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Bridget Jones’ Baby

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Parfois, la marque est tellement puissante que la médiocrité du produit vendu ne nous apparaît qu’après coup, voire jamais, laissant l’expérience de consommation dans un bain de flou bienheureux : on a passé un bon moment, même si objectivement c’était un peu nul, et si on aurait trouvé ça bof avec une autre étiquette sur l’emballage. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec Bridget Jones’ Baby, aka Bridget Jones 3 « vite dépêchons-nous de tourner avant que ça se voie vraiment trop que Colin Firth a soixante piges et que Renee Zellweger est ménopausée ». C’est pas qu’on passe un mauvais moment, hein, au contraire, on prend même un certain plaisir à retrouver la célibataire de cinéma qui sert absurdement de mètre-étalon aux célibataires trentenaires du XXIème siècle alors qu’elle est essentiellement définie par son rapport aux hommes et que ses maladresses au boulot confinent au manque total de professionnalisme… Mais on ressort de là avec l’impression un peu gênante qu’on ressent la plupart du temps après être allé voir un « numéro 3 » au cinéma : celle d’avoir été un peu pris pour un con par des producteurs roublards, qui nous ont fait perdre deux heures devant un produit pas génial, par la seule puissance de la marque et d’une nostalgie un peu périmée.

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Renée Zellweger a 45 ans et un lifting des paupières : peut-être qu’on devrait arrêter de s’exciter deux minutes

renee zellweger 2014 elle

 

Il y a quelques semaines encore, je me demandais ce que devenait Bridget Jones Renée Zellweger, disparue de nos salles de ciné depuis My Own Love Song, un film que personne n’a vu, en 2010. Je suis allé sur sa page Wikipedia et j’ai vu qu’elle allait revenir en 2015 dans The Whole Truth, un thriller avec Keanu Reeves. Bon, c’était pas lourd mais j’étais content pour elle. Néanmoins, j’étais loin de m’imaginer qu’elle allait devenir une icône des excès de la chirurgie du même calibre que Meg Ryan en une seule apparition publique. C’est LA photo qui circule sur les internets sociaux cette semaine : Renée Zellweger, 45 ans, est réapparue sur un tapis rouge pour la première fois depuis des lustres, à la soirée Women in Hollywood du magazine Elle à Los Angeles. Et certaines personnes ne l’ont pas reconnue. La faute à un visage apparemment différent, qu’on a vite attribué à des dizaines d’opérations chirurgicales. Et pourtant, les commentateurs de tous bords, dont j’ai fait partie, sont comme gênés aux entournures dans leur réflexe de surgery bashing. Oulala, la vilaine actrice qui refuse de vieillir et qui s’est fait charcuter et botoxer la gueule ! Sauf que… Sauf que le résultat n’est, en fait, pas si monstrueux que ça.

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En finir avec Bridget Jones

Hier soir, pour la peut-être huitième fois en dix ans, la boîte à troubadours diffusait Le Journal de Bridget Jones. Une alternative probablement jugée vivifiante pour la tranche du public mal à l’aise devant l’obligation quasi-absolue d’être à donf’ sur les exploits de Teddy Riner, Camille Muffat ou Yannick Agnel (sous peine de perdre toute opportunité de conversation avec votre entourage, et donc de mettre votre vie sociale entre parenthèse dans les prochaines semaines). C’est oublier bien vite que le film est assez mauvais (mais pas pire que le 2, certes) (diffusé dimanche prochain, d’ailleurs), gaspillant de bonnes idées et donnant, faute de rythme pertinent, l’impression faussée que l’action se déroule en trois semaines, alors qu’elle se déroule en un an. Mais aussi que, à sa manière, Bridget Jones incarne la genèse de l’un des poisons de l’humour contemporain : l’auto-dérision du trentenaire urbain. Ou comment rire de soi, parce que c’est toujours mieux que pleurer.

Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre Bref, Florence Foresti ou Cyprien, mais force est de constater qu’ils font tous un peu la même chose, et que c’est un peu au roman d’Helen Fielding qu’on le doit : le quotidien, la loose, la banalité, l’identification facile comme mécanismes du rire pour tous, mais avant tout pour nous public urbain jeune et vaguement CSP+ (ou aspirants), désormais incapables de rire d’autre chose que de nous-mêmes. Là où les années 90 faisaient plutôt la part belle, niveau comédie, à de la moquerie gentiment assumée envers les autres (parodies, clichés sur des milieux sociaux auxquels n’appartenaient pas les interprètes), un vent de psychanalyse et de masochisme semble être passé au cours des années 2000 sur l’humour grand public qui, dans le même mouvement qui l’a fait adopter la télé-réalité et la mise en scène de « vrais gens » auxquels on peut s’identifier, a choisi de pousser le public à rire de lui-même. Peut-être pour rendre l’humour plus fin et profond que la moquerie bête et méchante qu’il peut facilement devenir, mais surtout parce que l’égo est un truc universel, si tu veux mon avis. Les Kaira de Franck Gastambide rient de leur jeunesse de loose en banlieue, Dubosc rit de son image de vieux beau un peu précieux, Foresti s’amuse de son physique ingrat qui ne chope que le chanteur de Gold, Kyan Khojandi nous fait sourire à nous montrer qu’on est tous unis par les mêmes galères, qui vont du mélange des fins de paquets de pâtes à l’impossibilité de surmonter son manque d’assurance quand on en aurait pourtant le plus besoin. On constate, on rit, on ne résout rien, mais souvent la chance le fait pour nous. Avec en vue, pour tous, l’une des deux issues à happy ending possible : s’accepter tel que l’on est, ou sortir de notre condition médiocre. Pas en changeant trop, hein, plutôt en mettant un meilleur maquillage ou en trouvant le Marc Darcy ou la Mena Suvary qui nous acceptera comme on est. Comme si cela allait se passer comme ça pour toi, dunaze.

L’humour qui te parle, depuis Bridget Jones, c’est pourtant ça. Parle-moi de moi, de mes travers, de mes qualités, de ce que je peux faire pour changer, pour être meilleur. Mais glorifie quand même mes habitudes, mes petits riens. Fais de mes maladresses des sujets de rires tendres. Renvoie-moi à moi-même. Ris de moi. Valorise ma normalité, ma médiocrité. Dédramatise. Montre-moi que celui qui vit sous les projecteurs se prend, lui aussi, des râteaux en boîte de nuit. Qu’il a des périodes de misère sexuelle, de doute dans le célibat. Qu’il a des problèmes de fric. Qu’il dit parfois des énormités en société et se paye l’affiche. Qu’il est un peu couard et menteur, comme moi, mais que ce n’est pas grave. Dis-moi que je ne dois pas complexer à propos de mon gros cul, même s’il me rend aussi comique à regarder qu’un culbuto. Dis-moi que la presse féminine a tort de mettre en scène des mannequins de seize ans qui font quarante-cinq kilos pour un mètre soixante-quatorze, même si en sortant de la salle je redeviendrai la petite ronde du bureau. Je serai probablement plus équilibrée que la jolie collègue qui s’épuise à manger vert et bio à tous les repas pour avoir droit à sa mini-place au sommet de la chaîne alimentaire de la baise. Dis-mois que je suis comme tout le monde. Oublie, en revanche, de me rappeler que si c’est rigolo de se dire qu’on traîne tous en slip devant des séries bêtifiantes le dimanche après-midi au lieu de faire le ménage, la vraie vie, elle, nous somme d’être performants, de séduire, d’être en forme, d’être propres, d’être classes, d’être heureux, de kiffer notre boulot, de prendre plaisir, de jouir de tout et de préférence mieux que le voisin. Fais-moi oublier que ma consommation et mes loisirs conditionnent non seulement mon image publique, mais aussi et surtout l’image que j’ai de moi. Fais-moi oublier que la vraie vie me perçoit comme une sous-crotte médiocre victime de sous-développement intellectuel, fais-moi oublier qu’à part en consommant du Club Med Gym, du panier de légumes bio, du week-end à Prague et des vestes The Kooples, je ne serai jamais « à niveau » ou « un mec qui se respecte » pour la plupart des gens qui fréquentent les mêmes sphères que moi. Fais-moi oublier que je suis sommé d’adorer des choses qui ne m’intéressent pas, mais que c’est le seul moyen d’intéresser les gens qui me plaisent ou m’intéressent. Fais-moi rire de moi, ça me fera oublier que c’est vraiment la loose d’être moi.

Lorsque la blogosphère, notamment féminine, a explosé, il y avait deux catégories de blogueuses, essentiellement (même si les raccourcis sont et restent des raccourcis) : en gros, d’un côté les Carrie Bradshaw qui se rêvaient prêtresses de la mode et du lifestyle, et de l’autre les Bridget Jones qui s’appliquaient à chroniquer, sous couvert d’humour, leurs complexes, leurs ruptures en règle, leurs VDM et leur volonté de montrer, à travers leurs récits d’expériences et les goûts affichés à travers leurs actes de consommation, qu’elles sont comme toi, comme nous. Qu’elles appartiennent au tout. Qu’elles aussi, elles voudraient bien être mieux payées, baiser plus, avoir plus de fringues et partir en week-end à Londres ou à New-York tous les mois même si elles ont pas trop les moyens. Et puis qu’elles ont un cerveau, aussi, un ME-SSAGE, une mission divine au-delà de valoriser le mode de vie superficiel auquel elles ont choisi, comme moi, de se livrer : on a le droit d’aimer les Louboutins et de lutter pour une société plus juste, d’être un peu schizo entre féminisme et soumission à un moule fashion. Parce que le moule fashion, il est si bien fait qu’on peut l’adapter à soi-même, et donc conserver son unicité, son éthique, son estime de soi. Certes chérie, cette robe te fera te sentir comme un boudin, mais tu peux désormais la customiser, l’accessoiriser, la biz’artiser et te tuner toi-même la gueule à base de tatouages, de maquillage rouge pétard ou noir emo : Bridget Jones t’a montré que tu avais le droit d’être inadaptée et que ça peut être valorisant quand même. Lady Gaga aussi, d’ailleurs. n’empêche qu’il n’y a toujours pas de cellulite en Une de Elle, ni de maigrichon en Une de GQ. Le modèle à suivre, ce n’est toujours pas toi, mais au moins la production comique et ton propre journal te permettent-ils de le croire un peu.

Chez les blogueurs garçons, c’est pareil. Mais la filiation avec Bridget Jones est encore moins consciente, encore moins assumée. On va pas non plus avouer qu’on a été inspirés par un roman (ou pire, seulement par le film adapté du roman) pour devenir auteur de saillies quasi-journalières sarcastiques. C’est qu’on a des couilles à mettre en avant, nous, qu’est-ce que tu crois.

Bridget Jones a fait cela pour nous tous, lorsqu’elle est passée de succès de librairie aux Royaume-Uni il y a quinze ans, à phénomène culturel planétaire (la chick lit et son business disent merci à Bridget Jones, au passage) : elle a montré qu’une héroïne pas franchement glamour, qui ne fait pas trop rêver a priori, a quand même le droit de voir ses histoires de cœur et de cul élevées au rang de modèle intéressant à suivre pour jeunes gens qui aspirent à traverser la vie sans rentrer dans un moule de perfection. We can be heroes. Elle a juste oublié de nous dire qu’il ne fallait pas forcément chercher à être comme elle ; pas plus qu’il ne faut chercher à être comme Naomi Campbell. Il faut, à chacun de nous, trouver sa voie (professionnelle, amoureuse, financière, sexuelle) sans qu’elle passe nécessairement par la minceur, ou par le succès mondain, ou par la complaisance vis-à-vis de son rythme de gentil branleur, ou par la rassurance superficielle de savoir qu’avoir de la cellulite c’est normal même si on trouve ça moche… ou par un Marc Darcy. Parfois, la vie n’offre aux gens normaux / médiocres / pas spécialement beaux (rayer la mention inutile) qu’un célibat prolongé, ou qu’une carrière ratée à force de n’avoir eu ni bol ni flair, ou qu’une vie sociale un peu plate, ou qu’un Jean-Claude Dusse. Et même si tu sais rire de ces choses, à la fin de la journée, elles sont quand même ta vraie vie, et il n’y a bien que les humoristes et les films comiques, dans ton quotidien, pour te dire que c’est pas si mal.

Ce qui est à la fois réconfortant et complètement illusoire.
(… Je déprime un peu en ce moment, ça se voit ?)

Kaboom (Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz !)

Salutations, mes tartelettes à la rhubarbe, c’est encore moi.

Lundi soir, je suis allé au cinéma. C’est passionnant, n’est-ce pas ? Mais pas pour une séance basique, mes agneaux. Nan nan nan, c’était pour l’avant-première de Kaboom, le nouveau film de Gregg Araki, au cinéma UGC des Halles (où, comme chacun sait, c’est la zone) (mais là, on pouvait plutôt jouer malgré notre déplorable absence de gaydar à « Y a-t-il un hétérosexuel dans la salle ? »). Ce film, qui était en sélection officielle au Festival de Cannes 2010, y a obtenu la Queer Palm, un prix remis à un film à thématique LGBT qui pose de bonnes questions et fait avancer le schmilblick. Une manière comme une autre pour le Festival de Cannes de s’aligner sur ses concurrents, au premier rang desquels le Festival de Berlin et son Teddy Award. Dit comme ça, ça sonne un peu lobbying, de caser un prix « communautaire » au beau milieu d’un festival de cinoche, et on pourrait se demander, dès lors, pourquoi pas un prix du meilleur film avec une héroïne blonde, un autre du meilleur film sur les questions de racisme, ou encore un autre du meilleur film européen de la sélection, histoire de diluer complètement la compétition et de transformer la Cérémonie de Clotûre en gigantesque numéro de L’Ecole des Fans (mais en robes de gala et smokings) où tout le monde finit par avoir un prix.
Mais après tout, ça n’a pas beaucoup moins de sens que les Festivals entièrement consacrés aux films LGBT (films qui ont une fâcheuse tendance à être quand même bof bof, d’un point de vue cinématographique, avec des acteurs souvent inconnus voire semi-pro qui jouent comme des fourchettes, des dialogues gnan-gnan sur la solitude et le « je veux seulement être aimé » et/ou du cul à tout va).
Lundi soir, donc, on a eu droit à une petite remise de prix improvisée pour Gregg Araki. Même pas il était allé chercher son prix à Cannes, l’autre. C’est trop Pialat de l’attitioude ! C’était rigolo de le regarder recevoir son prix et causer de son film, tout petit et tout intimidé devant la salle de ciné (pleine comme un oeuf) : on aurait dit qu’il était encore étudiant en cinéma il y a cinq ans. Alors qu’en fait, trop pas (ouais, aujourd’hui je parle comme quand j’avais 18 ans, que j’étais beau comme un enfant fort comme un homme, tout ça) : le Gregg Araki, d’après sa fiche Wikipediu, il est né en… 1959. Il a cinquante piges, quoi. Je suis sur le séant, mes rutabagas, je suis sur le séant.
Ouais, bon, on en vient au fait, ou bien ?? Donc, Kaboom, qu’est-ce que ça pouvait bien donner ? Alors déjà, on a le CV de Gregg Araki pour se rassurer. Mysterious Skin, notamment, est cultissime. Et traumatisant. Certes, son cinéma est plutôt gay (Totally F***ed Up, The Doom Generation), mais sur l’ensemble de sa carrière, il semble y avoir un vrai projet, un ton, une patte. Et pis il y a cette sélection cannoise, aussi. Certes, ce n’est pas la garantie d’un bon film (loin de là), mais au moins la garantie d’un VRAI film, pas une espèce de sous-téléfilm destiné au rayon direct to DVD.
Et concrètement ? Bah je ne peux pas trop te parler du film, parce que te raconter ce que j’ai pensé de l’intrigue, de la narration et de la mise en scène, c’est déjà en dire trop. Le climat général est très « Arakien » (quand on adjectivise ton nom, pour un réalisateur, c’est quand même plutôt bon signe), avec sa manière habituelle de mêler des corps jeunes et farouches, du surnaturel, du bizarre, du queer et du sexe. Je ne peux que te conseiller d’y aller :
1) parce que sans être un excellent film, Kaboom est un exercice très amusant et réjouissant qui joue avec les règles du cinéma, avec les identités de ses personnages et avec la complémentarité des styles. Titillé, désarçonné, inquiet, j’ai quand même bien rigolé. Et je vois mal comment tu pourrais ressortir du film dans un autre état que : A/ enthousiasmé par tant d’audace et de délirium tremens, ou B/ scandalisé d’avoir raqué pour une telle daube (« Remboursay !! »).
2) parce que j’y ai rencontré ma nouvelle idole de la semaine du mois, Juno Temple, sorte de néo-Renee Zellweger cochonne et FAP perdue enchaînant les répliques biatch-cultes et les poses boudeuses savoureuses, et que je suis sûr que toi aussi tu vas l’aimer.

… et surtout :

3) parce que tu ne vas quand même pas te contenter de mon avis pour décréter qu’un film est bien ou pourrave, nan ??? Feignasse, va.