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Marina and The Diamonds – Immortal

 

 

 

Quand on aime un peu la pop, on sait bien qu’objectivement, l’impératrice de 2014 aura été Taylor Swift, auteure de la plus grosse réussite commerciale de l’année outre-Atlantique avec 1989 (détrônant même la B.O. de Frozen, réputée insubmersible après un premier semestre 2014 très solide, de la première place annuelle), et d’une véritable percée mainstream, enfin, chez nous. Mais on ne sait pas encore qui régnera sur 2015. Certains disent Adele. D’autres Rihanna, après deux ans d’absence qui en ont semblé cinq à ses fans les plus motivés, tant son rythme était celui d’un métronome jusqu’en 2012. De moins en moins de gens misent sur un carton de Madonna vu le nombre de fuites et les réactions pas franchement renversantes, dans les charts, à Living For Love, supposé premier single de son futur album, entré péniblement à la 50ème place du classement singles français avant de chuter à la 66ème. Quant à la promo du nouvel album de Gwen Stefani, ce n’est pas encore officiellement un incident industriel, mais c’est pas la folie non plus. Les autres princesses intérimaires de la pop (Hilary Duff, Fergie, Leona Lewis) ont, de leur côté, plutôt fait profil bas avec leurs retours de ces derniers mois, jusqu’à présent. Alors bon sang, qui sera l’impératrice de la pop en 2015 ?

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Mes années MTV

C’était mieux avant. Comme tous les crétins qui approchent doucement la trentaine et qui tardent un peu à dire adieu à leur vie de post-adolescent décérébré, je fais encore quelques efforts pour me raccrocher aux wagons des tendances culturelles et télévisuelles de mon temps. Manquerait plus que je sois un vieux croûton à la ramasse avant mes 28 ans. Le souci du cool n’est heureusement plus aussi prégnant dans ma vie quotidienne qu’il y a dix ans. Du moins veux-je le croire. Ne plus se soucier d’être cool, c’est déjà se la jouer cool. On n’en sort plus, de ces histoires. Mais au fond, je me raccroche à cet âge soi-disant doré qui m’a vu émerger à l’état de semi-adulte capable d’avoir un avis propre, des références culturelles, le permis de conduire et le droit de voter. Le début des années 2000, donc. Avec ce sommet de culture pop que fut l’année 2001 notamment, mais globalement les années qui s’étalent de 2000 à 2003. Le lycée. Mes années MTV surtout.

Pourquoi donc est-ce que MTV, c’était mieux avant ? Bah déjà, parce que ce n’était pas scindé en quatre chaînes comme aujourd’hui (« MTV l’originale » pour les séries mal doublées et autres télé-réalités sur des pauvres gamines paumées du New Jersey enceintes à 16 ans par fanatisme religieux ou absence d’éducation à la contraception plus ou moins assumé – et les trois robinets à clips et à pubs pour sonneries de portable payantes, MTV Base, MTV Idol, MTV Pulse, qui ont quand même fini par avoir droit à leurs propres émissions de real TV, genre Yo Momma ou Une Famille de Rev‘, du moins en France). Nan, sur MTV Europe, puisque c’est sous ce nom que cela parvenait péniblement jusqu’au vieux décodeur CanalSat familial, il y avait de tout, mais surtout de la musique.
La plupart des programmes étaient présentés en anglais, par des présentateurs anglais ou américains, dans des locaux londoniens, ou bien c’étaient des rediffs de l’antenne américaine. Parfois c’était sous-titré, mais bien souvent non. Il y avait Daria en anglais ou des séries animées qu’on n’a jamais plus vues nulle part ailleurs ensuite comme Spy Groove, et c’était chouette. Comme j’avais l’option anglais renforcé au bac, ça me faisait une excuse presque crédible pour traîner devant la télé. Note que j’aurais pu regarder CNN aussi, mais bon…
En fait cette époque bénie, c’était, tout bêtement, avant que MTV Europe n’ait fini son processus de régionalisation des antennes. MTV Europe, c’était alors la même chose en France, en Allemagne ou en Espagne : c’était MTV UK, quoi. Avec des sous-titres ajoutés ça et là quand on avait le temps, mais c’était la matière brute, en somme. La chaîne avait alors un petit côté élitiste pour le plouc campagnard que j’étais : ce n’étaient pas, comme aujourd’hui, des contenus américains mal doublés à la bouche par de pauvres intermittents enfermés dans un studio d’enregistrement à Neuilly sur Seine, c’étaient LES VRAIS contenus MTV, avec les vrais présentateurs, les vraies émissions, les vrais clips de chansons qui étaient dans le top 10 anglais ou américain, et qu’on n’entendrait que trois mois plus tard sur NRJ ou Fun Radio en France. Car oui, à l’époque, la mondialisation, on en parlait déjà, mais comme en France on avait des connexions Internet 56k de Amish, les succès musicaux internationaux pouvaient mettre des semaines à traverser ne serait-ce que la Manche (c’est toujours un peu le cas aujourd’hui d’ailleurs).
Depuis, tout va bien plus vite, les usages du public dont je faisais partie à l’époque ont évolué, et plus personne n’a besoin de MTV pour découvrir l’existence de Fun ou de Gotye. L’internet est devenu la source logique. MTV a donc, très probablement, eu raison de faire évoluer sa grille TV. N’empêche que c’était mieux avant. MTV, pour moi, c’était une chaîne animée par des VJ, pas par des ados américains qui faisaient visiter leur « maison de star » (enfin celle de leurs parents, surtout) ou par de vieux épisodes de How I Met Your Mother (que leur public a de toute façon téléchargés illégalement il y a belle lurette).
Je me souviens notamment des deux animateurs / VJ qui m’amusaient le plus à l’époque. Il y avait Neil Cole, qui présentait généralement Total Request, et Joanne Colan, qui était absolument hilarante, avec son air de bêcheuse un peu prétentieuse quand elle présentait le MTV Euro Top 20. Elle faisait le boulot basique de VJ / animatrice de Top 50, en commentant chaque nouvelle entrée du classement, mais il y avait deux avantages. Le premier, c’était que les clips étaient diffusés en entier. Alors ok, aujourd’hui, on a tendance à zapper quand un clip est diffusé en entier dans le cadre d’une émission. Mais à l’époque, ça me convenait très bien. Le second, c’était qu’elle ne commentait pas du tout de manière niaise : elle bitchait sur la personnalité de J-Lo, sur la virginité de Britney, sur le cul de Lenny Kravitz, ou sur son incompréhension totale à trouver les S Club 7 ou les Steps dans le classement (« nan mais sérieusement, les gars, qu’est-ce qui vous a pris ? »). Un jour, alors qu’Escape, le single d’Enrique Iglesias avec Anna Kournikova dans le clip, était numéro 2 du classement, elle n’a pas fait de commentaire d’introduction avant le début du clip : à la place, on voyait ses pieds pendre en haut de l’écran, juste avant que le clip ne soit lancé. Je sais pas toi, mais moi je me demande si quelqu’un ferait encore ça aujourd’hui dans un classement musical hebdo. En tout cas c’est pas avec Ness que ce serait arrivé (tiens d’ailleurs, quelqu’un sait ce que devient Ness ?)…
Certes, les classements, tout le monde s’en tape, mais au final, c’était surtout un moyen clair et efficace d’éditorialiser le robinet à clip, et d’apporter un semblant de commentaire (et donc de valeur ajoutée) aux vidéos d’Eminem ou de Linkin Park. J’apprenais des trucs. Ce sont des émissions comme Total Request, TRL, The Lick with Trevor Nelson, Dancefloor chart ou MTV News qui ont construit l’essentiel de ma culture musicale de morue. Il y avait les clips, mais il y avait aussi de l’animation, des infos, des nouveautés, des exclusivités, et la possibilité de voir émerger de futurs tubes, ou au moins de suivre l’évolution des carrières solos de Spice Girls (et ça, ça n’avait pas de prix). C’était un peu comme si Ce soir ou jamais était présenté par des gens cools en T-Shirts Bob l’éponge et que ça parlait seulement du dernier single de Jennifer Lopez ou du nouveau clip de Robbie Williams, entrecoupé de diffusions de clips bien sûr. C’était supaire.
C’est aujourd’hui quelque chose qui manque à l’antenne de MTV France, même si des formats comme « Playlist de star » essayent de maintenir un peu de cet esprit. Car en vrai, les commentaires de China Moses quand elle interviewait Camélia Jordana ou Raphaël en lolant toutes les cinq secondes étaient un peu pourris. Évidemment, le public n’est plus le même, ou du moins plus avec les mêmes attentes. Mais du coup, je trouve que MTV France est aujourd’hui une espèce de sous-produit concurrent de MCM, alors qu’entre 2000 et 2003, c’était autrement plus cool, exclusif et intéressant : c’était une fenêtre ouverte sur l’actualité culturelle des jeunes anglo-saxons, quasiment en temps réel. Aujourd’hui, ce n’est malheureusement plus qu’une chaîne jeunesse de plus, avec peut-être un ADN musical plus affirmé, mais finalement pas bien distinguable du tout venant des chaînes djeunz du câble et du satellite. Restent tout de même les cérémonies de récompenses de la chaîne qui, rendons à César ce qui lui appartient, ont toujours plus de gueule et de tenue que nos NRJ Music Awards (ne serait-ce que parce que les stars internationales y vont). Cela fait au moins une madeleine de Proust à se remettre sous la dent de temps en temps.

La roulette russe de l’année : La (double) Guerre des Boutons

Attention, article plein de préjugés, mais… mais… Mais qu’est-ce qui leur a pris ? Non contents de ressortir du formol un vieux projet de remake complètement moisi et premier degré d’un film des années 60, les producteurs de ces deux films ont eu l’excellente idée de les sortir à une semaine d’intervalle l’un de l’autre. Alors que La Guerre des Boutons, de Yann Samuell (Jeux d’enfants) sort mercredi prochain, La Nouvelle Guerre des Boutons, de Christophe Barratier, sortira donc le mercredi 21 septembre. Double dose de Petit Gibus. La blague.

Ce qui nous pousse à nous poser une question. Ou plutôt plusieurs, mais pour commencer, une : comment cela a-t-il été rendu possible ? Comment aucun des producteurs des deux films n’a-t-il fini par reculer en voyant son rival monter son projet ? Apparemment, le projet du producteur du film de Yann Samuell avait déjà bien avancé quand il a su que le film de Barratier allait se faire, et il a préféré ne pas laisser tomber tous les mois de boulot qu’il venait de consacrer à son bébé. Je veux bien que le courage consiste à foncer même quand on n’est pas sûr de gagner, mais là, c’est au mieux la roulette russe (un seul des deux films se plantera, chacun espérant que ce ne sera pas le sien), au pire (et beaucoup plus probablement) le suicide financier de l’année…
Et puis c’est quoi, d’abord, cette manie de ressortir les vieux mythes littéraires poussiéreux de la France profonde pour en faire des remakes à l’arrière-goût de nostalgie rance ? Voir des gamins causer avec la fake gouaille des campagnes d’il y a un demi-siècle alors que de vrais gamins d’il y a un demi-siècle le faisaient très bien (et probablement mieux) en 1960, j’avoue que j’ai peur de trouver cela pénible. Christophe Barratier, encore, je comprends : il en a fait son fond de commerce depuis Les Choristes. C’est vrai que c’était mieux avant, hein, les ch’tites n’enfants qui savaient s’amuser sans consoles de jeux ni ordinateurs ni gadgets ultra cheros. C’est beau, de les voir s’ébrouer en plein air avec des bâtons et des ficelles. Ouais, c’est chouette, mais laisse béton, gros. Les bobos ont capté depuis longtemps les bienfaits d’élever leurs enfants hors du tout technologique, et les beaufs neuneus sur lesquels tu comptes bâtir le succès de ton trip nostalgique à filtres jaunis n’y verront jamais que de la bonne grosse rengaine passéiste. 
Chez Yann Samuell
Ce que Yann Samuell est allé faire dans ce projet, en revanche, me laisse plus songeur. Bon, déjà, ce n’est pas un adepte multi-récidiviste de l’ambiance milieu de vingtième siècle. Et puis, des deux projets, on aurait pu penser qu’il serait le premier à tomber à l’eau : contre le casting taillé pour le box-office réuni par Christophe Barratier (Guillaume Canet, Laetitia Casta, Gérard Jugnot, Kad Merad) (lol), les Mathilde Seigner, Eric Elmosnino et Fred Testot feraient presque figure de casting de film d’auteur. Le film de Yann Samuell sent un peu moins la grosse machine que celui de Barratier, en somme : le projet date d’avant et affirme plus ou moins fermement sa légitimité naturelle, tourné dès que les droits du livre sont tombés dans le domaine public. Ses producteurs ont dû bien flipper leur race ces derniers mois, tout de même ; a fortiori en constatant que les deux films allaient sortir dans un laps de temps si ridiculement étroit. Mais ils ont tenu. Peut-être parce qu’ils comptent sur une meilleure qualité du film (scénario ? mise en scène ? anyway, c’est quand même le remake du même truc, bordel) pour faire la différence au box office.
Les deux films se situent aussi, apparemment, à deux époques différentes : les années 40 pour le film de Barratier (avec une probable symbolique autour de la guerre livrée par les adultes à peu près au même moment) et les années 60 pour le film de Yann Samuell (avec en fond la guerre d’Algérie). Ah oui, ça n’a rien à voir, dis donc. Bon, et à part deux ajustements de costumes, c’est quoi l’intérêt de nous proposer deux remakes du même film ? Jouer au jeu des comparaisons à deux semaines d’intervalle ? A dix euros la place, ça fait cher le jeu des sept erreurs, les cocos. Mais c’est un argument qui en vaut d’autres. 
Chez Christophe Barratier
Toujours est-il qu’après Astérix aux Jeux Olypiques, Astérix Mission Cléopâtre, Astérix à la plage, Le Petit Nicolas, et avant la nouvelle tentative d’incursion ciné de Tintin, cette lubie de pondre du remake / adaptation d’œuvres littéraires de la jeunesse des baby boomers, une tendance semble émerger. Si encore on nous proposait des versions réadaptées (transposées à notre époque, ou déclinées avec d’autres personnages et d’autres archétypes) (un peu à la manière du Journal de Bridget Jones, adaptation transposée à notre époque d’Orgueil et Préjugés), je comprendrais vaguement la démarche artistique, mais là ? A part, peut-être interroger notre époque et son incapacité à nous faire rêver et espérer comme le pouvaient les Trente Glorieuses, il n’y a pas grand’chose à tirer, artistiquement, de ces resucées d’œuvres existantes qui se portaient, jusqu’alors, très bien. Si ce n’est du fric, bien sûr. Ou, dans le cas présent, deux fours probables.
Le comble ? Pour parachever cette magnifique overdose qui nous attend, La Guerre des Boutons, le film d’Yves Robert (Prix Jean Vigo en 1962) qui a inspiré nos producteurs géniaux, ressortira, lui aussi, en version remastérisée, le 12 octobre prochain.

In your little eyes

Vous le savez, ou pas, il y a quelque temps, j’avais un chien. Il est resté chez mes parents quand je suis venu à Bordeaux, normal. Ce n’était pas vraiment mon chien, c’était celui de la famille. Et puis, qu’est-ce que j’aurais fait d’un clébard dans mon premier studio de 20 mètres carré, je vous le demande?

C’était une petite femelle, la copie conforme de celui de la photo (mais blanche à tâches noires), et on l’a eue quand j’étais en CM1. On l’a appelée Loche. Ouais, bon, ça va, je vois vos sourires narquois, et je m’insurge: le mot loche ne fait pas partie de mon argot, ni de celui de mes parents, on est des bouseux! Donc NON, nous n’avions pas conscience d’appeler notre chien Nichon… En fait, on l’a eue au début de l’année où, dans l’ordre alphabétique, il fallait donner aux chiens des noms commençant par M. Et puis on s’est rendus compte qu’en fait elle était née l’année du L… Ok, j’exagère, mais à peine, c’est quasiment la vraie origine du nom de mon chien! Et c’est toujours moins cruel que Merdette, à mes yeux (sans vouloir viser personne, hein!).

Bref, Loche était une chienne crade, elle bavait, elle pétait, elle mangeait en en foutant partout, elle montait sur la table pour voler le poulet ou le rosbeef (oui, oui, je vous laisse imaginer le volume sonore atteint par ma mère dans ces moments-là), elle léchait les visages avec sa langue qui puait la mort, elle a mis un temps fou à comprendre qu’il ne fallait pas pisser sur les tapis… Mais nous l’aimions beaucoup, et même si les hurlements de ma mère ont dû la rendre sourde (ce qui est la seule explication que j’ai trouvée à son absence de réaction quand on l’appelait), nous avons veillé à ce qu’elle soit heureuse. Elle est décédée l’année dernière, à la suite d’une longue maladie pulmonaire. Quand il a été évident, à nos yeux et à ceux du vétérinaire, qu’elle souffrait, mes parents l’ont faite piquer. (Ambiance Tchik-tchiki-boum, bonsoir!)

Si je raconte ça, c’est parce que tout à l’heure, à la Fnoc, j’ai croisé le regard de Loche… Enfin, pas son regard, mais des yeux globuleux trop mignons quasiment identiques sur un autre bouledogue français. Il faut savoir que TOUS les bouledogues français sont moches à côté de Loche, qui était en fin de compte un specimen à pédigrée quasi-parfait. Mais celui-ci était vraiment bien (bon, pas aussi bien, mais bien), et son regard a capté le mien pendant quelques secondes. J’ai vraiment cru voir mon chien…

C’est con, hein? Bah oui, mais du coup, j’y repense: je fourguerais bien un nouveau bouledogue français à mes parents pour Noël (ou pour un prochain anniversaire, ne soyons pas sectaire/pressé)…

Et vous, une bestiole aussi mignonne a-t-elle marqué votre jeunesse?