J’ai horreur d’être malade. Je suis le cliché du mec qui devient incapable de quoi que ce soit une fois qu’il est malade, même avec un simple rhume. Le nez pris, la gorge qui gratte, le besoin de se moucher toutes les trois minutes, la déshydratation, le mal de crâne… tout devient insurmontable, je ne vois et ne ressens plus que ça. J’ai eu du bol en Californie, j’ai été très peu malade. Mais le week-end dernier, elle est revenue se rappeler à mon bon souvenir comme une vieille amie à qui on n’a pas téléphoné depuis des années : la bronchite. Il n’y a que moi pour choper la crève pendant une canicule. Mais là ce n’est pas une simple rhinite allergique à cause de je ne sais quel pollen ou herbe desséchée par l’été infernal qu’on vient de se taper : la difficulté à déglutir, les amygdales gonflées, la toux grasse, c’est sûr c’est une saleté qui traînait et que j’ai chopée Dieu sait comment. Comme pour la recherche de job, le parcours médical pour quelqu’un qui revient de l’étranger est jalonné de petits blocages et de questions désagréables vous suspectant d’office de ne pas mériter de soutien et de chercher à gratter alors que vous n’avez droit à rien. Ma carte vitale a bien évidemment été désactivée pendant mes deux ans à l’étranger sans utilisation, je n’ai plus de médecin traitant, comme je n’ai pas de job je n’ai pas de mutuelle, etc. Donc le docteur puis la pharmacienne ont eu l’air soûlés de devoir cocher la case inhabituelle sur leur écran, et on m’a bien rappelé à chaque étape aue j’allais payer davantage et qu’il allait falloir régulariser tout ça bientôt. Comme à France Travail, quoi. On te suggère poliment de renoncer à t’inscrire vu que tu n’as droit à rien et on te somme de te justifier avec un courrier si tu dois décaler un rendez-vous à cause d’un entretien, car « pensez à nous comme si on était votre employeur », il faut vraiment rendre des comptes et s’excuser d’être dans ta situation, y compris auprès de gens qui ne font rien pour toi, qui ne te versent pas une thune ou qui te font payer plus cher que si tu avais un job. Tu m’étonnes que les gens soient découragés et dégoutés des politiques pour lesquelles on leur demande de voter une fois tous les cinq ans avant de leur prier de la fermer jusqu’à la prochaine élection. La précarité c’est vraiment un stigmate social dont les premiers signes d’humiliation te tombent dessus très vite, dans ce pays. Quand je pense qu’on cherche à imiter les Etats-Unis…