un été pornographique

Dans trois jours ce sera déjà l’automne. On a beau être au chômage et s’ennuyer comme un rat mort, l’été passe vite. 2026 n’aura pas été une exception. C’était triste, et mon coeur saigne encore quand je pense à la baie. Mais c’est comme si ça n’avait duré que depuis trois semaines. S’il y a une dimension de ma vie que j’étais décidé à ne pas abandonner cet été, c’était le sexe. Ça ne résout rien, et parfois on se sent encore plus mal après. Mais au moins c’est un processus plus rapide qu’une recherche d’emploi, même pour un résultat inexistant. Ça donne l’impression qu’il se passe quelque chose, quoi. En n’ayant soudain plus accès quotidiennement à un espace personnel privé ni à une grande ville avec des bars gays, il était pourtant évident que j’allais devoir mettre le cul de côté en passant de San Francisco au village de mes parents. Et c’est justement ce « challenge » qui m’a motivé. J’ai perdu beaucoup de choses, mais la maîtrise de ma vie sexuelle, je l’ai payée suffisamment cher pour ne pas vouloir la mettre à la poubelle au premier coup de frein. Grindr et Scruff sont aussi déprimants qu’on peut l’imaginer au fin fond de la Seine-et-Marne. Premiers gars à une quinzaine de kilomètres, des photos “discrètes” (floues, vieilles, avec chapeau et lunettes de soleil, etc.) ou inexistantes, et peu d’opportunités de s’éclipser de chez mes parents pendant une heure ou deux sans que personne ne le remarque (il faut donc trouver un prétexte pour sortir, et si possible pas un truc lié à “prendre du bon temps”). Alors j’ai profité de la plupart de mes escapades à Paris et ailleurs pour “rentabiliser” au mieux. Saunas, sex-clubs, applications. J’ai été d’une efficacité confondante, même si je n’ai pas couru après chaque opportunité. Je suis redevenu un “nouveau” dans les grilles Grindr des différents arrondissements parisiens où je suis passé, et j’ai donc facilement noué de nouveaux contacts, dont je ne sais pas s’ils seront pérennes ou pas, mais peu importe. Le plus marquant, peut-être, a eu lieu à Copenhague, avec un garçon qui lui non plus ne vivait pas là et que donc je ne reverrai vraisemblablement jamais. C’était juste un mélange d’ingrédients qui ne se décident pas. Je suis entré dans le vestiaire alors qu’il venait y faire un tour pour vérifier un truc sur son téléphone avec sa serviette autour de la taille. Il me fait un bref signe de tête en me voyant entrer, mais rien qui ne puisse être attribué à la simple politesse. Je note juste qu’il est exactement “mon” type, mais je ne dis rien. Je commence à me déshabiller et à entreposer mes affaires dans mon vestiaire, je jette un coup d’œil rapide dans sa direction et m’aperçois qu’il me regarde aussi. Bon, peut-être un hasard. Mais je dois au moins le rendre un peu curieux. Je continue à me préparer, et alors qu’il s’apprête à repartir du vestiaire, il passe devant moi et me pince un téton. A ce moment-là, alors que je n’ai toujours pas échangé un mot avec lui, je le saisis par la taille, je l’attire contre moi et je lui roule la pelle du siècle. Je n’ai même pas eu besoin de visiter le sauna, j’étais dans une cabine moins d’une minute plus tard. Probablement l’un des meilleurs orgasmes de mon été. Il n’y a pas mieux que ces moments spontanés où tout s’aligne et tout fonctionne, tu te sens désirable, tu désires l’autre, tu adores ce qu’il fait et il adore ce que tu fais, alors que vous n’avez pas échangé deux mots. C’est simplement parfait. Evidemment, avec le temps et les expériences désastreuses, j’ai appris à ne pas voir dans cet alignement des planètes du cul plus que ce que c’est : un alignement temporaire, de l’instant, qui fait que c’est très agréable pour tout le monde, et qui n’a pas plus de sens caché que ça. Ne pas voir de la profondeur là où il n’y a que de l’intensité. Mais dans un contexte général de déprime, où ma désirabilité sur le marché du travail m’a plongé dans des moments de doute et de solitude vertigineux, au moins la désirabilité momentanée de mon corps et de ma personne, toute superficielle et aléatoire qu’elle soit, m’a-t-elle donné l’impression qu’il y a encore des choses dans ma vie, que j’en aie le contrôle ou non, qui me font me sentir vivant et présent. 

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