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Twice Upon A Time

Hier soir, j’étais invité chez M6. Oui, encore. Cela doit faire, disons, la vingtième fois. Ils m’aiment, je ne vois que ça. J’ai tenté de taper la bise à la réceptionniste pour faire genre « on est intimes à force », mais je me suis fait refouler. J’ai aussi essayé d’aller discrètement m’asseoir à un bureau dans un open space en espérant me fondre dans le décor et, sur un malentendu, voler le poste d’assistant de Cristina Cordula. Mais ça non plus, ça n’a pas marché. Avoir de nobles ambitions professionnelles ne mène plus à rien, en ces temps de crise. C’est moche. Cette fois-ci, si j’avais été aimablement convié dans les spacieux locaux de Neuilly-sur-Seine, c’était pour « découvrir » la série Once Upon A Time. Je mets des guillemets parce que si tu suis bien (et je suis sûr que tu le fais, car dans le cas contraire je me verrai dans l’obligation de venir chez toi pour t’arracher les ongles à la pince à épiler) (j’ai ton adresse IP, biatch, je sais où t’habites) (c’est la fin de semaine, je suis très fatigué), j’avais déjà parlé de cette série ici il y a quelques mois.

Mon avis sur la série n’a guère changé après avoir visionné de nouveau le pilote : c’est sympa, avec un concept à la Lost où passé et présent se répondent (flashbacks à la pelle) et où les contes de fées sont revisités de manière originale et pas conne. Lana Parrilla reste une méchante très iconoclaste avec son regard et son sourire carnassiers, mais aussi ses tenues et brushings chelou du monde enchanté, tandis que Ginnifer Goodwin et Jennifer Morrison, en tandem mère-fille qui s’ignore (les deux comédiennes n’ont qu’une différence d’âge de quelques mois), n’auraient pu être mieux choisies par les créateurs de la série. Pour le reste, le pilote, comme la majeure partie de la saison 1 d’ailleurs, est un peu sage. La diffusion sur M6, qui commence demain samedi 1er décembre à 20h50, est donc l’occasion pour le public français qui s’intéresse aux séries US sans les regarder au rythme des diffusions américaines (toi, ta tante, ta maman… mais hélas pas moi) de découvrir cette première saison. Si j’ai un conseil à te donner : accroche-toi quelques épisodes. Once Upon A Time a mis un certain temps, l’année dernière, à s’imposer comme top priorité sur ma série-liste (je l’avais déjà dit), comme disait l’autre. Mais elle est assez addictive, plutôt cohérente (merci la magie, qui élucide n’importe quelle incongruité) et surtout beaucoup plus intéressante à partir du dernier tiers de la saison 1 / début de la saison 2, où les enjeux et les alliances changent progressivement, révélant des personnages beaucoup moins manichéens qu’on ne l’avait cru au début…
J’ai été un peu déçu par la VF (comme dans la majorité des cas lorsque j’ai connu la série en VO avant de découvrir sa VF) : rien n’arrivera jamais à la cheville de l’impeccable VF de Desperate Housewives, si tu veux mon avis, mais bon, ce n’est pas non plus une catastrophe nucléaire du niveau de la VF de How I Met Your Mother. De toute façon, M6 proposera la série en VM (enfin, sur les réseaux adaptés, je suppose), alors tu choisiras. Oui oui, j’ai décrété que tu allais évidemment regarder M6 samedi soir, sur mes conseils, parce que, hein, que ferais-tu de plus intéressant de toute façon ? Sortir en teu-boî ? Bitch please, c’est plus de ton âge. Regarder la finale de Danse avec des gens qui sont passés à la télé les stars ? Mais on s’en fout, on sait tous que c’est Amel Bent qui va gagner maintenant que le public a tué le suspense en montrant sa haine incommensurable pour Lorie. Nan, c’est bien, tu es à la ramasse niveau séries US, essaye au moins de te mettre à la page des séries d’ABC, c’est un peu la base pour survivre à une conversation en soirée avec des gens de moins de 60 piges.
Je continue, personnellement, à déplorer la lenteur avec laquelle les séries US arrivent en France sur nos chaînes hertziennes / TNT, même si j’ai bien conscience des délais nécessaires, pour s’assurer que la série n’est pas un four monumental annulé aux USA au bout de trois épisodes, pour négocier et acheter les droits de diffusion, et pour assurer le doublage. Je continue de penser que vu les usages actuels de consommation de ces séries par leurs publics cibles (= en France, du djeunz de moins de 35 ans qui n’a pas envie d’attendre un an pour se gondoler devant le génie de Game of Thrones, et qui va même souvent jusqu’à télécharger illégalement lire les bouquins dont c’est adapté et les forums de fans anglo-saxons en ligne pour patienter), les diffuser un an après leur diffusion US dans une VF douteuse leur fait immanquablement rater leur public. Au profit de la « ménagère » qui ne télécharge pas sur Pirate Bay comme une truie et qui est bien contente de découvrir le final de Desperate Housewives même six mois après moi, certes, mais pourquoi séries-addict et ménagères de Morlaix ne seraient-ils pas cumulables ? L’idée que je soutiendrais volontiers serait celle-ci : nos chaînes françaises passent un deal avec les chaînes US sur les nouveautés séries, pour les diffuser une semaine après leur diffusion US en VO sous-titrée (une semaine pour pondre des sous-titres, c’est raisonnable, y’a des amateurs qui le font très correctement en 24 heures), à un horaire pas trop stratégique (genre vendredi soir entre minuit et deux heures du mat’, à la place de la vingt-sixième rediff’ de Sex and The City et de Earl dont personne n’a rien à battre) pour un public de jeunes branleurs noctambules comme moi, ET diffuser ces mêmes épisodes en VF et en prime-time pour Madame Michu disons… six mois plus tard ? Je sais, c’est irréaliste, ça coûte de l’argent, et négocier avec des chaînes US sur des délais pareil doit s’apparenter à une mission impossible.Et puis bon, ce n’est « que de la télé », quoi.
Mais franchement, s’adresser à des blogueurs passionnés de séries pour leur faire découvrir le pilote de Once Upon A Time en novembre 2012, c’est cruellement nier la manière dont ces séries sont, justement, consommées par ces blogueurs.
La valeur ajoutée de notre présence à cette « avant-première », pour justement pallier cet état de fait et enrichir notre expérience de téléspectateur, c’était de taper dans le buffet dînatoire découvrir le dispositif com/web autour du lancement de la série, par M6 : distribution de pommes empoisonnées à la sortie du métro (merci M6, de désencombrer les couloirs et les rames de la RATP) (j’aurais préféré, perso, recevoir l’épée de Charming, hein, parce que j’ose pas trop bouffer la pomme qu’on ma donné hier, du coup), et page Facebook dédiée avec appli pour te faire découvrir quel personnage de conte de fées, toi malheureuse créature amnésique prisonnière de Paris Storybrooke, tu es.

Alors j’ai joué.

Forcément…

De la surenchère dans les jurys de télé-crochets

C’est donc désormais officiel, après trois saisons (déjà) de bons et loyaux services, Christina Aguilera et Cee-Lo Green quittent The Voice, sur NBC, pour voguer vers les nouveaux horizons de leurs carrières solo : Cee-Lo pour l’album Cee-Lo Green… Is Everybody’s Brother à la date de sortie encore inconnue, et Christina pour Lotus, prévu en novembre et déjà porté par Your Body, un single vaguement dance dont la pochette évoque un disque de Loana. Jusque là, rien de très intéressant (je crois que je vais renommer ce blog comme ça, en fait : Rien de très intéressant) : tous les ans, le mercato télévisuel fait le ménage dans les émissions du petit écran, et au même titre que les animateurs, des jurés de télé-crochet quittent leur poste pour des raisons plus ou moins flatteuses. Là où ça devient étrange, c’est quand on apprend qui seront les remplaçants de Cee-Lo et Xtina : en l’occurrence, Usher et Shakira…

Nan mais sérieusement, depuis quand les télé-crochets sont-ils devenus respectables aux yeux de l’industrie musicale ?? Depuis quand des artistes qui vendent des disques n’y voient-ils plus une compromission, l’aveu d’une notoriété qui s’essouffle ? J’en avais déjà causé ici, c’est vrai que faire un télé-crochet ce n’est pas sale, mais tout de même : que d’évolutions depuis la première Star Ac, mes aminches ! Je veux dire, on ne peut pas tout mettre sur le même plan, mais tu avoueras que Usher et Shakira, ce ne sont pas exactement Varda Kakon et Bruno Vandelli, quoi. Certes, ils ne sont plus tout à fait à leur « sommet » (respectivement atteint en 2004 et en 2002); néanmoins, leurs carrières vont a priori plutôt bien sans avoir besoin de passer par un siège de juré pour The Voice ou The X-Factor (d’ailleurs, quelqu’un sait-il finalement ce qu’est ce fameux « X-Factor » ? Aux dernières nouvelles cela n’avait toujours pas été défini) (juste pour savoir si j’ai moi-même un facteur X ou si je dois plutôt envisager une reconversion dans la confection de paniers garnis). Ils ne le font donc, en principe, pas pour relancer une carrière au point mort, ni pour la riante perspective de participer au tournage de Hollywood Girls dans six mois, mais bien librement. Dingue. Et ce ne sont pas les récentes arrivées de Mariah Carey, Britney Spears ou Nicki Minaj au rang de jurées qui vont inverser la tendance. Alors quoi, juré de télé-crochet, ce n’est plus réservé à des has-been ou à d’obscurs professionnels jusqu’alors inconnus du grand public ?
On dirait un gag…

 

Et bien non. Le retournement a été progressif, cela a mis près de dix ans, et pourtant le jury de télé-crochet est enfin devenu ce qu’il prétendait être depuis le début : des gens qui ont réussi dans le showbizz, qui jugent des gens qui aspirent à y réussir à leur tour. Cela a mis un certain temps, et on eût pu croire que cela n’arriverait jamais tant les télé-crochets ont failli à leur « promesse » de révolutionner le paysage musical et de lancer les pérennes carrières des artistes de demain, mais le résultat est là : en 2012, être juré de télé-crochet, c’est un truc qu’on peut faire même quand on est en pleine promo d’un album à succès, ou entre deux tournées lucratives, juste comme ça, sans honte et pour le plaisir (et pour 20 millions de dollars). Le truc « crédible », quoi. Ce n’est plus le truc un peu sale qu’on n’ose proposer qu’à de vagues chorégraphes, ex-gloires des 80’s entre deux tournées des cafés-théâtres, ou patrons de labels qui y vont en se bouchant le nez tout en clamant haut et fort qu’ils sont convaincus qu’ils vont bientôt signer la nouvelle Sheryfa Luna (lol).
Pourquoi ? D’abord, parce que les producteurs sont prêts à y mettre le fric, bien aidés par des audiences qui se portent bien (du moins aux Etats-Unis), ce qui leur permet de « s’offrir une danseuse » pour capter, au moins au départ, l’attention d’un public qui ne les aurait pas forcément regardés en temps normal. Je me demande d’ailleurs si Britney Spears a un gros impact sur les audiences de The X-Factor. Parce que, soyons honnêtes, il doit y avoir des gens qui regardent cette année uniquement parce qu’elle y est (et parce qu’elle est méchante).
Ensuite, et c’est probablement le signe de la fin de l’innocence (si elle a jamais existé), parce que tout le monde a fini par comprendre, et les chaînes de télévision en premier, que tout cela n’a finalement pas grand’chose à voir avec l’industrie musicale. Car honnêtement, le gagnant, son futur single, sa carrière : on s’en tape, on n’y croit pas trop. Non, le vrai produit, c’est le télé-crochet lui-même : sa dramaturgie, ses éliminations, ses vacheries balancées à la figure d’une jeune donzelle naïve qui pensait sincèrement avoir du talent, ses clashes dans le jury… Bref, que des éléments télégéniques à mettre en scène, et rien de plus. Là où les lofteurs ont compris depuis longtemps que l’émission EST la finalité (et non pas la victoire ou la suite des évènements), les candidats de télé-crochets sont peu à peu en train de comprendre que la même logique s’impose dans les émissions auxquelles ils participent. Alors que l’objectif affiché est la découverte de « talents » et le lancement de leur carrière, il n’en est aujourd’hui plus rien : l’objectif, c’est l’audience immédiate, les ventes en singles digitaux des prestations live sur iTunes, les produits dérivés, la pub, bref l’émission elle-même. Alors on met des moyens, à fond les ballons, dans l’émission elle-même : le jury, le plateau de prime-time de luxe (franchement, quand on revoit le plateau de la Star Ac’ 1 sur YouTube, on dirait une kermesse de village), l’orchestration, les paillettes…
Et si, par hasard, un des gamins qui participent à ces trucs réussit à en tirer quelque chose de plus que des votes par SMS, tant mieux pour lui. Mais ce n’est plus la finalité. La finalité, désormais, c’est de regarder les primes, et non plus d’espérer une hypothétique suite d’effets dans les mois suivants l’émission. A ce titre, une émission comme Danse avec les stars a tout compris : on glamourise l’émission, et même en France où on a dix trains de retard, on se paye une jurée « de luxe » en la personne de Shy’m (qui n’est pas Madonna mais qui est, avouons-le, probablement au sommet de sa carrière depuis un peu plus d’un an et… sa participation à ladite émission), mais on ne te fait pas miroiter une suite merveilleuse à ton passage sur les planches. La finalité des télé-crochets et autres talent shows, ce sont désormais les prime-time eux-mêmes, et non plus la « carrière » lancée ou relancée que les candidats sont supposés en retirer. La belle histoire se passe sur le plateau, pas après. L’après on s’en fout. On est passés d’une télé-réalité qui prétendait mettre en avant (voire aider ?) de « vrais gens », et donc baser son succès sur les candidats et leur supposé glorieux destin, à une télé-réalité où ces candidats ne sont que matière à scénarios, affrontements et autres manipulations (une télé-réalité où l’on doit faire oublier au public que, très probablement, le gagnant ne sortira pas de disque, ou au mieux en vendra péniblement 5 000) : ce qu’on regarde dans The Voice ou X-Factor, ce n’est pas tant le candidat que le suspense, le scénario, la manière dont la production va le mettre dans la dèche ou le porter au firmament le temps d’une soirée. C’est le cirque, débrouille-toi quand ce sera fini pour en tirer une carrière si tu veux, mais on n’est pas là pour ça, ma grande.
Désormais, les carrières d’une Luce, d’une Jennifer Hudson, d’un Stephan Rizon ou d’un Adam Lambert ne sont plus l’objectif réel (l’ont-elles jamais été ?) des télé-crochets : elles ne sont que des effets secondaires, possibles mais pas certains. La vraie star, c’est l’émission, la marque, et tous les éléments constitutifs de cette marque… et donc, le jury.

« En Famille », sur M6, va prendre cher

Mes escalopes milanaises, on m’a encore invité chez M6. Et moi, bah à moins d’avoir déjà un truc de prévu, je refuse rarement une invitation. C’est peut-être un défaut de blogueur non influent, va savoir. Toujours est-il que, malgré les gentillesses que je leur ai jusqu’à présent pondues lorsqu’ils m’ont invités, les gens de chez M6 ne sont pas rancuniers. Ou alors ils rient jaune en lisant ce que j’écris, mais ça leur plaît quand même. Je ne sais pas trop. En tout cas j’ai encore été invité. Je me flatte de croire que c’est parce que je rédige des articles qui reflètent vraiment mon avis, plutôt que de recracher mot pour mot le communiqué de presse. Mais peut-être que c’est simplement parce qu’ils ne lisent pas mes articles, en fait. Alors accrochez-vous à vos slips, les gars, aujourd’hui je vais vous causer de votre nouvelle série, En Famille, qui commence ce soir…

Pour clarifier ma position, déjà, sache que je ne suis pas très client des formats semi-courts, dits shortcom, à la Scènes de ménage ou Un gars, une fille. J’aime bien les saynètes rigolotes, mais quand c’est élevé au rang de concept et poussé jusqu’au point du défilé de scènes comiques qui ne forment pas vraiment une histoire, ça me lasse assez vite. J’aime bien les personnages mis dans des situations marrantes (quiproquos, vannes cinglantes, démonstrations de mauvaise foi), mais pas quand ces situations ponctuelles sont, en permanence, une fin en soi : ce format de comédie, surtout pour une série, empêche les personnages d’évoluer, les enfermant dans des scènes de trois minutes maximum qui inhibent toute intrigue et toute profondeur psychologique. Pas le genre de série dans laquelle j’ai envie d’investir du temps en devenant fidèle. Pour prendre l’exemple de Scènes de ménage, cela fait maintenant un moment que ça dure, et franchement on ne voit pas trop les personnages évoluer ou au moins révéler des facettes un peu plus profondes que les clichés qu’ils incarnent. Liliane est toujours la même bourgeoise coincée un peu niaise qui parle avec une voix irritante et ne fait à peu près rien d’autre à l’écran que se livrer des tâches ménagères ; Raymond est toujours un archétype de vieux con misogyne, crade, obtus et pas très sympa ; Marion est toujours la même ado attardée un peu cruche qui cherche vaguement du boulot… Bref, ça n’avance pas, et le format n’aide pas. Pire, parfois, les mini-scènes et situations comiques prennent tellement le pas sur une éventuelle histoire des personnages que ceux-ci finissent par vivre des situations contradictoires d’un épisode à l’autre. Chouchou et Loulou ne sont pas tant des personnages que des incarnations archétypiques des deux faces d’un jeune couple trentenaire lambda ; mademoiselle peut alors être une féministe militante et vindicative dans un épisode, et une faible nunuche implorant l’aide de son homme viril dans l’épisode suivant, selon les besoins du gag du jour. Pour peu qu’on ne trouve déjà pas les clichés montrés à l’écran absolument hilarants, la répétitivité et le manque de cohérence peuvent au final s’avérer carrément rédhibitoires.
Bref, je suis pas le meilleur client de ce format de série comique semi-courte, que je trouve finalement sans réelle profondeur.
Mais quid de la nouvelle série du genre, En Famille, lancée ce soir pour, le temps d’un été (et plus si affinité) prendre le relais de Scènes de ménage, qui a offert à M6 une nouvelle heure de gloire pour sa case horaire de 20h10, laquelle a longtemps été moribonde à force de ne pas savoir reproduire le succès des sitcom US des années 90 (Une nounou d’enfer, Notre belle famille, chacune diffusées environ douze fois), avant de faire quasiment jeu égal, aujourd’hui, avec Poubelle la vie sur France 3 ? J’ai donc eu de premiers éléments de réponses, puisque j’ai assisté à une projection des premiers extraits de la série, et ensuite les comédiens et la prod’ ont répondu aux questions du parterre de blogueurs présents (c’est un peu toujours pareil, en fait, les évènements blogueurs).
Alors, comment dire… ? Bah c’est très clairement dans la veine de Modern Family, hein, mais apparemment c’est moyen assumé par la chaîne. Enfin si, la question a été abordée lors de la conférence, mais nous avons été gratifiés d’une réponse sur la défensive, façon « Nan mais en fait c’est Modern Family qui a copié sur En Famille (lol), le projet était dans les tuyaux chez nous bien avant que la série de Christopher Lloyd et Steven Levitan ne débarque sur ABC ». Bon, alors les gars, si c’est vrai, il fallait peut-être admettre que vous vous étiez fait doubler, ravaler votre fierté et remiser le projet dans ses cartons. Parce que là, ça ressemble au mieux à une parodie, au pire à un plagiat de Modern Family. Un sous-produit, en tout cas. Et comptez bien sur les réseaux sociaux, voire sur l’ensemble des téléspectateurs, pour y penser. C’est bien simple, c’est Modern Family, en français, adapté au format semi-court de Scènes de ménages (décors intérieurs uniquement, mini-scènes, interactions de 45 secondes entre les personnages au format blague) et en évitant de copier juste assez d’éléments de Modern Family pour que ce ne soit pas un ersatz trop grillé.
Parce que sinon, vraiment, tout y est. Le format mockumentary. Les interviews de personnages en aparté, juste avant une scène qui illustre leur déclaration (ou la contredit, selon les cas). Le patriarche de famille un peu bourru qui aime bien son gendre mais qui ne veut surtout pas que ça se voie (quand il parle, on croirait vraiment voir le Jay Pritchett français). Le gendre un peu gêné qui enchaîne les bides devant son beau-père, à la Phil Dunphy. La mère de famille un peu control freak, à la Claire Dunphy. La mère de famille divorcée marrante et vaguement hystéro, à la Gloria Pritchett. L’adolescente mignonne et manipulatrice visiblement plus intelligente que les autres membres de la famille, morphing d’Alex et de Haley Dunphy. Le grand dadet ado un peu bêta, savant mélange de Luke Dunphy et de Dylan… Alors certes, contrairement à Modern Family, il y a une mamie et il n’y a pas de couple gay. Mais sinon…
La bonne nouvelle pour En famille, c’est que c’est quand même pas trop mal fichu, les comédiens se sont amusés sur le tournage et ça se voit. Et dans la mesure où la VF de Modern Family (diffusée justement cet été sur… M6) (je me demande s’ils l’ont fait exprès ?) est une horreur qui donne envie de se jeter par la fenêtre, il est peut-être bon de proposer aux téléspectateurs une série de ce type en français. Laissons Modern Family à sa VO et à ses vrais fans, qui regardent de toute façon la série en VOST et en temps réel par rapport à la diffusion américaine, et offrons aux téléspectateurs de M6 une vraie création originale. Le défi de M6 dans les prochaines semaines ? Faire oublier cette filiation un peu trop évidente avec la série d’ABC, et se servir de ces ingrédients certes similaires pour proposer à ses téléspectateurs une vraie création comique originale, en espérant que le public adhère. Ce qui n’est finalement pas mission impossible. Va savoir si les prochains épisodes de la série ne me donneront pas tort.

Posture : dénigrons la Fête de la Musique

Vivre à Paris, ce n’est pas facile. Les jours comme celui-ci, toutes les personnes à qui vous adressez la parole vous demandent ce que vous allez faire ce soir. Comme s’il fallait faire quelque chose de spécial. On me somme implicitement, depuis ce matin, d’avoir un plan original, un concert génial sous le coude, une bande de potes qui jouent (mal) sur un trottoir ou dans un square parisien. Et si la Fête de la Musique, en fait, on s’en foutait ?

 

Certes, sur le papier c’est sympa d’avoir des occasions de passer une soirée un peu différente des autres, d’aller à la rencontre des gens, de découvrir un groupe inconnu et de se balader dans Paris, par un beau premier soir d’été, avec la sensation que même si on aura du mal à se lever le lendemain matin, tout le monde sera dans le même cas, et on lèvera un coin de lèvre amusé en regardant ses voisins de métro aux yeux collés à 8h45. Je dirais même qu’il y a quelque chose de salutaire, dans cette initiative : nous faire aller à la rencontre, nous les fourmis blasées qui allons chaque jour au boulot en nous demandant parfois pourquoi ne pas tout plaquer pour aller vivre sur une plage (nous sommes surtout retenus par la perspective de vivre sans Internet et sans télé), de quelques rêveurs aspirants artistes, qui n’ont pas notre résignation et qui vivent pour un idéal artistique dont nous aimons, en temps normal, moquer le manque de réalisme et (malheureusement) de talent. Ce soir, c’est un peu la fête de ton pote Jeannot qui a glandé 5 ans en DEUG de psycho après le bac avant de se lancer dans le folklore péruvien, en faisant du fundraising pour gagner sa croûte. Quelque part, c’est la fête de ces naïfs qui font quelque chose qui leur tient vraiment à cœur (les pauvres). Mais il existe au moins cinq raisons de ne pas aimer la Fête de la Musique.

 


Les concerts semi-improvisés de groupes amateurs, c’est bien souvent à chier

 

C’est pas pour rien qu’on les trouve naïfs. Oui, je sais, c’est cruel. Mais c’est testé et (dés)approuvé : dans environ 90% des cas, le groupe de folk-rock (ou pire, de djembé) du pote d’un pote que tu es venu gentiment écouter pour faire plaisir à une seule personne va te soûler. Et comme tu es cerné, dans toutes les rues voisines, par des gens qui font grosso modo le même genre de bruit, tu es comme qui dirait coincé. Évidemment, et c’est aussi la beauté (théorique) de l’évènement : au petit bonheur la chance, et au hasard de tes déambulations dans toute la ville, tu pourras bien finir par tomber sur une jolie voix, de belles chansons, un groupe inconnu coup de cœur (dont tu auras oublié le nom dans trois jours). Les rares fois où j’ai essayé, j’ai galéré pendant cinq heures, rien trouvé de bien folichon, et chopé des ampoules aux pieds.

Les concerts gratuits de chanteurs et de groupes célèbres sont blindés 

 

Le problème, c’est qu’ils sont blindés de gens qui n’auraient jamais payé un billet de concert. Et c’est fou comme les gens sont moins respectueux quand ils n’ont pas payé. La configuration en lieu public n’aide pas beaucoup à améliorer ce triste état de fait. Et je ne parle même pas des risques et périls, puisque la Fête de la Musique, c’est un peu la Fête des Pickpockets aussi.

 


Les gens bourrés dans la rue et dans le métro, c’est relou 
Cher inconnu bourré à 21h30, ce n’est pas parce que c’est la Fête de la Musique et que tu en es à ta cinquième bière ou à ta deuxième bouteille de rosé bu au goulot que j’ai envie de fraterniser avec toi, ni de venir dans la petite ruelle d’à côté écouter tes potes que je ne connais pas et qui jouent du super jazz manouche. Non, je n’ai pas de feuilles.

De toute façon il fait un temps dégueu 

 

Bienvenue à Paris, la ville où l’été dure cinq jours, répartis équitablement entre juin, juillet et août. Il a fait beau deux jours en juin, ne soyons pas gourmands, tu iras voir le concert de Nolwenn sous la flotte.

Les grands rassemblements artificiels citoyens pour profiter du « vivre ensemble », c’est de la blague 

 

Franchement, toi, tu participes à la Fête des Voisins ? Ça avait lieu un peu plus tôt dans le mois, et je parie que, comme moi, tu t’es planqué dans ton appart’ en baissant le son de la télé si jamais un voisin venait sonner à ta porte vers 20h30 dans l’espoir que tu te joignes à la fête dans la cour de l’immeuble, entre le local poubelles et la loge de la gardienne, avec un saladier de taboulé. Pareil, lorsque la gentille dame proche de la retraite qui tenait le bureau de vote du deuxième tour des législatives t’a demandé, à toi le jeune qui a l’air tellement sympathique-dynamique-et-éduqué, si tu serais pas disponible le soir même pour te fader le dépouillement avec elle et Jean-René qui s’occupait de te faire signer la liste d’émargement : tu lui as dit oui ? Bah non mon cochon, tu as prétexté un dîner en famille ou une partie de crapette pour te défiler. La grande communion citoyenne autour d’une manifestation festive, c’est mignon, mais c’est pareil : je connais peu de gens qui y voient la source de mobilisation qui les fait décoller leurs fesses plates de leur canapé Ikea d’occaz’ qu’ils gardent depuis la première année de fac même si maintenant ils approchent la trentaine. La vérité, c’est que le Fête de la Musique, en bon dindon individualiste que tu es, tu la fais surtout pour aller picoler dehors avec tes potes, avec l’espoir de pécho de la chagasse éméchée pendant que tu feras une pause pique-nique / bière sur la pelouse d’un square.
Ce que, finalement, tu pourrais faire le reste de l’année. Ou chez toi, avec des amis sélectionnés avec soin hors de la plèbe.