à chaque Olympiade en fait, depuis les années 80. On a ainsi balancé au grand public, au fil des années, les hymnes « Reach Out » de Paul Engemann (Los Angeles, 1984), « Hand In Hand » de Koreana (Séoul, 1988), « Barcelona » de Freddie Mercury & Montserrat Caballé (Barcelone, 1992), « Reach » de Gloria Estefan (Atlanta, 1996), « The Flame » de Tina Arena & the Sydney Children’s Choir (Sydney, 2000), « Oceania » de Björk (Athènes, 2004), « You and Me » de Liu Huan & Sarah Brightman (Pékin, 2008) et « Survival » de Muse (Londres, 2012). Autant de chansons qui, malgré l’immense médiatisation et les soutiens commerciaux des Jeux Olympiques, n’ont pas réussi à connaître le destin d’un I Will Survive ou d’un Waka Waka dans les charts mondiaux (ou du moins occidentaux). Il faut croire que le foot est plus pop dans l’âme que les Jeux…

 

Continuer la lecture de Katy Perry – Rise

Previously on your newsfeed (7)

 

hotdogs

 

 

10 Fascinating Facts From the Man With Two Penises AMA

« We’re only two days into 2014 and already a viable candidate for Most Fascinating Person of 2014 is « The Guy With Two Penises, » who has become a Reddit sensation over the last 24-hours. Last night, he held an intriguing AMA that covered candidly a wide range of sexual, anatomonical and personal questions about the condition he was born with known as « diphallia. » (…) »If I do use [a public restroom], I try to use the stall and not a wall urinal, » he said. « There’ve been times where I’ve had to use the urinal and because I have one muscle that controls my piss, it lets the stream flow out both my dicks. So unless I pinch off one of them it comes out both and that doesn’t feel good. So I have to take both out to pee. Yeah I’ve gotten stares and even had a few guys at various times go, holy shit. » »
(Rolling Stone, 02.01.2014)

 

L’année 2014 commence fort sur l’Internet mondial avec le désormais célèbre Double Dick Dude, un garçon frappé d’une malformation appelée diphallia : il a un deuxième pénis. Ce garçon, dont on ne connaît pas (encore) le nom, a fait sensation en postant une vidéo de son entrejambe et en lançant un chat AMA (ask me anything) sur Reddit, qui a eu tant de succès que ça a vite débordé sur Twitter, puis Facebook, puis la presse en ligne. La première chose que je me suis dit en entendant parler de ça a été : wow, il a eu de la chance de naître américain et dans une famille pas trop con, ailleurs on lui en aurait coupé une ou on l’aurait accusé de satanisme. Outre le fait que le thème est très trivial et en même temps suffisamment atypique pour générer beaucoup de curiosité et de questions plus ou moins saines, la question que je me pose est celle, au-delà de l’information médicale du grand public, de l’intérêt de cette visibilité soudainement donnée par ce jeune homme à sa particularité anatomique sur le web. Souhait de se faire connaître ? Envie d’être sollicité par le porno (apparemment, il aurait déjà décliné des propositions) ? Envie de partager ? Rien n’est très sûr, mais je trouve risqué pour un jeune homme de 24 ans de s’exposer ainsi à une horde d’internautes pas toujours très fins ni très bien intentionnés. A moins qu’il ait les nerfs solides et envie de faire progresser la connaissance et du même coup la tolérance. Le Double Dick Dude est en effet ouvertement bisexuel et vit, selon ses dires, en trouple avec une fille et un garçon. Ce qui me porte à croire que sa particularité physique l’a poussé à mûrir vite et à se poser beaucoup de questions sur la sexualité et la liberté, pour en arriver à oser superposer une vie amoureuse non-conventionnelle à son entrejambe hors-norme. Et si le web et les internautes peuvent bénéficier un peu de sa maturité et de son ouverture d’esprit, il n’a peut-être pas fait cela pour rien.

 

 

« Selfie Olympics » is the First Meme of 2014

 

« We can finally declare the first meme of the year: Selfie Olympics aka extreme selfies aka #And1SelfieLeague, in which kids take increasingly absurd bathroom selfies. If you’re anti-selfie culture, avert your eyes. The « rules » of Selfie Olympics — as documented by @SelfieOlympics — are simple: you must be inside a bathroom (well, sort of) and you must use some sort of prop. Above you see a safari selfie, and other recent entrants include a replica of Foot Locker, a funeral, a dude with his head in a fish tank, a dude with his head in the toilet (who knows), and Big Sean playing Pacman in his bathroom. Maybe if someone locks the door he’ll never rap again. »
(Gawker, 05.01.2014)

 

Selfie a été le mot de 2013, et avec un peu de chance, 2014 devrait nous en débarrasser. Ou plutôt, le fait de se prendre en photo à bout de bras ou devant un miroir, déjà bien ancré dans les habitudes de la génération Y (que sont les innombrables illustrations du phénomène – un peu plus #old – du duckface si ce n’est des selfies ?), sera tellement normal et intégré à la grammaire du web social qu’on n’en parlera même plus, que ce soit utilisé pour une photo de profil ou pour rien du tout. Le fait que le « phénomène » en question génère désormais ses propres détournements et caricatures est un bon indicateur de l’adoption massive du selfie dans son usage « normal », qui reviendra silencieusement à la normale dans quelques semaines… ou aura été tellement « meme-isé » et ringardisé au passage que ce sera aussi subversif et commenté qu’un nouveau single de Baauer (qui ça ?). Bref, alors que la mode (forcément temporaire) va désormais être au selfie absurde et hyper travaillé (on attend avec impatience que les entreprises et les partis politiques s’en emparent pour leurs futurs trombinoscopes, en souvenir du lipdub), on peut tabler sur la fin des articles et autres tweets causant selfies d’ici l’été 2014. Merci @SelfieOlympics.

Ce rêve bleu

 

« Moi j’en n’ai plus depuis longtemps, alors si j’étais à votre place, et que disons, mon papy ou ma mamie soient à peu près gentils, j’irais leur faire un câlin ou je leur passerais un petit coup de fil. Ceci dit sans vous culpabiliser, bien sûr, d’autant que si ça se trouve, votre papy et votre mamie sont super valides, super actifs, et super pas du tout enclins à supporter vos jérémiades de pourri-gâté de putain de génération X-Y : « Oh lanlan, la batterie de mon smartphone elle tient pas, ouin ouin chuis à découvert parce que j’ai cramé la carte sur Asos, ouin ouin je sais pas ce que je vais faire de la liberté que j’ai de décider de mon sort, ouin ouin ». Saletés de nous. Enfin bon, qui sait peut-être qu’on sauvera le monde, on sait jamais. HEIN OUAIS ? »
(Death of Derrick, 30.12.2013)

 

C’est vrai qu’on s’écoute beaucoup, nous autres les « jeunes cadres dynamiques » plus si jeunes, pas tellement cadres et moyennement-dynamiques-ça-dépend-des-jours de la génération « Millenials », et que toute notre rhétorique du narcissisme consumériste, accessoirisée à grands coups de name dropping et de marques dont ils n’ont jamais entendu parler, ça doit parfois soûler gentiment nos aïeux. Ou même nos parents, tiens, pas si vieux, pas si à la ramasse, mais pour qui, bien souvent, un téléphone ça sert à téléphoner, et une télé à regarder la télé. Moi j’ai pas envie d’embrasser mes grands-parents morts, et je m’en tiens à une tranquille indifférence envers les vivants valides qui ont le permis et mon numéro de téléphone s’ils veulent se manifester. Parce que ça va bien cette argumentation sournoise sous-entendant sans l’affirmer vraiment que le vieux est seul et abandonné de tous alors qu’il a le droit au respect du seul fait de son âge, et que c’est dégueulasse de notre part à nous les moutards de ne pas faire des pieds et des mains pour aller les soulager deux minutes de leur misère intellectuelle à Noël. Commence par te souvenir de mon prénom et m’appeler à mon anniversaire, on négociera les papouilles annuelles ensuite. Et donc oui, on s’écoute, on court après le pouvoir d’achat et on essaye de se montrer à la fois original, spécial, différent… et en même temps complètement dans les clous de l’attirail-type des choses à avoir : un T2-T3 pas trop dégueu’ si possible dans Paris intra muros, des verres en terrasse avec des potes de qualitay, une sortie en boîte de temps en temps, des cinés, des livres pour pas se sentir trop bête face à nos influenceurs, des fringues qui n’ont pas toutes cinq ans d’âge, le dernier iPhone, les vacances, les week-ends dans les capitales européennes… Le tout, si possible, en clamant haut et fort qu’on adore son job et qu’on passe grosso modo sa vie à s’éclater. Foutaises. On est tellement libres et on ne sait tellement pas quoi en faire qu’on vit dans des clous de « réussite sociale » qui ne se manifestent que par des consommations. Consommations que nos grands-parents sont parfois bien en mal de comprendre (« pourquoi passer au 5S quand on a un 4S qui marche encore très bien et qu’on n’a même pas encore fini d’économiser pour le 6 » : un sujet qui vous promet quelques dizaines de minutes de conversation passionnante au prochain repas de famille). Et c’est une consolation comme une autre : certes, on ne sait pas quoi faire de notre liberté dans la grande jungle urbaine « aspirationnelle » de 2014, mais papy et mamie, eux, sauraient encore moins…

10 clichés à retenir des J.O. de Londres

Pour le sport, pour le lol et pour la postérité, les J.O., c’est fini. On est quelque part entre soulagés et un peu tristes, parce que ça faisait un sujet de conversation facile en soirées mondaines. Mais on a aussi pu voir ce que donnait un gros évènement sportif mondial à l’heure du web social, des memes et de la pop culture tous azimuts pendant 15 jours. Pour ça, Pékin 2008 avait été un peu freiné par le manque d’implication des chaînes TV, des codes (Twitter, gifs, hasthags) encore un peu balbutiants, et évidemment le contexte géopolitique très particulier. Mais là, à Londres, ça a donné. Petite revue, forcément non exhaustive, de 10 images qu’on retiendra de cette trentième Olympiade…

Tom Daley, révélation gay… Même s’il n’est peut-être même pas gay.
Usain Bolt et la Jamaïque sur le toit du monde de l’athlétisme.
Les FA-BU-LEU-SES chaussures Speedo de Ryan Lochte.
Le pénis, en érection ou non, de Henrik Rummel. Le médaillé de bronze d’aviron passera probablement, pour de longues années, à la postérité pour cet incident visuel plutôt que pour sa médaille. C’est moche.
Gabby Douglas, championne olympique de gymnastique en individuel et par équipe, qui a vu ses exploits ternis par un débat stupide sur… sa coupe de cheveux pendant les épreuves.
Les photos crypto-gay de Danell Leyva, fuitées par une « jeune femme » qu’il aurait draguée sur Internet, mais qui fleurent bon Grindr quand même.
Le bonheur visible de Teddy Riner, qui fait quand même plaisir à voir.
Les larmes de Félix Sanchez, le dominicain de 34 ans (!!) qui a remporté son second titre olympique au 400 mètres haies, laissant retomber sur le podium la pression et les sacrifices de ces dernières années. C’est aussi pour ça que les gens aiment le sport.
La médaille d’argent de Roger Federer, qui ne remportera donc probablement jamais l’or olympique en individuel. La dramaturgie, le carriérisme, tout ça…
Les Spice Girls ont encore un peu d’énergie pour la scène. Même si Victoria n’a jamais été bonne qu’à poser. Les cérémonies organisées en ouverture et en clôture étaient certes très auto-centrées sur le Royaume-Uni (mais comment a-t-on échappé à Coldplay ??), mais entre les Monty Python, les Take That, One Direction, Kate Moss, Elbow, George Michael, Annie Lennox, les Pet Shop Boys, Kate Bush… ça avait quand même de la gueule (il suffit pour cela d’imaginer comment on aurait meublé les cérémonies de Paris 2012 : Michel Sardou, David Guetta, Nolwenn, Lorie, Garou, Florent Pagny + on aurait éventuellement déterré Piaf, Brel, Gainsbourg et les Yéyés…).
Dans quatre ans, on dit déjà, parce qu’on aime bien aussi les clichés sur le Brésil, qu’il y aura plein de filles en string. Et de la samba. Mais une chose est sûre : il y aura des images comme celle-ci, à aimer, à détourner et à garder en mémoire. Comme à chaque nouvelle édition des Jeux.

En finir avec Bridget Jones

Hier soir, pour la peut-être huitième fois en dix ans, la boîte à troubadours diffusait Le Journal de Bridget Jones. Une alternative probablement jugée vivifiante pour la tranche du public mal à l’aise devant l’obligation quasi-absolue d’être à donf’ sur les exploits de Teddy Riner, Camille Muffat ou Yannick Agnel (sous peine de perdre toute opportunité de conversation avec votre entourage, et donc de mettre votre vie sociale entre parenthèse dans les prochaines semaines). C’est oublier bien vite que le film est assez mauvais (mais pas pire que le 2, certes) (diffusé dimanche prochain, d’ailleurs), gaspillant de bonnes idées et donnant, faute de rythme pertinent, l’impression faussée que l’action se déroule en trois semaines, alors qu’elle se déroule en un an. Mais aussi que, à sa manière, Bridget Jones incarne la genèse de l’un des poisons de l’humour contemporain : l’auto-dérision du trentenaire urbain. Ou comment rire de soi, parce que c’est toujours mieux que pleurer.

Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre Bref, Florence Foresti ou Cyprien, mais force est de constater qu’ils font tous un peu la même chose, et que c’est un peu au roman d’Helen Fielding qu’on le doit : le quotidien, la loose, la banalité, l’identification facile comme mécanismes du rire pour tous, mais avant tout pour nous public urbain jeune et vaguement CSP+ (ou aspirants), désormais incapables de rire d’autre chose que de nous-mêmes. Là où les années 90 faisaient plutôt la part belle, niveau comédie, à de la moquerie gentiment assumée envers les autres (parodies, clichés sur des milieux sociaux auxquels n’appartenaient pas les interprètes), un vent de psychanalyse et de masochisme semble être passé au cours des années 2000 sur l’humour grand public qui, dans le même mouvement qui l’a fait adopter la télé-réalité et la mise en scène de « vrais gens » auxquels on peut s’identifier, a choisi de pousser le public à rire de lui-même. Peut-être pour rendre l’humour plus fin et profond que la moquerie bête et méchante qu’il peut facilement devenir, mais surtout parce que l’égo est un truc universel, si tu veux mon avis. Les Kaira de Franck Gastambide rient de leur jeunesse de loose en banlieue, Dubosc rit de son image de vieux beau un peu précieux, Foresti s’amuse de son physique ingrat qui ne chope que le chanteur de Gold, Kyan Khojandi nous fait sourire à nous montrer qu’on est tous unis par les mêmes galères, qui vont du mélange des fins de paquets de pâtes à l’impossibilité de surmonter son manque d’assurance quand on en aurait pourtant le plus besoin. On constate, on rit, on ne résout rien, mais souvent la chance le fait pour nous. Avec en vue, pour tous, l’une des deux issues à happy ending possible : s’accepter tel que l’on est, ou sortir de notre condition médiocre. Pas en changeant trop, hein, plutôt en mettant un meilleur maquillage ou en trouvant le Marc Darcy ou la Mena Suvary qui nous acceptera comme on est. Comme si cela allait se passer comme ça pour toi, dunaze.

L’humour qui te parle, depuis Bridget Jones, c’est pourtant ça. Parle-moi de moi, de mes travers, de mes qualités, de ce que je peux faire pour changer, pour être meilleur. Mais glorifie quand même mes habitudes, mes petits riens. Fais de mes maladresses des sujets de rires tendres. Renvoie-moi à moi-même. Ris de moi. Valorise ma normalité, ma médiocrité. Dédramatise. Montre-moi que celui qui vit sous les projecteurs se prend, lui aussi, des râteaux en boîte de nuit. Qu’il a des périodes de misère sexuelle, de doute dans le célibat. Qu’il a des problèmes de fric. Qu’il dit parfois des énormités en société et se paye l’affiche. Qu’il est un peu couard et menteur, comme moi, mais que ce n’est pas grave. Dis-moi que je ne dois pas complexer à propos de mon gros cul, même s’il me rend aussi comique à regarder qu’un culbuto. Dis-moi que la presse féminine a tort de mettre en scène des mannequins de seize ans qui font quarante-cinq kilos pour un mètre soixante-quatorze, même si en sortant de la salle je redeviendrai la petite ronde du bureau. Je serai probablement plus équilibrée que la jolie collègue qui s’épuise à manger vert et bio à tous les repas pour avoir droit à sa mini-place au sommet de la chaîne alimentaire de la baise. Dis-mois que je suis comme tout le monde. Oublie, en revanche, de me rappeler que si c’est rigolo de se dire qu’on traîne tous en slip devant des séries bêtifiantes le dimanche après-midi au lieu de faire le ménage, la vraie vie, elle, nous somme d’être performants, de séduire, d’être en forme, d’être propres, d’être classes, d’être heureux, de kiffer notre boulot, de prendre plaisir, de jouir de tout et de préférence mieux que le voisin. Fais-moi oublier que ma consommation et mes loisirs conditionnent non seulement mon image publique, mais aussi et surtout l’image que j’ai de moi. Fais-moi oublier que la vraie vie me perçoit comme une sous-crotte médiocre victime de sous-développement intellectuel, fais-moi oublier qu’à part en consommant du Club Med Gym, du panier de légumes bio, du week-end à Prague et des vestes The Kooples, je ne serai jamais « à niveau » ou « un mec qui se respecte » pour la plupart des gens qui fréquentent les mêmes sphères que moi. Fais-moi oublier que je suis sommé d’adorer des choses qui ne m’intéressent pas, mais que c’est le seul moyen d’intéresser les gens qui me plaisent ou m’intéressent. Fais-moi rire de moi, ça me fera oublier que c’est vraiment la loose d’être moi.

Lorsque la blogosphère, notamment féminine, a explosé, il y avait deux catégories de blogueuses, essentiellement (même si les raccourcis sont et restent des raccourcis) : en gros, d’un côté les Carrie Bradshaw qui se rêvaient prêtresses de la mode et du lifestyle, et de l’autre les Bridget Jones qui s’appliquaient à chroniquer, sous couvert d’humour, leurs complexes, leurs ruptures en règle, leurs VDM et leur volonté de montrer, à travers leurs récits d’expériences et les goûts affichés à travers leurs actes de consommation, qu’elles sont comme toi, comme nous. Qu’elles appartiennent au tout. Qu’elles aussi, elles voudraient bien être mieux payées, baiser plus, avoir plus de fringues et partir en week-end à Londres ou à New-York tous les mois même si elles ont pas trop les moyens. Et puis qu’elles ont un cerveau, aussi, un ME-SSAGE, une mission divine au-delà de valoriser le mode de vie superficiel auquel elles ont choisi, comme moi, de se livrer : on a le droit d’aimer les Louboutins et de lutter pour une société plus juste, d’être un peu schizo entre féminisme et soumission à un moule fashion. Parce que le moule fashion, il est si bien fait qu’on peut l’adapter à soi-même, et donc conserver son unicité, son éthique, son estime de soi. Certes chérie, cette robe te fera te sentir comme un boudin, mais tu peux désormais la customiser, l’accessoiriser, la biz’artiser et te tuner toi-même la gueule à base de tatouages, de maquillage rouge pétard ou noir emo : Bridget Jones t’a montré que tu avais le droit d’être inadaptée et que ça peut être valorisant quand même. Lady Gaga aussi, d’ailleurs. n’empêche qu’il n’y a toujours pas de cellulite en Une de Elle, ni de maigrichon en Une de GQ. Le modèle à suivre, ce n’est toujours pas toi, mais au moins la production comique et ton propre journal te permettent-ils de le croire un peu.

Chez les blogueurs garçons, c’est pareil. Mais la filiation avec Bridget Jones est encore moins consciente, encore moins assumée. On va pas non plus avouer qu’on a été inspirés par un roman (ou pire, seulement par le film adapté du roman) pour devenir auteur de saillies quasi-journalières sarcastiques. C’est qu’on a des couilles à mettre en avant, nous, qu’est-ce que tu crois.

Bridget Jones a fait cela pour nous tous, lorsqu’elle est passée de succès de librairie aux Royaume-Uni il y a quinze ans, à phénomène culturel planétaire (la chick lit et son business disent merci à Bridget Jones, au passage) : elle a montré qu’une héroïne pas franchement glamour, qui ne fait pas trop rêver a priori, a quand même le droit de voir ses histoires de cœur et de cul élevées au rang de modèle intéressant à suivre pour jeunes gens qui aspirent à traverser la vie sans rentrer dans un moule de perfection. We can be heroes. Elle a juste oublié de nous dire qu’il ne fallait pas forcément chercher à être comme elle ; pas plus qu’il ne faut chercher à être comme Naomi Campbell. Il faut, à chacun de nous, trouver sa voie (professionnelle, amoureuse, financière, sexuelle) sans qu’elle passe nécessairement par la minceur, ou par le succès mondain, ou par la complaisance vis-à-vis de son rythme de gentil branleur, ou par la rassurance superficielle de savoir qu’avoir de la cellulite c’est normal même si on trouve ça moche… ou par un Marc Darcy. Parfois, la vie n’offre aux gens normaux / médiocres / pas spécialement beaux (rayer la mention inutile) qu’un célibat prolongé, ou qu’une carrière ratée à force de n’avoir eu ni bol ni flair, ou qu’une vie sociale un peu plate, ou qu’un Jean-Claude Dusse. Et même si tu sais rire de ces choses, à la fin de la journée, elles sont quand même ta vraie vie, et il n’y a bien que les humoristes et les films comiques, dans ton quotidien, pour te dire que c’est pas si mal.

Ce qui est à la fois réconfortant et complètement illusoire.
(… Je déprime un peu en ce moment, ça se voit ?)