C’est une sensation étrange, après presque quatre mois, que de faire face à sa dernière nuit chez les parents. C’est un immense privilège que d’avoir pu séjourner là le temps de rebondir après mon retour particulièrement humiliant et douloureux. Malheureusement, se retrouver sans job chez ses parents à 41 ans faisait partie de l’humiliation. Mais c’est aussi ce qui m’a évité d’être à la rue et de devoir me mettre en mode survie et job purement alimentaire pendant ma recherche d’emploi. Et je sais que tout le monde n’a pas cette option. Alors je suis reconnaissant de ce confort et de cette marge qui m’ont été offerts, après de nombreuses erreurs et mauvaises décisions, le temps de rebondir. Demain, un nouveau chapitre professionnel et personnel commence. Il me fait peur. Il m’intrigue. Il me rappelle douloureusement les chemins manqués. Il me donne de l’espoir. C’est une sensation douce-amère, de regarder quelque chose d’un peu raté se terminer, de devoir ranger son deuil dans sa poche et de reprendre son chemin sur une voie qu’on n’avait pas vraiment choisie. Mais même si je ne crois pas au destin, je crois au timing. Je crois qu’on rencontre les gens quand on est prêts à les rencontrer, et que si on les avait croisés deux ans plus tôt ou deux ans plus tard, on aurait eu une relation totalement différente avec eux, ou peut-être même qu’on ne les aurait même pas regardés. Et c’est un peu pareil pour les nouvelles situations qui s’imposent à vous. Je suis de retour sur Paris, pas comme je l’avais imaginé ni dans la configuration que j’aurais trouvée logique. Mais si j’y suis, c’est que je dois avoir quelque chose à y faire, quelqu’un à y rencontrer, un virage à y prendre. Je vais suivre le courant et lui faire confiance. Je ne pouvais pas éternellement rester chez mes parents, ni éternellement fuir mon passé parisien et les dégâts que j’y ai causés. Alors si je redécouvre l’endroit sous un angle et dans une configuration géographique, personnelle et professionnelle inédite, c’est peut-être parce qu’il était temps, et que c’est le bon timing pour moi d’être là. Les prochains mois me le diront. Et même si San Francisco me manquera toujours, une nouvelle partie de moi commence à accepter que si je n’y suis plus, c’est que là n’était pas ma place. Je suis probablement là où je dois être.
