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10 mauvaises raisons d’aller voir « L’Amour dure trois ans »

Il est sympa, Frédéric Beigbeder. Dans le genre, je veux dire. Et par genre, j’entends dandy télégénique à tendance plus ou moins sulfureux qui surjoue un peu son rôle pour montrer que l’esprit Canal n’est pas mort et qu’on peut, avec panache, élégance et costume Tom Ford impeccablement coupé, déblatérer des histoires de cul ou des blagues un peu crade pour faire sursauter le téléspectateur d’un petit rire gêné. Dans le genre, Beigbeder n’est pas plus agaçant qu’un Ariel Wizman, en somme. Au moins sent-on chez lui un soupçon de bourgeois désolé de n’être pas capable d’autre chose que de papillonner et mondaniser.

Donc, lorsqu’il a commencé, il y a quelques semaines, à vanter par voie médiatique son film L’Amour dure trois ans, qu’il désignait, au détour de son émission Le Cercle (car le monsieur est aussi présentateur sur Canal Plus, ce qui n’est pas anodin), comme « le meilleur film de Frédéric Beigbeder » (logique, hein, puisque c’est le premier) (Frédéric Beigbeder est le lol), je me suis dit que ce serait peut-être sympathique. D’autant que la critique semblait suivre (pas seulement celle du Cercle) et qu’il y avait un casting apparemment intéressant : JoeyStarr, Frédérique Bel, Jonathan Lambert, Nicolas Bedos… Voila au moins qui rendait curieux. Pourtant, et  en dépit même de leur attrait, certains des atouts du film le plombent, quand d’autres éléments, plus problématiques, le coulent carrément. Il y a donc (tu sais comme j’aime les listes), après visionnage, dix mauvaises raisons d’aller voir le meilleur film de Frédéric Beigbeder.
1) Louise Bourgoin a des seins et n’a pas peur de s’en servir
Nan mais là, c’est plus possible. J’aime beaucoup Louise Bourgoin. J’ai longtemps trouvé qu’elle avait été la meilleure miss météo depuis des années sur Canal Plus. Mais là, il faut qu’elle fasse quelque chose. Qu’elle prenne des cours de comédie. Qu’elle se fasse un peu torturer par un réalisateur sadique qui aura envie de la diriger d’une main de fer. Qu’elle essaye de faire un bon gros rôle dramatique qui tâche. Bref, quelque chose. Depuis qu’elle fait du ciné, j’ai l’impression de la voir jouer sans cesse le même rôle, mais avec un nom et un costume différents. Sa seule composition est celle de cette fille qui mène une vie un peu greluche de miss météo, qui sait qu’elle est jolie mais qui s’en fout parce qu’elle est cool et rock’n’roll. En 2008, ce personnage de fille cool était sympa quoiqu’un peu facile pour son premier film La fille de Monaco. En 2010, ce personnage de fille cool était plutôt intéressant et donnait une vision assez décalée du personnage d’Adèle Blanc-Sec. En 2011, ce personnage de fille cool était complètement à côté de la plaque dans le de toute façon très raté Un heureux évènement (le genre de film dramédie à la française, où tu sais jamais si tu dois rigoler, pleurer ou être stressé) : franchement, dans la catégorie fille douce qui découvre avec surprise qu’elle est moyen faite pour la maternité gnangnan, elle n’était pas très crédible. Une ou deux répliques du film étaient un peu provoc’, mais elles auraient été d’autant plus savoureuses dans la bouche d’une fille ayant une aura beaucoup plus niaise (voir Louise Bourgoin jurer comme un charretier = aucun intérêt, aucun effet de surprise ; voir Isabelle Carré ou Deborah François dire des saloperies = beaucoup plus drôle)…
Bref, Louise Bourgoin cherche encore un vrai premier rôle à succès pour la porter au firmament des actrices populaires, mais pour l’instant, elle joue toujours la même chose. A ce jour, sa seule composition à peu près intéressante était dans le mésestimé L’Autre Monde, de Gilles Marchand (pas un excellent film, mais tous les acteurs y sont plutôt bons). Dans L’Amour dure trois ans, elle nous refait le numéro habituel de « Louise Bourgoin, mais hors d’un plateau de Canal Plus », et comme dans chaque film, elle nous montre un peu ses seins. Elle pense peut-être que ça la valorise comme « actrice pas pudibonde qui prend des risques », et que ça va donner au public l’impression qu’elle a joué dans l’équivalent moderne des Valseuses ?
2) Gaspard Proust est moche (ce qui est un vrai problème pour un beau gosse)
Nan mais sérieux, ils sont allés le chercher où, ce gars-là ? Dans une pub pour le Saint-Albray ? A chaque fois que je le voyais à l’écran, causer avec ses manières affectées de jeune intello bourgeasse mondain, je me disais la même chose : « Bon, sérieusement, qu’est-ce qui s’est passé ? Louis Garrel n’était pas disponible, c’est ça ? Sûrement occupé à tourner son 56ème film de Christophe Honoré… ». Encore une fois je vois les critiques de ciné crier au génie et je ne comprends pas. Si ce jeune homme est un alter ego à peu près correct du Beigbeder raffiné et tête-à-claques qu’on voit à la télé, il est nettement moins convaincant en fêtard mondain un peu trashos qui sniffe de la coke dans les nichons de la barmaid des Bains-Douches. Quand il est crédible en Beigbeder-like (écrivaillon bobo prétentieux qui vit dans un 70 mètres carrés en plein Paris et flâne en citant du Michel Legrand histoire de rappeler que, quand même, il vaut un peu mieux que le trentenaire de base qui n’a vu que des films de Michael Bay au cinéma), j’ai envie de le baffer, et quand il n’est pas crédible, j’ai encore plus envie de le baffer (j’aurais peut-être pas dû aller voir un film de Frédéric Beigbeder, moi, je me découvre une animosité insoupçonnée). Ses dents de traviole et ses yeux bovins lui donnent un air d’ado mal dégrossi qu’on aurait pu voir dans Les Beaux Gosses. Mais à part ça, tout le monde le trouve formidable. Bon.
3) C’est un roman adapté par son auteur, et ça se voit
La première demi-heure est un peu longue à démarrer. La faute à une voix off omniprésente qui déblatère les bons mots un peu immatures de Frédéric Beigbeder, qui font pourtant si bonne impression sur les plateaux de Michel Denisot ou de Thierry Ardisson. Du coup, et c’est l’autre point qui ralentit un peu le rythme, cette première partie du film est très parlée, et donc… très écrite. Cela sent en permanence le bon mot, la formule littéraire, la citation un peu tape-à-l’oeil, la phrase un peu ampoulée : bref, le contenu du bouquin casé dans le film parce que c’est dommage de gâcher. Mais en vrai, c’est un peu trop.
4) Frédérique Bel a besoin d’un vrai rôle
Okay, encore une transfuge de Canal Plus… J’aime bien Frédérique Bel, et Dorothy Doll me manque un peu. Mais là, c’est un peu léger. Je veux dire, je lis ici ou là que le personnage de Frédérique Bel est dingue, extravagant, scene stealer… alors qu’en vrai elle ne fait rien de particulier. Ce qu’on sait de dingue ou de sulfureux sur son personnage vient essentiellement de ce que les autres personnages disent d’elle. Cathy (le nom de son personnage) n’a en réalité droit qu’à trois scènes sans grand intérêt. Frédérique Bel méritait mieux.
5) Jonathan Lambert ne veut pas toujours BAISER
Le seul personnage à peu près sympathique du film. Cocu, trahi, moqué, il porte peut-être la seule morale intéressante du film : en dépit de ses galères, des évidences et du pessimisme ambiant, c’est le seul à ne pas se prendre la tête et à choisir le bonheur plutôt que le nihilisme bobo. Le personnage n’est malheureusement pas assez creusé, laissé largement en périphérie de l’intrigue principale dans son rôle pas très glamour du copain un peu nul mais qui a la chance d’être en couple.

6) Tout Canal Plus est au casting
Il est évidemment mignon de glisser des clins d’oeil (le personnage principal, écrivain, obtient le Prix de Flore – un prix littéraire créé par Beigbeder). Et en un sens, c’est rigolo de voir, brièvement, Louise Bourgoin donner la réplique à Ariane Massenet. Et puis depuis toutes ces années qu’on apercevait PPDA ou Claire Chazal au cinéma à faire des faux JT ou de fausses interviews lorsque l’intrigue du film avait un retentissement médiatique, il était temps que Le Grand Journal valide, enfin, son institutionnalisation par une incursion dans un film. Sauf qu’ils jouent tous comme des pinces à linge, c’est gênant. Si Beigbeder voulait faire un film, était-il obligé de faire son casting parmi ses copains qui le salarient l’accueillent gentiment sur leur antenne entre deux chroniques sur France Inter ? Un peu d’ouverture à d’autres « familles » du cinéma n’aurait-il pas été, sinon rafraîchissant, au moins surprenant ? Je te jure qu’à un moment j’ai eu peur de voir surgir Pauline Lefèvre à l’écran…

7) JoeyStarr est à la mode

J’aime de plus en plus JoeyStarr. En tant qu’acteur, il explore des choses intéressantes, relativement crédibles par rapport à son aura de brute épaisse qu’on n’a pas trop envie de contrarier de peur d’y perdre des dents, mais tout de même subtiles, avec d’autres facettes. Au regard du vingtenaire / trentenaire qu’il affichait joyeusement dans les médias, il a mûri de manière finalement agréable. C’est qu’à quarante piges, fortune faite, crédibilité professionnelle construite et valises posées, la rébellion de banlieue semble bien loin, et il a raison de ne pas continuer à faire comme s’il vivait encore dans une cité pourrave du 9-3. Ne plus avoir la hargne de ses vingt ans ne signifie pas qu’on n’a plus rien à dire, plus rien à exprimer, plus de rébellion à mener. JoeyStarr est en train de réussir cette transition et c’est bien. Son rôle de Jean-George, pas trop mal écrit, apporte sa petite « surprise », et même si on sent à dix kilomètres que le réalisateur a voulu faire un « coup », ce n’est pas désagréable. Ce que je crains, en revanche, c’est que JoeyStarr (très probable futur César du meilleur acteur dans un second rôle pour Polisse) ne devienne l’acteur « à la mode », accessoire branchouille qu’on colle dans son film au casting 100% blanc tellement clean et ultra bright, pour montrer que le héros est de gauche et a un pote au phrasé viril qui fleure bon la banlieue difficile. J’espère qu’il saura bien choisir ses projets à l’avenir pour éviter de tomber dans cet écueil.

8) C’est une comédie romantique hollywoodienne de base

Ils se rencontrent, se plaisent immédiatement, ne peuvent pas être ensemble, mais se retrouvent ensemble quand même. Puis ils s’aiment, mais il lui ment une fois, et son petit mensonge devient énorme. Elle s’en aperçoit, le quitte, il la supplie, lui fait une déclaration débile, prend conscience du fait qu’il est prêt à se battre pour elle, et la récupère sans avoir besoin de rien faire de plus. Tu as reconnu le scénario de 27 Robes ? Perdu, c’est (aussi) celui de L’Amour dure trois ans, qui fait cela avec beaucoup plus de clâsse et de bavardages nihilistes. Mais aussi avec l’inévitable (et insupportable) scène du mec dégoûté de l’amûûûûr : souvent, dans ces films, le héros, dégoûté d’avoir perdu l’amour de sa vie, croit bon de propager la bonne parole au monde entier, y compris aux gens de son entourage qui sont heureux et dont il est évident qu’ils n’ont ni envie ni besoin d’entendre ça, pour leur avouer l’horrible vérité : l’amour ne dure pas / l’amour est une illusion / l’amour c’est caca / l’amour c’est pour les niais / l’amour c’est une invention capitaliste pour booster la croissance (rayer les mentions inutiles). Bon, ok, mais en vrai ? Dans la vraie vie ? QUI fait ça ? Qui gâche le mariage de ses meilleurs amis en hurlant ce genre de trucs face à toute l’assistance ? Même au fond du trou sentimental, je ne connais personne qui fasse vraiment de son cas une généralité et qui ressente le besoin d’entraîner les autres dans sa désillusion digne d’une adolescente qui vient de faire larguer par son premier boyfriend au collège. La scène du mariage m’a assez profondément gonflé.

9) Frédéric Beigbeder ne fait pas de caméo

Déjà très présent en filigrane dans son film, le réalisateur n’a pas cédé à cette classique tentation narcissique consistant à faire une apparition clin d’oeil au spectateur dans son film. Il l’avait fait dans 99 Francs, de Jan Kounen, mais ça ne servait pas à grand’chose dans l’intrigue, en fait (comme la plupart des caméos), et ça avait même un petit côté branling médiatique. Du coup, il s’est abstenu, ou il n’a pas pensé à le faire. Mais je crois que ce n’est pas plus mal.

10) Nicolas Bedos a un micropénis

J’ignore si c’est juste parce que le rôle est ingrat et pas très bien écrit, mais les débuts de Nicolas Bedos au cinoche sont un peu décevants. Je m’attendais à ce que, sans ses costards noirs et avec son regard de cochonne, il arbore un corps de bonnasse qui roule un peu des mécaniques. Bah en fait non. Tout maigre et scoliosé dans des polos trop petits, il n’offre pas l’opposition « beau gosse riche » dont le héros, ado un peu attardé et écrivain vaguement tocard au début du film, aurait eu besoin. Dommage, mais à surveiller quand même. De toute façon ça ne peut pas être pire que le bilan ciné de Valérie Lemercier depuis Palais Royal ! (qui remonte quand même à 2005, ça commence à faire long, pour une actrice comique, sans rôle drôle).