Archives par mot-clé : Hommes nus

Xenia : crise, fratrie et fraternité

 

xenia poster

 

 

Pános H. Koútras était jusqu’à présent surtout connu, dans nos contrées, en tant que réalisateur d’un nanar décalé culte inspiré par les films catastrophe de série B américaine, qui portait le très parlant titre L’attaque de la moussaka géante, et que personnellement je n’ai jamais vu. Xenia n’est pas dans la même veine, si ce n’est qu’il est porteur de la veine queer qui habitait ses précédents essais. Il s’agit de son quatrième film et, sans en faire un sujet central de l’intrigue, l’homosexualité y apparaît tranquillement, en tant qu’enjeu dramatique en partie, mais de manière tout de même anecdotique au regard de l’histoire racontée dans son ensemble. Un peu à la manière d’un François Ozon, le sujet est là, mais il n’est pas nécessairement au centre.

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Free Fall

free fall forêt

 

Youhou, c’est le désert ici ? Oui c’est le désert. Je suis débordé. J’ai pourtant tant d’idées de posts, mais elles se périment avant que je ne trouve le temps de les mettre sur clavier. Pour preuve, le magnifique post qui suit, sur un film sorti il y a bien un mois… Nouvelle tentative « grand public » dans le cinéma estampillé gay, Free Fall a les défauts habituels de ses semblables (diffusion hyper limitée, production fauchée, mise en scène bof) mais ne manque pas pour autant d’un certain nombre de qualités. Au premier rang desquelles les acteurs, car même si on le dit souvent des « petits » films pas terribles qu’on oublie assez rapidement après les avoir visionnés, les acteurs peuvent, par leur présence, leur charisme et/ou leur talent, te sauver la mise et te permettre au moins de passer un bon moment.

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Masculin / Masculin au Musée d’Orsay

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Toujours pas de résolution pour 2014, si ce n’est le vœu de faire un peu plus d’efforts pour rendre la vie moins médiocre, mais sans domaine d’applications ni objectifs chiffrés précis, on sait bien ce que ça donne quand on se donne une année entière pour gravir une montagne. La visite à Paris de mon amie Aurélie, qui était venue en France pour les fêtes, m’a donc donné prétexte à faire l’un de ces trucs que l’on considère comme un atout de Paris, et dont je ne profite presque jamais : une expo. En l’occurrence Masculin / Masculin au Musée d’Orsay, parce qu’avec trois gays dans le groupe de visiteurs ainsi improvisé, les propositions prennent très vite un tour « orienté ». Ou alors, c’était juste l’occasion, je ne sais pas.

 

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Magic Mike, Soderbergh et les hommes en string

Alors que je tanne l’Homme depuis des semaines pour aller voir Laurence Anyways, L’âge de glace 4, The Dark Knight Rises ou Friends with kids, c’est dès le jour de sa sortie en salle qu’il a souhaité aller voir Magic Mike, un film avec des mecs bonnasses qui se déshabillent en dansant comme dans Sexy Dance. On notera qu’il a son propre sens des priorités. Mais bon, comme c’est un film de Steven Soderbergh et que j’étais curieux de voir si c’était bien la daube que cela semblait être, j’y suis allé quand même. En dépit de ma détestation visuelle d’Alex Pettyfer, qui me rappelle vaguement Nicolas Duvauchelle en beaucoup beaucoup plus arrogant et que j’ai envie de gifler dès que je vois sa tête (je ne saurais expliquer pourquoi).

Et donc ? Bon bah c’est forcément un assez mauvais film, ne serait-ce que parce que c’est un film appartenant à un « genre » rebattu, en l’occurrence un récit initiatique comme le cinéma dramatique en offre parfois, généralement avec peu de bonheur vu que l’histoire est presque toujours la même : ce sont les Coyote Girls, Showgirls, Burlesque… Ou cette fable un peu attendue du jeune premier / de la jeune première qui va débarquer de sa campagne bouseuse pleine de fraîcheur et d’innocence pour réussir sa laïfe dans le showbizz (puisque, c’est bien connu, être une star est le seul rêve qu’on puisse avoir dans l’existence) en tentant l’audacieux passage par la case « spectacle un peu sulfureux fleurant bon le cul, l’argent facile et les paillettes », et qui trouvera bien évidemment le bonheur et l’équilibre à la fin, non sans être passé(e) par une phase un peu plus « borderline » (guillemets sarcastiques pour dire drogue, perte du contact avec la vie réelle, dispute avec la meilleure copine, voire viol ou crime quelconque)…
Magic Mike part un peu de ce pitch là, en s’intéressant à l’entrée du jeune Adam (Alex Pettyfer, à baffer comme d’habitude) dans le milieu du strip-tease masculin, dans lequel il tombe évidemment « par hasard ». Et les clichés habituels y passent : malaise du gamin au début, hésitation devant ses premiers costumes de teupu, (légère) difficulté à assumer vis-à-vis de la famille, prise en main de ce nouveau boulot, succès, argent facile, bonheur factice, requins et ripoux du milieu, drogue et alcool, rivalités… Bref, rien d’original dans le scénario, au global.
Mais on est chez Soderbergh, et Steven Soderbergh est fondamentalement incapable de réaliser un film complètement mauvais. Comme le disait C’est la gêne il y a trois ans (la vache, trois ans !) : « Parce qu’il a une caméra logée dans l’oeil. Parce que, qu’il s’attaque à un film de studio ou un projet expérimental, il le fait avec la même rigueur, la même intégrité et la même passion. Parce que quel que soit le genre qu’il aborde (et il en aborde beaucoup) son cinéma ne ressemble à aucun autre. »
Et c’est toujours vrai ici : qu’on repense à Traffic, à Hors d’atteinte (Out of sight), à Ocean’s Eleven, à Erin Brokovich, à Full Frontal, à Contagion, à The Informant ou au tout récent Piégée (Haywire), il y a bien une signature visuelle des films de Steven Soderbergh. Ce grain d’image. Ces lumières. Cette manière, même, de filmer la lumière du jour. Ces conversations quotidiennes des personnages autour de la table de la cuisine, d’un verre en terrasse, d’un lit. Ces idées de plans pour filmer une scène, auxquelles un autre réalisateur n’aurait pas pensées.
Mais au-delà de ça, il y a dans Magic Mike un parti-pris narratif, différent des autres poncifs du genre : l’entrée dans le milieu d’un jeune premier qui va kiffer et se brûler les ailes à la lumière de sa connerie n’est ici qu’un prétexte pour entrer dans le film. Car le vrai sujet, comme l’indique le titre, n’est pas Adam, mais bien Mike, le strip-teaser trentenaire, sur le déclin, qui se trouve officieusement en fin de carrière mais qui attend quand même le bon moment pour raccrocher les gants le string. Ce qui est quand même plus intéressant que l’habituel numéro d’initiation d’une jeune première naïve qui découvre que le showbizz est un milieu de requins…
On découvre donc un peu le « milieu » du strip-tease et les occupants de la boîte « miteuse » de Tampa où officient Mike et ses collègues à travers les yeux d’Adam. On a évidemment droit aux quelques numéros et coups de reins des bellâtres, pour lesquels (ne nous leurrons pas) l’essentiel du public a payé son billet. Mais il y a un peu plus. Sur fond d’intrigue superficielle, Steven Soderbergh donne à voir les questionnements et névroses de ses personnages, notamment Matthew McConaughey (42 ans et des pectoraux d’acier… la coke, ça marche) en Madame Claude du micheton en string, un peu perché et pervers (on en parle déjà pour l’oscar du meilleur second rôle l’année prochaine), et bien sûr Channing Tatum, qui ne livre pas une prestation particulièrement époustouflante (on est loin d’un rôle de composition…) mais sait traduire l’état d’esprit paumé de son personnage, ses tics, ses complexes, ses difficultés à exprimer ce qu’il veut, sa vie affective qu’il croit maîtriser, son découragement progressif… Zappons le cas de la malheureuse Cody Horn, intronisée « nouvelle Tori Spelling » pour son rôle où elle rit bizarrement.
Si je m’attendais à trouver le film assez nul, je dois donc dire qu’il mérite quand même d’être vu, parce que Soderbergh, comme à son habitude, et malgré les contraintes d’un film de genre, a respecté son sujet, son matériau, et a su diriger ses acteurs dans une partition finalement assez qualitative. Je regrette quand même que le film donne une image un peu trop légère du strip-tease, que je me permets d’imaginer (masculin ou féminin d’ailleurs) un peu moins glamour, sensuel et léger dans les établissements un peu miteux, que ce soit sur scène ou en coulisse, que ce qu’on voit dans le film. Magic Mike a quand même un petit goût de rêve et de gloire à Las Vegas, ce qui correspond probablement assez peu aux propositions de jobs d’effeuillage qu’on trouve sur Craigslist…
Mais bon, on voit les fesses de Channing Tatum au bout de genre trente secondes de film, donc on lui pardonne.