Archives par mot-clé : Contes

Into The Woods

 

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On le sait, Disney veut se moderniser, dépoussiérer son image de faiseur de films féériques conservateurs, avec ses princes impeccables et héroïques et ses princesses cruchasses et réac’, qui ont pourtant fait sa gloire depuis 70 ans. C’est que la maman d’aujourd’hui, née dans les années 80, n’a pas très envie que sa petite fille s’identifie à Blanche-Neige ou à Cendrillon telles que Disney les a conçues en 1937 ou 1950. Nous voila donc, depuis quelques années, avec des princesses qui réfléchissent, hésitent, n’ont pas peur du célibat, voire sont encore plus courageuses que les garçons : Mulan, Merida, Maleficent, Giselle, Tiana… Parfois elles trouvent l’amour, parfois non, mais elles ne se laissent plus « sauver » et définir uniquement par leurs aspirations conjugales. C’est donc dans ce contexte que Disney a fait appel à Rob Marshall, adaptateur de romans et de livrets de comédies musicales pas forcément très digestes (Chicago, Mémoires d’une Geisha, Nine…) pour adapter la comédie musicale-culte de Stephen Sondheim et James Lapine.

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Hansel et Gretel se prennent un peu pour Buffy Summers

hansel gretel witch hunters jeremy renner

(mais sans les vampires). C’est que, désormais, et après avoir fait le tour des adaptations premier degré des contes européens, notamment par le biais du film d’animation, l’industrie hollywoodienne tente de transcender le genre, histoire d’utiliser cette matière si familière en direction d’un public adulte. Voilà comment on se retrouve avec des adaptations typées film d’action (Blanche-Neige et le chasseur) ou film d’horreur (Le Chaperon Rouge), soulignant au passage la violence de ces histoires racontées au chtites n’enfants pour leur faire prendre conscience de la vie, de la mort, de l’adversité et des quêtes existentielles. Evidemment, cela suppose la nécessité d’extrapoler un peu par rapport au conte de base. Car que sont les contes, si ce n’est la version romancée et rendue fantastique par les déformations narratives et les folklores locaux d’histoires arrivées pour de vrai. Tueurs en série, souverains jugés illégitimes, sauvetages spectaculaires, mariages tragiques, conflits familiaux… les ingrédients des contes n’ont rien à envier aux faits divers. Pas difficile d’imaginer comment ils sont nés dans l’esprit de leurs auteurs : soit par déformation d’une histoire qui a fini par leur parvenir après des dizaines de versions, soit en laissant une imagination débordante enchanter un fait divers sordide trouvé dans un journal local…

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Once Upon A Time, la nouvelle (et sage) tête de gondole d’ABC

Mes tranches de gouda au cumin, c’est bizarre de se dire que dans à peine trois épisodes, Desperate Housewives, ce sera terminé pour de bon. Huit saisons, presque huit ans, donc, de suivi plus ou moins scrupuleux des aventures des quatre bourgeoises un peu enquêtrices sur les bords de Fairview, qui seront passées par à peu près tous les états affectifs, maritaux, professionnels et financiers avant que le rideau ne tombe définitivement sur Wisteria Lane (oh mon dieu, j’espère que ce sera bien définitif et qu’ils ne vont pas oser Desperate Housewives le film…). Le temps qu’il aura fallu pour se lasser, mais aussi pour marquer durablement (avec Lost, lancée la même année) la grille des séries de primetime d’ABC. Evidemment, le network bénéficie encore de quelques hits (Modern Family, Revenge, Grey’s Anatomy) pour meubler son planning de diffusion et inonder les chaînes du monde entier. Mais qui va bien pouvoir reprendre le flambeau du dimanche soir sur la chaîne ?

Un premier pas semble avoir été franchi dès la rentrée 2011 avec une nouveauté, diffusée juste avant le créneau horaire des Desperate Housewives et qui réalise de bien meilleures audiences que la série presque morte de Marc Cherry : la charmante quoiqu’un peu sage Once Upon a Time. Le pitch : dans une petite ville du Maine, Storybrooke, vivent les personnages des contes de fée de notre enfance. Seulement, ils sont amnésiques et vivent comme de simples citoyens américains : aucun d’eux ne se souvient de sa véritable identité, aucun d’eux n’a conservé ses propriétés magiques. Ils sont, sans s’en rendre compte, prisonniers d’une malédiction, lancée par la vilaine reine Regina, belle-mère de Blanche-Neige, qui voulait se venger d’avoir perdu, à la fin de son conte, comme une grosse looseuse, en envoyant tout le royaume « somewhere horrible » (dans le Maine, quoi) : ils sont prisonniers de la ville (en gros, ils n’ont aucun désir de quitter Storybrooke, et si l’un d’entre eux essaie, il meurt tragiquement genre dans un accident de voiture), et apparemment prisonniers du temps, qui ne s’écoule pas normalement. La vilaine reine s’est évidemment offert le poste de maire de la ville, tandis que les autres errent péniblement dans des vies étriquées, forcément séparés de l’amour qu’ils avaient trouvé dans le monde des contes de fées.

 

Mais juste avant d’être frappés par la malédiction, Blanche-Neige (la délicieuse Ginnifer Goodwin, que j’ai toujours trouvée charmante et fascinante avec son physique atypique de jeune première joufflue) et son prince charmant (qui s’appelle apparemment James, et pas Charming) réussissent à soustraire leur fille, Emma, au sort : elle se retrouve hors de la ville et, prise en charge par l’assistance sociale, n’en sera pas prisonnière. Comme dans tout bon conte de fée, son destin sera de revenir vers les siens pour son seizième vingt-huitième anniversaire, et de sauver tout le monde de la malédiction.
Sauf que pendant ses vingt-huit premières années dans notre monde cruel, Emma fait des conneries, accouche sous X et confie son bébé à la DDASS. Une bien belle occasion pour la vilaine reine, Regina, de narguer un peu plus le happy ending de Blanche-Neige, en adoptant le petit-fils de celle-ci. Sauf que le gamin, Henry, prend conscience (grâce à un livre de contes de fées résumant toute l’histoire jusqu’à la malédiction) (un livre dont on se demande bien d’où il sort, d’ailleurs) du fait que les habitants de Storybrooke sont maudits, et décide de faire venir dans la ville celle qui doit les sauver : sa mère biologique Emma (Jennifer Morrison, vue en Dr Allison Cameron dans House et en Zoey Pierson dans How I Met Your Mother saison 6). Au début un peu réticente à redébarquer comme dans la vie de son fils, Emma finit par rester dans Storybrooke (puisque tel est son destin), notamment pour faire chier Régina, la grosse conne qui a adopté le gamin, et dont elle ignore le vrai statut…
Evidemment, comme le temps s’est arrêté dans la ville, personne n’a vieilli, sauf Henry, qui a bien dix ans (probablement parce qu’il est né hors de la ville) : Emma côtoie donc, sans le savoir, sa mère Blanche-Neige, qui s’appelle Mary-Margaret et qui a le même âge qu’elle. Mais son arrivée dans la ville déclenche de nombreux évènements qui, on l’espère, finiront par permettre de lever la malédiction.
Bref, le pitch mêle conte de fée, drame et science fiction, et sur le papier c’est assez enthousiasmant. Dommage, toutefois, qu’il n’y ait pas un chouïa plus de comédie, pour profiter de l’occasion pour prendre du recul sur les contes et les motivations des personnages. La reine Regina, notamment (Lana Parrilla, charismatique), a beaucoup de potentiel pour dire des grosses bitcheries avec cruauté et sourire ultra bright, mais elle le fait finalement très peu. Elle est méchante au premier degré, quoi. L’héroïne Emma est assez sarcastique et blasée (en gros, elle ne croit pas du tout Henry quand il lui dit qu’elle est la fille de Blanche-Neige et qu’elle est là pour lever une malédiction) (tu m’étonnes), mais pareil, sa personnalité caustique est sous-exploitée.
En fait, le problème de la série, c’est qu’elle est bonne (chaque épisode se laisse bien regarder, l’intrigue avance à un rythme raisonnable, les scénaristes ont l’air de savoir ce qu’ils font – même si on ne peut jurer de rien avec des scénaristes de Lost), mais pas hyper addictive non plus. Depuis le mois d’octobre, elle ne s’est jamais retrouvée en top priorité sur ma série-liste, souvent devancée par des épisodes en retard de Glee ou de nouveaux complots sournois d’Emily Thorne : je finis toujours par regarder Once Upon a Time et par me mettre à jour, mais je n’arrive pas à devenir addict.
Un problème de rythme, peut-être ? Ou bien une série trop conceptuelle ? En tout cas, les allusions à Lost y pullulent : acteurs et guests (Emilie de Ravin, Alan Dale, Lana Parrilla), existence de réalités parallèles, personnages à destin, flashbacks sur les évènements féeriques ou traumatisants qui expliquent la psychologie des personnages, objets emblématiques apparaissant subrepticement à l’écran… On va dans le mur ou on fait juste des œillades à l’ex-série culte de la chaîne ? Par contre il y a un aspect vraiment agréable, même si beaucoup de fans de la série semblent préférer la réalité de Storybrooke à celle, un peu en carton pâte, des contes : la relecture de ces contes de fée et des motivations des personnages. Imaginer que le prince charmant devait épouser la fille du roi Midas mais qu’il a préféré cette souillon paysanne de Blanche-Neige change un peu de la vision Disney. Et il y en a beaucoup d’autres : pourquoi la reine déteste Blanche-Neige et veut sa mort (nan, pas juste parce qu’elle est belle) (c’est vraiment trop con comme raison), comment Grincheux a-t-il acquis ce surnom, comment le Chapelier toqué est devenu fou, etc. Bref, on rigole bien de voir les « vérités » de contes de fées remaniées, et on passe plutôt de bons moments devant Once Upon a Time. Il faudrait simplement que cela devienne un peu plus funky, et aussi qu’on sache un peu où l’on va (l’objectif de la série, le mystère à résoudre… Rendre la mémoire aux habitants de Storybrooke ? Faire rentrer tout le monde dans le monde des contes de fée ? Traverser les mondes parallèles comme dans Sliders ? Tuer la reine ?). C’est que Damon Lindelof et ses potes ne peuvent pas se permettre de mettre de nouveaux fans sur le carreau avec une nouvelle série qui se termine dans la polémique. Le fin mot de l’histoire fera que la série sera soit culte, soit scandaleusement gâchée. Ce qui, niveau suspense, est presque aussi important que l’intrigue elle-même. A suivre donc avec la saison 2, qui se confirmera bientôt.