J’ai déjà beaucoup parlé de mon état d’esprit du moment ces dernières semaines. Je n’aborde pas vraiment cet anniversaire comme je l’imaginais. Cela va bien au-delà de l’habituel “je n’aurais jamais imaginé en être là, si on m’avait dit il y a trois ans”, etc. qui m’a fait passer de “maqué depuis dix ans et marié à Lyon” a “qu’est-ce que je fous tout seul en Californie ??”. C’est bon, j’ai bien intégré que ma vie avait déraillé de sa trajectoire toute droite, et que quoi qu’il arrive, désormais, il y aura cette bizarrerie, ce chapitre dans ma vie où tout le monde, moi le premier, se demandera comment j’ai atterri deux ans à San Francisco alors que rien ne m’y prédestinait. Il y aura eu cette “slut era” et cette redécouverte de soi, ces rencontres, ces expériences nouvelles, ces nouveaux amis et cette manière de vivre comme on l’a toujours fait, mais forcément un peu différemment au contact d’un autre environnement et d’une autre culture. Changer de cap, à la rigueur, ce n’est pas si mal que ça, même si j’en suis un peu revenu, du “mais si, c’est intéressant de sortir de sentiers battus et d’aller t’aventurer vers l’inconnu, tu verras, ce sera valorisant dans ton CV”. Pour l’instant, c’est certes une expérience de vie très cool, mais c’est aussi un énorme ratage financier et professionnel, et cela m’angoisse au point que cela prend le pas sur tout le reste. Je n’arrive pas vraiment à en parler a mes proches, je fais bonne figure et je montre une forme d’acceptation résignée et apaisée que je n’ai pas encore, mais intérieurement je suis dans un état de dépression avancée, mélange de défaitisme et de refus d’abdiquer devant l’évidence : il n’y a pas d’avenir pour moi ici, et je ne sais pas où je serai dans cinq mois, ce qui me colle un vertige désarmant mais, plus préoccupant, une sorte de paralysie mentale. Dès que j’ai du temps libre, maintenant, je n’ai plus envie de rien. Je vis probablement mes dernières semaines en Californie et je m’isole, je m’enferme, j’ai honte de n’avoir rien d’autre à raconter que mon job naze et mon départ prochain, la queue entre les jambes, pour la France. Je me sens honteux et humilié par le résultat inexistant de ces trois années de ma vie : tout ça pour ça, en somme.
Reste que l’année de mes quarante ans aura été l’une des plus enrichissantes de ma vie, notamment par contraste avec le cauchemar éveillé qu’avait été la précédente, et que d’un point de vue personnel, cela a été une expérience extrêmement solitaire, mais aussi très forte, de se retrouver seul à 9000 km de chez moi et à tout faire tout seul, sans mon “système de soutien” historique en France, pour reconstruire une vie sociale, une estime de soi, des habitudes saines, une routine de vie nouvelle, et reprendre la maîtrise d’un virage de carrière qui ressemblait surtout à une sortie de route et à un crash. Le problème, c’est que comme ce revirement professionnel ne s’est pas matérialisé, tout le reste devient caduc, et peu à peu l’anxiété s’est mise à m’envahir et à prendre le pas sur tout le reste, ici. J’ai toujours eu des pensées suicidaires depuis l’adolescence (je pense à la mort tous les jours ou presque) mais comme j’ai peur de mourir et que je ne peux décemment pas faire ça à mes parents, en vrai je sais que jamais je ne franchirai le pas. Donc pas la peine de me rediriger vers SOS Détresse en lisant ça, merci, ça va aller. Simplement, en ce moment, la suite de ma vie me semble si peu désirable que je ne sais plus trop comment me projeter dans un an en me disant “ah ouais ça va être cool”. Pour l’instant j’ai surtout l’impression que ça va être naze.
41 piges, donc. Youhou. Et pour l’instant un seul cap en vue : juin 2026. Pour rentrer en France et changer de visa, ou pour rentrer pour de bon et laisser cet étrange chapitre californien derrière moi, mais dès lors, pour aller où ?

Matoo
janvier 11, 2026 at 3:04Mais évidemment que c’est une aventure géniale !!! Et tu garderas ça comme un souvenir incroyable. Après le reste est à écrire, et rien n’est prédestiné, donc vas-y « step by step », et embrasse ton anxiété, tu ne peux rien en faire d’autre de toute façon. 😀 😀 😀
Tu ne seras jamais naze. C’est pas dans ta nature. Et tu sais bien que la pénurie d’actif est mondiale. 😀 😀 😀
Rod
janvier 11, 2026 at 8:53Preach