Archives par mot-clé : Parents

Mommy

 

Director Xavier Dolan, Jury Prize award winner for his film "Mommy", poses during a photocall at the closing ceremony of the 67th Cannes Film Festival in Cannes

 

Oui, Xavier Dolan est agaçant. Il a des tics d’arrogance, une omniprésence médiatique, des contradictions qui, forcément, donnent un peu envie de lui chercher des noises, de ne pas hurler au génie avec la meute médiatique qui lui a servi la soupe pendant deux semaines à Cannes en mai, puis pendant à peu près le même laps de temps à la sortie de Mommy en salles. Mais voilà, cette sollicitude des médias se justifie assez. Il est tellement rare de regarder une carrière de cinéaste qui éclot et devient une star internationale, avec cette précocité, que l’on ne peut pas vraiment le quitter des yeux. On est fascinés qu’il réussisse tout ça : l’esthétique, la grammaire cinématographique, les dialogues, les personnages, à 25 ans et depuis cinq films. Et, à chaque fois, un résultat différent, surprenant, qu’on peut aimer alors qu’on a détesté le précédent, et vice-versa. Alors oui, il y a des tics de cinéma intello, une manière un peu m’as-tu vu de faire le virtuose sur écran, des trucs auxquels on s’attend, mais comment ne pas être intéressé par l’expérience d’un nouveau film de Xavier Dolan ?

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Surviving Jack ? Faudrait déjà survivre à la saison 1…

 

surviving jack fox

C’est peu dire que le principal attrait de Surviving Jack est son acteur principal Christopher Meloni, et non pas son créateur Justin Halpern, qui après avoir adapté en série son compte Twitter de citations (plus ou moins parodiques) de réflexions ronchons, réactionnaires ou à côté de la plaque de son père dans $h*! My Dad Says il y a quatre ans (la série n’a d’ailleurs vécu qu’une saison et s’est fait descendre en flèche), et avoir lancé une série originale (How To Be A Gentleman) qui s’est spectaculairement plantée à la rentrée 2011 (annulée au bout de quatre épisodes), revient donc ici avec une nouvelle adaptation. Surviving Jack est en effet l’adaptation de I Suck At Girls (littéralement « Je suis nul en Filles », et non pas « Je suce les filles ») (enfin peut-être, hein, mais bon là ce n’est pas le sujet retenu), son deuxième livre.

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Famille, vous m’aimez?

Ce post a failli s’intituler « Let’s go tou ze repêches ». Mais le destin est facétieux. Ou alors nous sommes des bêtes, c’est au choix. Je n’ai appelé personne hier soir, si ce n’est ma pauvre mère qui se rongeait les ongles jusqu’au coude. Et mon père aussi. Mais ça a donné ça:

Il décroche…
– Ouais?
– Allo Père? C’est moi.
– Mouais?
– Je t’appelle juste pour te dire que j’ai eu mon année!
– Ah. C’est bien. Une chose de faite!
– Ouais, ouais.
– Pas d’oral à repasser, rien?
– Non, rien. Tous est passé.
– Bon, bah c’est bien… Allez, Salutas!
– Oui, euh… Au fait… *tut tut tut*

Contrairement aux apparences, on progresse. Il se trouve que nous avons peu en commun. Aucun de nous ne le vit mal, il me semble. Mais hier soir, au lieu de rester pendu au téléphone pendant trois heures (ce que j’adore faire, pourtant), j’ai regardé Canal +. Décidément, je m’accoutume dangereusement à cette chaîne. Le rapport, me demanderez-vous? Le film d’hier soir, c’était C.R.A.Z.Y, de Jean-Marc Vallée. Vu en version hâchée grâce à l’orage. Eh oui, suis en zone de vigilance orange de Météo France, moi! Si Pirouette veut progresser en accent québecois avant août, il faut qu’elle regarde ce film! Entre le son, leur accent et ma surdité, on a failli ne pas y arriver!

J’avais loupé ce film au moment de sa sortie. Pas eu le temps. Au début, l’histoire de ce jeune héros en quête d’identité, Zachary, je me disais que ça allait me renvoyer à moi. En fait, pas du tout. Père autoritaire, mère pieuse et aimante, frères beaufs et hostiles. On n’est pas tout à fait chez moi, déjà. Mais quelque chose me dit qu’à 20 ans près, on n’est pas passés bien loin… C.R.A.Z.Y, ce sont les initiales des quatre frères Beaulieu, dans leur ordre de naissance. Zachary, le Z, c’est le garçon qui a peur de décevoir, dans une famille où il détonne un peu, son père qui semble être tout pour lui. Le film se déroule essentiellement entre eux, dans une guerre qui commence dans l’enfance du fils, lorsque son père le surprend en train de pouponner le petit dernier avec la robe de chambre et les bijoux de sa mère. Une guerre déclarée par Zachary sans le vouloir, lui le « fif » qui va mettre presque tout le film à s’accepter. Le fif, ici, c’est le pédé, la tapette. Plutôt crever que d’en être une. La guerre est ouverte entre Zach et son père, qui ne peut pas accepter cette perspective, mais aussi et surtout entre Zach et lui même. C’est là que le film nous pose le plus de questions, vu de 2007. Jusqu’où aller pour continuer à être aimé? Carrie Bradshaw demande dans un épisode de Sex and the City (on a les références qu’on peut) « A partir de quand l’art du compromis devient-il compromettant? ». C’est la question soulevée ici. Zach va se refouler, essayer d’être le plus conforme à ce qu’on attend de lui, tout en se réfugiant dans la musique, l’imagination… et quelques écarts. Son aventure le mènera loin (Jérusalem, ce mec qui ressemble un peu au Christ, le désert), et ne pourra connaître de fin pleinement heureuse. Une des dernières scènes du film, autour de la musique de Patsy Cline Crazy, qui ne donne pas tout à fait son titre au film mais presque, est vraiment poignante. Si l’on ajoute à cela une belle BO et une ambiance qui réussit à être drôle dans la tension, on tient un bon film. Je suis en manque de ciné, en ce moment, à trop déserter l’UGC… Une histoire père-fils qui marche et qui convainc, même les nuls de la relation père-fils comme moi, ça fait donc du bien à la cinéphilie.

Mon père n’est pas le centre de ma vie, je ne vis pas pour ne pas le décevoir. Ma mère, en revanche, a très mal vécu le fait d’avoir un fils « fif ». Personnellement, je crois que ce n’est toujours pas complètement digéré pour elle. Mais il vaut mieux cela que de perdre son enfant, alors elle fait avec. Pas forcément évident dans les années 70. Lorsqu’elle l’a su, c’était la fin de la première année. Et le lendemain, comme hier, les résultats sont tombés et je lui ai annoncé que j’avais mon année. « Tu crois que ça me console? », m’a-t-elle répondu. Ce qui s’est passé à cette époque, je ne l’oublierai jamais parce que ça concrétisait tout ce que j’avais craint depuis l’âge de 15 ans. Depuis, ça va mieux, et je suis heureux qu’on n’ait pas eu à en passer par les mêmes douleurs que Zach et son père. Jusqu’où se haïr, se refouler, se refuser? Je n’ai jamais voulu jouer à ça, je n’ai jamais eu honte, je ne me suis pas fait horreur ce fameux matin de 2000 où tout est devenu clair. Je n’ai pas lutté contre moi. L’histoire de C.R.A.Z.Y n’a pas été la mienne, pour une question d’époque, mais aussi pour une question de caractère. Mon père est laxiste, ou nous laisse faire notre chemin, ou s’en tape. Peu importe. J’aime autant. C’est le rôle qu’il a choisi, et si cela peut représenter un handicap aux yeux de certains, au bout de 22 ans, c’est seulement devenu une fierté de moins à flatter. Une contrainte de moins, en somme.

Le gros tout mou du dimanche

Dimanche grisâtre, désoeuvrement. C’est officiel: je vieillis. Cela me submerge depuis quelques jours. D’abord, le pèse-personne de mon amoureux (quelle idée!) m’a appris que je dépasse désormais les 62 kilos. Ce n’est pas encore l’obésité, mais j’étais à 55 au moment du bac, ce qui fait donc 7 beaux kilos de graisse (sur mon bide et nulle part ailleurs, je suis ravi) en moins de 4 ans…
Ensuite, il y a la soirée d’hier. Je n’ai plus le courage d’aller jusqu’au bout de la nuit. Mes acolytes non plus, d’ailleurs. Bon, il y a les circonstances, aussi: je devais connaître la moitié des gens à peine (et quiconque me connaît sait que je ne brille pas au milieu de la foule, surtout quand je connais pas), personne n’avait envie de se déhancher sur Dalida (sauf Coco, mais elle a tenu 3 minutes, c’te grosse dégonflée), et niveau picole, j’ai pas exploité mon potentiel d’absorption… Mais ce fut une belle soirée quand même: le Méri a eu son Powerpoint-souvenir et sa montre, il passe dans le camp des grandes personnes; et la Vilaine a apprécié son futur épanouissement féminin, que lui procureront inévitablement la lecture puis le spectacle des Monologues du Vagin, d’Eve Ensler. Reste à savoir qui elle choisira pour l’accompagner dans ce grand moment culturel (selon toute vraisemblance, son amoureux), mais je pense qu’on s’est bien débrouillés sur ce coup. J’allais me casser quand la pauvre Laure s’est retrouvée coincée dans la salle de bain, et que tout le monde a tenté de l’en sortir en allant jusqu’à essayer d’arracher la poignée (réussi) puis la porte (bravo Méri, ta virilité naturelle était un véritable bonheur!). Bon, perso, moi, j’ai seulement essayé d’ouvrir avec une casserole, et bizarrement ça n’a pas marché. A la fin, un tour de clé habile a suffi, et je suis rentré. En gentleman, j’ai raccompagné prestement jusqu’à sa bagnole Anne-Laure la salope, qui m’a encore menacé de mort à cause de la saison 3 de Sex and the City, qu’elle attend toujours. Le temps du Polux et du vomi derrière les bagnoles sur le parking est donc loin. Nous sommes de sages jeunes gens qui essayent de se préserver pour ne pas être déchirés avant le rush des examens. Même les grognasses rentrent tôt quand elles sont malades, au lieu de rester sur la soirée avec la tronche dans les toilettes! Vraiment, on devient bien…
Couché à 2 heures, donc, j’ai encore une fois senti la vieillesse me gagner quand mon amoureux est rentré vers 3h30 et que je ne l’ai pas suivi dans son envie de faire des galipettes. Non mais ça va pas?? A 3h30, moi, je DORS!
Je deviens aussi officiellement le confident de ma môman, qui a bien des soucis avec mon frangin ces temps-ci. Moi, le fils aîné et pédé attentif, je suis à l’écoute, parce que même si ma mère n’est pas toujours hyper facile avec moi, je l’aime énormément et je n’aime pas la sentir peinée. Alors je l’ai écoutée me dire tout ce qui n’allait pas d’une voix chevrotante, j’ai eu l’impression qu’elle était à bout, j’ai essayé de comprendre comment elle en est arrivée à ne plus supporter tout ça. Je diagnostique une fragilité particulière lors des ruptures amoureuses de ses enfants (j’en sais quelque chose, pour ce que j’ai morflé au moment de ma rupture avec F.!). Une heure de psychanalyse à ma mère, ça a du lui faire du bien, mais c’est épuisant. J’ai pas encore 40 ans, moi, qu’est-ce que je sais de la vie pour la conseiller?
Vraiment, je me sens tout vieux et mollasson. Et le pote de mes parents qui a débarqué ce matin à l’aube (10h20… espèce de barbare!!) pour faire du bricolage dans mon living-room n’a fait que le confirmer: j’ai besoin de faire mes heures, moi!
Moralité: je suis fatigué mais je vis désormais dans un appartement parfait, avec des porte-manteaux au mur, une porte qui ne grince plus et un verrou Vachette qui rassure ma mère à distance. Sécurité, mollasse-attitude, confort bourgeois… Une vraie mémé, quoi.