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Analyse post-électorale

Une fois de plus, tout le monde compte sur moi pour alimenter ce blog que je vais vraiment finir par opéer! Voici donc en quelques mots les enseignements que je tire de cette campagne.

Ainsi que je l’avais brillamment dit dans un de me précédents post et qui a été confirmé par DSK, la Gauche ne doit pas être satisfaite du score du premier et deuxième tour; les ambitions n’ont que trop été diminuées après les cuisants échecs de Jospin. Je crois nécessaire, plus que jamais, une refondation idéologique du PS; néanmoins je reste quelque peu sceptique quant à la stratégie brutale adoptée par DSK dimanche soir, d’autant plus que les français ne vont pas manquer de lui reprocher un échec où il n’y est pour rien. Le PS se trouve dans une situation détestable : sur le point d’effectuer une mue idéologique mais sans pouvoir sauter le pas en raison de la manière dont il est géré (F. Hollande et S. Royal gâchent les forces vives du parti en s’imposant). A quand un dépassement dialectique hégélien!
Petite analyse française maintenant;
il est remarquable d’observer une profonde mutation idéologique du pays : autrefois, existait une ligne dite Saint-Malo/Genève qui séparait au nord une France alphabétisée, industrielle et progressiste de Gauche et au Sud une France analphabète, rurale et légitimiste (pour schématiser). Cette ligne séparait donc l’électorat de droite et de gauche; or, depuis la déprise industrielle et l’avènement de la post modernité post matérialiste, la France est en proie à une recomposition idéologique; première à basculer, la Bretagne est progressivement passée de la droite à la gauche (hormis le Morbihan); ont suivi les régions rurales profondes telles la Corrèze, les Landes, la Dordogne, les Pyrénées Atlantiques, le Midi Pyrénées en général… à l’exception du Lot et Garonne, du Tarn et Garonne et des Pyrénées orientales, un gros quart sud ouest de la France a abandonné sa tradition droitière pour basculer à gauche. En revanche, ce qui était l’emblème des bastions de gauche ont cédé progressivement au vote FN puis Sarkozy (je ne dirais pas pour autant de droite; j’y vois plutôt le recours à des personnalités autoritaires et charismatiques; c’est d’ailleurs dans ces départements que le Boulangisme a été le plus fort; je crois que ces derniers, éminemment populaires, sont les plus sensibles à la nouvelle démocratie d’opinions et d’image qui vient d’achever son installation en France). La région parisienne, elle même, bascule majoritairement à droite alors que les DOM TOM reviennent à Gauche (depuis Césaire, c’était du jamais vu tant le chiraquisme y était fort).

Ainsi, je ne suis pas optimiste concernant cette recomposition idéologique car : cette ligne Saint-Malo/Genève existe toujours et sépare toujours une France tertiarisée d’une France plus secondaire et primaire; ainsi, les régions de pointe sont à droite, les autres, plus en marge des politiques centrales, sont passées à gauche;
L’ancrage idéologique, le ferment d’idée disparaît donc au profit du charisme, du charme, de l’autorité. Le peuple, informe et métaphysique à la fois, redevient peuple au sens de Le Bon ou Tarde; je ne crois pas en un vote réfléchi, je vois plutôt le vote affectif, irraisonné, brutal et dénué de toute réflexion approfondie (ce n’est pas le résultat présidentiel qui me fait affirmer cela, ma réflexion eût été la même avec la Gauche au pouvoir). C’est à désespérer de trouver une raison d’aimer mes concitoyens que je trouve de plus en plus bestiaux et vils, plébéiens, facilement repus de politique et d’ivresse courtermiste.

Margarita ante porcos; oderint dum metuant : le recours au latin permet de mieux comprendre une chose : la constance de l’inconstance populaire et du mépris des literati à l’égard de ceux qui se nomment les citoyens.

Floran

Le jour J

Autant le dire, je suis totalement flippé. J’ai eu ma mère au téléphone, et ce n’est un secret pour personne qu’elle vote à droite. Le reste du patelin aussi, d’ailleurs. Mais elle m’a dit « Je le sens mal, ce soir; elle va gagner cette conne ». J’aimerais en être si sûr. Vraiment, je ne veux pas qu’il gagne. Ce que ça changera à ma vie à moi? Pas grand’chose. C’est un choix de société, avant tout. Des méthodes de gouvernement. Une idéologie face à la différence. Une manière d’appréhender les problèmes. Une vision du travail. Une envie de vivre autrement avec ceux qui n’ont pas les mêmes diplômes, le même salaire, le même quartier, le même nom. La France de demain a rarement été aussi déterminée par celle d’aujourd’hui.

Mon frère a disparu de la circulation, le petit con. J’espérais réussir à le convaincre, mais il a mis son insupportable répondeur. Mon père s’abstiendra, j’espère. Mais je ne me fais pas d’illusion. Voter ce qu’il a voté au premier tour, c’est voter Sarkozy au second. Quant à la détentrice de ma procuration, elle est en baby-sitting à Paris et revient au patelin en fin de journée « exprès pour voter », et exprès pour moi surtout, sinon je pense qu’elle n’aurait pas fait le déplacement et serait allée voir son mec. Comme si les cinq prochaines années n’en valaient pas la peine… Elle a peur de Sarkozy mais n’aime pas Royal, elle craint une société d’assistanat et voudrait que les racailles soient remises à leur place. Que de clichés, lorsqu’on ne s’intéresse jamais à la politique hors des élections. Hors de l’élection présidentielle, surtout. Certaines personnes m’ont suivi les yeux fermés en 2004 pour les régionales: pas vraiment d’avis, pas de connaissance des dossiers dont il était question, alors autant voter comme Vinsh, il sait peut-être ce qu’il fait. Mais le Président, c’est autre chose, on le connaît, c’est pour ainsi dire un people, il faut l’aimer, aimer son projet, qui il est, qui l’entoure, comment il parle, etc. Et puis il doit proposer des solutions, du concret, on en a marre de payer pour ces feignasses au RMI, on veut du résultat, du chiffre! Le Président, c’est le Messie. Le pire, c’est que ce n’est pas complètement faux, cette idée, bien que la présidentielle demeure une élection parmi d’autres: on attend bien plus de l’élection présidentielle, elle donne un élan, une orientation. Demain, tout aura commencé à changer. Une nouvelle génération politique. Pour cinq ans d’un mandat énergique, de rupture totale avec les démons de la politique à l’ancienne, bien sûr! Des changements pas si énormes que ça, mais un renouveau de personnalités politiques, c’est déjà un sacré pas. Que ce soit Sarkozy ou Royal. Et ça fait un peu flipper quand même, malgré le fait que mon angoisse du jour soit avant tout « Pitiéééé, pas Sarko!! ». C’est quand même un changement, ils ont tous les deux moins de soixante ans et des idées de gouvernement neuves. Bon, ok, dans cinq ans, la France sera toujours une démocratie (si tout va bien), mais cinq ans, c’est vachement long. J’ai les nerfs en pelote, là, je vais faire du ménage, du rangement, de la photographie, mater un DVD, peu importe! Je n’arrive pas à me concentrer plus de dix minutes sur un cours d’amphi.

Cette nuit, j’ai rêvé de ce soir, 20h, devant la télé. « Et le nouveau Président de la République est… ». Et le visage de Ségolène Royal s’affichait. A ce soir, j’espère, j’y lève mon verre et retourne à mon aspi. France Présidente. Pas de prosélytisme, votez ce que vous voulez, Ségo, Sarko ou blanc, mais s’il vous plaît, VOTEZ. (Mais Ségo de préférence, quand même)

Je trouve qu’elle a assuré. Est-ce que ça suffira?

Comme à peu près tout le monde, sauf deux millions de personnes qui se trouvaient devant la Nouvelle Star et dont j’espère qu’elles ont au moins l’excuse d’avoir moins de douze ans, j’ai regardé le fameux débat d’entre-deux tours hier soir. Je ne vais pas me la jouer détaché et blasé. Même si je sais que ce débat n’a jamais été décisif ni inverseur de tendance (aux dernières nouvelles, Sarkozy garderait l’avantage), j’étais fébrile et je sautais comme Zébulon dans mon living-room. Pour tout dire, je n’ai pas été déçu par la soirée. J’attendais beaucoup de Ségolène Royal, et même si elle n’a pas toujours été hyper à l’aise, j’ai trouvé qu’elle avait globalement dominé Nicolas Sarkozy et qu’elle était surprenante de combativité. Sarkozy, pourtant, est toujours aussi séduisant avec ses chiffres « précis », sa réalité dessinée en deux coups de crayon et ses simplifications. Hélas.
Je retiendrai deux ou trois phrases clés, notamment celle de Sarkozy après la colère de Royal sur la question de la scolarisation des enfants handicapés « Vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité », mais aussi la réponse de Royal « Il y a des colères saines et utiles », ou encore le très drôle (et bizarrement passé inaperçu) lapsus de Sarkozy « Moi, ce que je propose, c’est pire! ». Coco en était explosée de rire! Sur la fin, nous avons eu très peur que le temps de parole joue en défaveur de Ségolène Royal, et que Nicolas Sarkozy ne se retrouve avec un boulevard de cinq minutes pour terminer le débat sans que la candidate PS ne puisse plus répliquer. Nous hurlions devant la télé en nous cognant la tête sur les murs. En fait, l’égalité du temps de parole n’était pas si stricte que ça, et Nicolas Sarkozy a eu la condescen… euh, la courtoisie de faire cadeau à « Mme Royal » de trois minutes. Je crois qu’il a été déstabilisé par cette assurance, cette force de conviction, cet argumentaire bien préparé (du moins sur certains sujets). Pour moi, elle a remporté ce débat, elle y est apparue comme dominante et prête, elle a surpris. Elle a la carrure. La presse commente sur son agressivité, ses lacunes sur les dossiers, la chaîne info a même osé dire qu’elle était imprécise face à Sarkozy, monsieur chiffres et résultats, alors qu’elle l’a défoncé sur la question du nucléaire, et souligner qu’elle n’avait pas eu un mot gentil pour lui à la fin quand elle a dit ce qu’elle pensait de lui. Ooooh… Je ne ménerve pas, j’ai beaucoup de sang froid. 😉
Bref, je mets en citation l’édito de Laurent Joffrin dans Libération, que je trouve assez pertinent, quoiqu’orienté, bien sûr. Il s’intitule Légitime:

Nicolas Sarkozy n’a pas perdu. Mais Ségolène Royal a gagné.

Pourquoi un jugement aussi lapidaire ? Parce que dans ce débat fait de passion froide et de retenue agressive, la candidate socialiste l’a emporté sur un point essentiel : la légitimité. Nantie de 26 % des voix au premier tour ­(presque autant que Mitterrand en 1981)­ et de sondages innombrables qui la placent juste derrière Nicolas Sarkozy (c’est-à-dire, tout de même, avec la moitié de la France pour soutien)­, elle a démontré ce dont l’opinion a un moment douté : elle est parfaitement capable d’être présidente de la République. Au moins autant, en tout cas, que Sarkozy, qu’elle a malmené pendant plus de deux heures, lui dont on disait qu’il n’en ferait qu’une bouchée. Pugnace, précise, dure à la repartie en dépit de quelques maladresses et d’un sens abusif de l’exemple simple, elle a souvent bousculé le favori de la compétition. Sarkozy fut-il mauvais ? Certes non, au contraire. Mais avec toute sa volonté, sa préparation et l’avantage que donnent les 31 % réunis au premier tour, le leader impérial de la droite n’a pas dominé sa rivale. Que doit-elle encore prouver ?

Du coup, le débat de fond a repris ses droits. Les deux protagonistes en ont donné une version limpide. Un libéralisme à la française pour l’un, un socialisme à l’européenne pour l’autre. Une adaptation de la France à la mondialisation d’un côté, enrobée dans un volontarisme trompeur, un refus de la normalisation de l’autre, enveloppé dans un réalisme de bon aloi. En principe, le choix devrait être simple pour un peuple qui n’aime pas courber la tête devant la force des marchés. Mais n’oublions pas qu’en politique les circonstances gouvernent.

Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment perdu. Il peut donc espérer conserver son avantage. C’était son seul souhait dans cette épreuve. A l’entrée de la dernière ligne droite, il garde la corde. Un seul problème pour lui : Ségolène Royal a commencé hier soir à refaire son retard.