ethnies

Il y a une question que les gens, notamment les mecs que je rencontre sur les applications, me posent souvent, et ce depuis des années : celle de mes origines ethniques. Pour des raisons qui m’échappent un peu, le fait d’être brun, avec des cheveux très noirs (quoique tirant de plus en plus vers le poivre et sel), pousse beaucoup de gens à m’imaginer méditerranéen. On me demande donc régulièrement, sur les apps ou en photo, si je suis italien, ou espagnol, ou grec, ou serbe, ou tunisien. Et je ne suis rien de tout cela, à ma connaissance. Le sujet revient aussi régulièrement depuis que je suis aux Etats-Unis, mais ce n’est que récemment que j’ai compris que la question n’avait pas tout à fait le même sens ici qu’en France. Ce que cherchent à me faire dire les mecs sur Grindr ou sur Scruff, c’est que je ne suis pas blanc. Or, je suis européen, français, et mon arbre généalogique remonte vers la Seine-et-Marne, la Belgique flamande et la Pologne, donc rien de très “latino”.
Mais ici, un européen, ce n’est pas “un blanc”. Elijah m’expliquait cela l’autre jour : pour les Américains, et particulièrement sur les applications, un blanc, c’est un mec qui s’appelle Chad et dont la famille est établie depuis cinq générations dans le Wisconsin ou dans l’Iowa, et où personne n’a de passeport ou n’a quitté les Etats-Unis de sa vie ni vécu à plus de 50 kilomètres de chez ses propres parents depuis les années 70. Pour le dire pas poliment, un redneck du midwest qui reste entre blancs. Français dans la Bay Area, pour eux, c’est donc un exotisme non seulement culturel mais ethnique, parce qu’apparemment les français sont censés avoir certains traits physiques propres, une forme de visage, de nez, de corps qui leur serait propre. Donc quand un mec de San Francisco ou de Oakland me demande si j’ai des “origines”, il ne s’attend pas à ce que je lui réponde un truc des Balkans. “I’m French” lui suffit amplement à expliquer pourquoi il ne me trouve pas “blanc”. Français est donc une couleur de peau, ici, ce qui me laisse un peu pantois, parce que je ne me suis jamais considéré comme une personne racisée et que cela me semble aussi incongru que malvenu, vu le privilège blanc dont je jouis chaque jour. Déjà que j’ai habituellement du mal à déterminer la nationalité de quelqu’un juste en regardant son visage, mais cette dimension supplémentaire d’ethnie est vraiment une bizarrerie dans mes yeux de français peu habitué aux lunettes multi culturelles et “raciales” que chaussent les américains pour catégoriser tout un chacun.

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