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Chansons et bégaiement

Bon, finalement, le sujet de cet oral de spé qui m’a un chouïa pris la tête depuis une semaine, ce n’était pas ce à quoi je m’attendais. Ce qui tombe bien, puisque je réagis généralement assez bien aux situations inattendues. Mais là, l’édito du Monde sur Ségolène Royal qui n’a qu’un rapport hyper vague avec le cours, j’ai commencé par trouver ça bof. Non mais c’est vrai, à quoi ça sert de nous demander d’apprendre ses cours par coeur comme un âne pour être capable de les recracher, si au bout du compte ce n’est pas ce qu’on attend de nous (Cacahuète en a fait l’amère expérience… « Comment ça, ce plan n’est pas pertinent? Mais c’est celui du cours, mot pour mot!! »). Je me suis liquéfié devant le prof de sociologie et je n’ai su répondre à aucune de ses questions, ou alors en 4 ou 5 essais, ce qui s’est logiquement terminé en bégaiement pas glam, et sur une question restée sans réponse sur les élites. Bof bof. Mais en fait, au bout du compte et en posant sur tout ça un regard objectif, ils ont quand même pu voir que j’avais bossé et ne m’ont pas démonté, donc je ne me plains pas.
Passons (enfin!) à autre chose, en roupillant comme une loque cet après-midi et en se faisant un ciné ce soir, par exemple. Ma culture se limite décidément beaucoup aux écrans. Pas grave, quoiqu’ennuyeux à long terme. « Quoi, vous n’avez pas lu Tocqueville à votre niveau d’études?? Mais c’est inadmissible! ». Nan, j’préfère ma télé, t’as un problème?
Les Chansons d’amour de Christophe Honoré est un très beau film, le genre dont on retient des répliques marrantes et dont la musique vous trotte dans la tête. Bon, évidemment, il y a un élément à ne pas négliger, en premier lieu, pour les allergiques: c’est un film de bobos, avec des personnages bobos qui n’ont pas de problèmes liés à leur emploi ou leur loyer, des filles qui s’habillent chez Comptoir des cotonniers et Tara Jarmon, des lycéens qui lisent Aragon au lieu de faire leurs devoirs d’anglais pour leur lycée de Paris centre, et des parents évidemment hyper ouverts d’esprit, le tout dans des quartiers forcément bobos. Si à la base on ne peut pas supporter ce climat, autant ne pas se forcer à voir le film de Christophe Honoré. On comprend mieux, du coup, pourquoi malgré un joli succès à Cannes cette année, le film n’a pas été récompensé. Il aurait fait un peu tâche dans un palmarès un peu moins léger à base d’avortements clandestins en Roumanie, de paralysie et d’immigration turque.
Mais ce serait dommage de négliger ce film sous prétexte de sa légèreté, certes réelle mais teintée d’acidité et de mélancolie. L’histoire des Chansons d’amour est vraiment jolie, en dehors même de sa dimension homo qui, forcément, lui donne un relief particulier à mes yeux, mais qui est loin de faire tout. D’abord, les acteurs masculins ne sont pas à mon goût, donc il n’y a pas eu d’effet de séduction sur moi. Louis Garrel a beaucoup de charme mais me laisse froid, Grégoire Leprince-Ringuet n’est pas du tout mon type et semble quand même un peu vieux (plus que moi) pour jouer un lycéen. Donc, je n’ai pas aimé ce film par fantasme. J’ai beaucoup plus apprécié les comédiennes et leurs rôles: Ludivine Sagnier est magnifique, Chiara Mastroianni est étrange, émouvante et dérangeante (le genre à entrer sans frapper quand on est à poil au pieu et à s’incruster sur le canapé du salon), Clotilde Hesme est très marrante. Voila pour les comédiens, qui relèvent très bien le défi de la comédie musicale, d’ailleurs. La photographie est très belle aussi. Mais l’atout majeur du film, c’est quand même sa musique, avant tout. Les premières notes entendues dans le film, et qui reviennent régulièrement, sont très émouvantes, et les chansons, pensées comme des dialogues (le film rend hommage à Jacques Demy, la presse l’a assez dit), sont vraiment bonnes. Je n’aime que toi, Delta Charlie Delta, La Bastille, Au Parc… Je pense que la BO va finir dans mon lecteur assez vite.
Enfin, le film vaut la peine d’être vu parce qu’il est un rare exemple de cinéma populaire, un peu bobo mais accessible, à pouvoir étonner une Cacahuète sous pop-corn par sa largesse d’esprit: des thèmes comme le deuil, ou les relations familiales, côtoyent liberté sexuelle totalement assumée du début à la fin, confusion des sentiments, humour décalé (je retiens une photo quasi-subliminale de notre -alors futur- Président de la République, un peu paumée au milieu de toute cette intrigue)… Tout cela est très rafaîchissant et moins lourd en symboles freudiens que ce que peut faire un François Ozon par exemple, tout en évitant la niaiserie. Une comédie musicale, alliant histoire d’amour pour midinettes et modernité de ton, même Resnais n’avait pas aussi bien réussi à le faire avec On connaît la chanson, que j’ai pourtant adoré.

Une dernière chose pour ce soir: Floran a son oral demain, alors rien que pour sa souffrance qui dure encore ce soir et qui dépasse la mienne de 24 heures, il mérite que je le mette en avant dans le blog (je sais qu’il aime ça), et je lui souhaite bon courage et bonne chance (ou merde, selon son souhait)!