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50 couvertures d’albums qui traverseront le temps

 

 

Un peu comme avec les livres, une grande partie de la phase de séduction (et donc de décision) avant d’acheter (ou de cliquer sur le lien streaming, hein) un album, outre le fait de déjà connaître l’artiste ou d’en avoir entendu parler par la presse, par le web ou par une connaissance, va se jouer dans les quelques secondes dont dispose la couverture pour te marquer la rétine. Une habitude héritée du disque (vinyle ou CD), qui pourrait sembler obsolète aujourd’hui mais qui demeure un élément central du mix marketing de la musique en 2016. Un petit carré qui vient illustré la « fiche » ou la page de stream d’un album quel qu’il soit. On peut imaginer que dans quelques années on se sera affranchis de ce format carré, voire de la nécessité d’accoler une seule image à un œuvre donnée pour lui servir de « visage », mais en attendant la couverture, ça reste une part non négligeable de l’identité d’un album, qui peut t’en détourner ou te faire décréter que ça a l’air naze, ou pas pour toi, avant même d’avoir essayé. Pourtant, quelques-unes retiennent fortement l’attention au premier regard et, que ce soit parce que l’album en question a eu beaucoup de succès par la suite ou juste parce que le visuel est puissant, sont entrées dans l’histoire de la pop culture, de manière au moins aussi marquante que le matériau musical qu’elle promeuvent… A ce titre, même dans plusieurs décennies (et certains en ont déjà quelques-unes sous le capot), il y a fort à parier qu’elles continueront de fasciner et de pousser les novices à tendre la main (ou le clic) vers elles. Iconiques, graphiques, atypiques ou juste trop belles ou trop fortes pour qu’on ne s’y attarde pas, elles ramènent la musique à sa pleine dimension d’objet, et si possible de bel objet, pour que l’expérience esthétique soit complète. Et bien souvent sans que l’artiste (photographe, dessinateur) ne bénéficie de la même visibilité que les musiciens, alors que son impact sur le destin de l’album peut se révéler aussi fort que le contenu musical lui-même. Une petite cinquantaine de couvertures qui titilleront probablement la curiosité des internautes des futures générations dans vingt, trente ou cent ans, indépendamment de la qualité des contenus qu’elles cachent.

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Vanity Fair Hollywood Issue 2016

vanity fair hollywood issue 2016

 

En pleine polémique #OscarsSoWhite bis, Vanity Fair frappe juste avec son Hollywood Issue 2016, 100% féminin, 100% fierce, et ouvert aux minorités. Viola Davis est méconnaissable, Jane Fonda a réussi à s’incruster dans le premier tiers (qui, en-dehors de J-Law, semble avoir pris le parti de l’anti-jeunisme), Helen Mirren a l’air de s’ennuyer ferme. Mais c’est quand même, comme chaque année avec Annie Leibovitz, une des plus belles photos « résumant » le sommet de la chaîne alimentaire du showbiz US. On a donc, sous l’objectif de la photographe, 13 actrices qui ont fait 2015 à Hollywood, et qui vont faire 2016. Parmi elles, les cinq nommées de l’année à l’oscar de la meilleure actrice : Jennifer Lawrence, Cate Blanchett, Charlotte Rampling, Saoirse Ronan (dont on ne sait toujours pas trop comment prononcer le nom, mais apparemment c’est un peu comme Cersei Lannister) et l’ultra-favorite Brie Larson. Vanity Fair a eu du flair, ce shooting ayant probablement été réalisé avant les nominations. La thématique de l’année, le total look black, est élégante mais un peu austère, du coup.

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Les tatoués du métro

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La démocratisation des tatouages est peut-être l’un des faits culturels occidentaux les plus significatifs de ces trente dernières années. Son appropriation par un public de plus en plus large, qui s’étale désormais du petit ado hipster à la mère de famille divorcée en seconde crise d’adolescence, en passant par le jeune cadre urbain ou la petite frappe de cité, a réellement pris des proportions énormes depuis une grosse dizaine d’années. Et elle n’est évidemment pas un hasard, mais un symptôme du présent. Alors que le tatouage a commencé par avoir mauvaise presse (essentiellement observé chez des populations marginales, voire exclues, prisonniers, gangs), et qu’il reste d’ailleurs mal perçu par beaucoup de gens (chez les non tatoués, il se trouvera toujours quelqu’un pour avoir une réflexion condescendante, trouver ça stupide, vulgaire, dévalorisant, etc.), il est aujourd’hui assez largement accepté, comme un accessoire ou une particularité physique fièrement revendiquée par son porteur. Un accessoire permanent, en somme, qui fait flipper certains parce que son exécution est à la fois dépendante de la mode et du talent de l’artiste qui le fait. Que pensera-t-on de mon tatouage dans dix ans ? Et moi, qu’en penserai-je ? Ai-je confiance en mon artiste ? Ce sont des questions évidentes, que l’écrasante majorité des tatoués se posent : contrairement à ce que nos parents et amis à la peau « pure » peuvent penser, le tatouage est une décision très réfléchie.

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Hot Chicks Of Occupy Wall Street, le malentendu

Mes cuisses de grenouille, après la case Mademoiselle des formulaires administratifs, voici un nouveau cheval de bataille féministe qui agite la blogosphère (pendant que le monde réel, lui, s’en fout) depuis quelques heures. Mais sur le web, les heures sont des jours, alors on va faire comme si un trending topic Twitter pouvait vraiment s’apparenter à une tendance lourde et à un vrai phénomène de société (je te jure, parfois, il faut creuser loin).

Il y a quelques jours, donc, un américain du nom de Steven Greenstreet mettait en ligne un blog, sur Tumblr, sobrement intitulé Hot Chicks of Occupy Wall Street – The Sexy Side of Protesting Corruption et appuyant une vidéo arty propulsée sur le très sérieux Vimeo. En gros, il s’agit de mettre en avant, via de jolies photos, les jolies filles qui participent actuellement aux manifestations Occupy Wall Street. Si tu sais pas ce qu’est Occupy Wall Street, 1/ sors de ta grotte, 2/ rattrape-toi vite fait sur Wikipedia.
Alors évidemment, devant la dimension apparemment totalement hors-sujet de cette initiative face à un mouvement politique né d’un grave crise financière, les réactions consternées ont rapidement commencé à pleuvoir (y compris la mienne). Il est vrai que le titre « Hot Chicks of Occupy Wall Street » est au minimum un peu maladroit. Si tu tapes « hot chicks » sur ton moteur de recherche, tu ne vas pas exactement trouver du Prix Nobel d’économie, fût-il féminin et classieux. Et surtout, hellooooo, le mouvement des indignés mérite son exposition médiatique pour d’autres raisons que pour le fait que certaines manifestantes sont jeunes et jolies. Les féministes se font traiter de rabat-joie parce qu’elles essayent encore une fois de « castrer » le mâle hétérosexuel qui regarde les filles, mais la question n’est pas là : on peut aimer les jolies filles, leur consacrer des sites web, des émissions de télévision ou autres, mais a priori il est possible de faire ça sans parasiter le message d’un mouvement social en cours par une approche du genre « Hey mec, t’en as rien à foutre de la crise financière et d’Occupy Wall Street ? N’empêche, tu devrais quand même y aller, y’a d’la bonnasse ». C’est quoi l’objectif ? Attirer dans les manifestations des post-ados qui se foutent de la cause des Indignés ?
Prise comme ça, à froid et sans entrer dans les détails, l’initiative de Steven Greenberg ressemble surtout à un schéma de pensée de ce genre : « Wow, t’as vu toutes ces jah-jah en débardeur dans les reportages des JT sur Occyupy Wall Street ? Rien à foutre des revendications sociales, c’est pour les bonnasses qu’il faut être à Wall Street en ce moment, mec ! Voila une trop bonne occaz’ de mater de la meuf pas trop mijaurée sur la voix publique. Ouvrons donc un blog potache sur le sujet ».
Mais si on en croit l’auteur (et surtout sa vidéo, qui n’est ni vulgaire, ni moche, ni même grivoise), on comprend vite qu’il n’en est rien. Le gars a avant tout été maladroit dans son choix de titre. S’il avait appelé cela avec un titre moins (volontairement ?) racoleur, genre « Beauty of Protesting » ou « Human Convictions, Human Beauty », ce serait passé comme dans du beurre. Demeure la question de « pourquoi photographier seulement des femmes », qui renvoie à l’idée sous-jacente que seules les femmes peuvent être regardées avec pour seul critère d’appréciation la beauté, mais bon, on n’a pas fini si on doit boycotter tous les sites où la ligne éditoriale inclut des photos de jolies jeunes femmes…
Pour dissiper le malentendu, il convient de lire l’explication que Steven Greenstreet donne de la genèse de son projet :
De nombreuses fantastiques contributions et créations ont été mise en ligne autour du mouvement « Occupy Wall Street ». Je regardais une vidéo sur le sujet et ai dit à un ami « Wow, voir toutes ces belles et intelligentes jeunes femmes aux manifestations me donne envie d’y être ». Il a répondu « Hmmm… Ouais, faisons quelque chose avec ça ». 

Nous sommes aussitôt allés sur Tumblr et avons créé hotchicksofoccupywallstreet.tumblr.com. Notre idée de départ était volontairement puérile : des photos de filles sexy en train de manifester, des vidéos de filles sexy battant des tambours en slow-motion, etc. Mais lorsque nous sommes arrivés à Zuccotti Park à New York City, le projet a évolué vers un peu plus que ça.

Il y avait là une énergie vibrante dans l’air, la chaleur d’une communauté et d’une famille, et les voix que nous avons entendues étaient tellement passionnées et remplies d’espoir. Tous ces jolis visages fabriquaient des panneaux, tenaient des discours, organisaient la foule, distribuaient de la nourriture, chantaient, dansaient, débataient, se prenaient dans les bras et défilaient ensemble. 


Cela m’a donné envie de poser mon sac et de planter ma tente à Wall Street avec eux. Et c’est dans la lumière que nous avons créé cette vidéo. 

Et nous espérons que cela vous donnera envie d’y être, aussi. 

EDIT: Apparemment, d’énormes polémiques on surgi en ligne, émanant de personnes qui affirment avec force que ce projet est (entre autres choses) sexiste, offensant et tend à dangereusement réduire les femmes au rang d’objet. Il n’était pas dans mon intention de donner cette impression, et je pense que l’esprit de la vidéo, et des voix qui s’y expriment, est digne et inspirant.   

Toutefois, si vous êtes en désaccord avec moi, je vous encourage à vous servir de cela comme prétexte pour générer des conversations constructives sur les problèmes que vous souhaitez soulever. Parce que, honnêtement, tout prétexte visant à aborder le sujet des droits des femmes est un bon prétexte. 
(traduit à l’arrache par moi)
Au bout du compte, même si les intentions nobles de Steven Greenstreet ne font guère de doute (et qu’il a publié le feedback d’une des filles de la vidéo, qui dit, grosso modo, préférer être appelée « hot chick » par quelqu’un qui la respecte que « lady » par quelqu’un qui la traite comme de la merde), je continue de soupçonner une provocation un peu opportuniste, et surtout, il a quand même manqué une belle opportunité de rassembler plus de gens autour du « beau visage humain » d’Occupy Wall Street : où sont les « hot dudes« , bordel ??