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La tête haute

 

 

 

Vraie claque de ciné du mois, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot lui a valu tellement de louanges lors de sa présentation en ouverture du Festival de Cannes que son prix d’interprétation féminine, pour le nettement moins consensuel Mon Roi, ressemble un peu à un lot de consolation, décerné aussi pour son film coup de poing, qui n’a pas eu les honneurs de la compétition officielle. Le pitch de La tête haute :

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

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Besoin de rien, envie de tout

 

Lorsque la banquière t’appelle pour te taper sur les doigts, c’est le rappel que tu es non seulement tombé dans l’âge adulte, mais que de surcroît tu n’as toujours pas su t’y adapter. L’un des malheurs des gamins privilégiés issus d’une tranquille bourgeoisie provinciale, aux parents ne leur ayant refusé aucun des petits luxes qui font les existences peinardes (les consoles, le permis, les études, la première voiture), c’est évidemment que cela ne soit pas éternel. Un jour il faut grandir, faire une carrière pendant une quarantaine d’années, et se payer soi-même les jolies choses. Or tout, entre tes 18 et tes 30 ans, te renvoie au consumérisme, et à la féroce compétition, devenue pratiquement inconsciente, pour te montrer à la hauteur du grand concours de bites urbanisées que devient ta vie : tes fringues, tes tatouages, ta vie amoureuse, ton Klout, tes followers, ton salaire, ton bonheur. J’ai l’impression de ne plus réussir à adresser la parole à qui que ce soit sans que l’on se mette à comparer nos trophées et nos blessures de guerre ; à scruter chacun ce qui, chez l’autre, nous rassurera sur nous-mêmes. Peut-être cinq ans à Paris m’ont-ils rendu aigri. Probablement l’ai-je toujours un peu été. Mais on ne peut plus tourner la tête vers rien, à Paris, sans faire face à une sommation de compétitivité. Untel veut que tu travailles plus vite que la musique. Untel veut savoir, l’air de rien, quel est ton salaire. Untel t’assène innocemment le chiffre correspondant à ce qu’il/elle estime être un nombre de rapports sexuels hebdomadaires « normal ». Untel souhaiterait sincèrement que ton job soit aussi génial que le sien. Untel compare la longévité de sa relation à la tienne. Untel glisse ça et là des informations in-dis-pen-sables sur l’appartement qu’il/elle vient d’acheter. Tout le monde te montre sa bite consumériste. Malheur à toi si tu joues à ça et qu’une fois les points comptabilisés, tu existes moins qu’eux.

 

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