Je ne suis pas un early adopter. J’ai mis environ deux siècles à me mettre aux earpods. Je trouvais ça un peu grotesque et puis, comme souvent, lorsque je m’y suis mis ça a changé ma vie et je ne suis plus revenu en arrière. J’avais du mal à dire adieu à mon casque, j’imagine. Il me fallait un déclencheur, une pichenette, une motivation pour m’y lancer. Tristement, c’est mon ex qui m’y a mis, en m’offrant une paire d’airpods dont j’ai vite compris qu’ils servaient surtout à m’isoler pendant des Facetime pour que personne autour n’entende la teneur des conversations.
Mais cette faculté d’isolement des airpods, en mode « noise cancellation », a aussi ses vertus, et c’est agréable d’écouter une chanson ou un podcast sans être perturbé par le bruit des voitures et des gens autour de soi. Quoiqu’un peu dangereux. Je me rends sourd au monde qui m’entoure. Encore plus sourd que je ne le suis déjà, je veux dire.
Dans mon job actuel, ils aiment bien micro-manager. Du coup, quand ils me voient partir en pause aux toilettes avec mes airpods sur les oreilles ils me lancent un regard en coin désapprobateur, et une fois une manager m’a fait signe et a attendu que je les enlève pour me dire « tu peux enlever ces trucs, pour nous entendre parler ? ». Avait-elle quelque chose à me dire à cet instant ? Non. Me parle-t-on dans l’open space quand je le traverse désormais sans airpods dans les oreilles ? Non plus. Quand je prends un métro, un taxi ou un Uber, je commande et je paie avec mon téléphone, mais une fois posé dedans, je reste vissé à mes airpods. Les chauffeurs Uber non plus ne me calculent pas une fois qu’ils se sont assurés que je suis bien leur client. Chacun dans sa bulle. Parfois ils ont même un earpod sur une oreille. Je suis le premier à succomber à ce truc, hein. Ça m’arrange bien de me déplacer en faisant abstraction de ce qui se passe autour de moi. Peut-être qu’on se rend tous sourds dans les espaces de circulation parce qu’on ne veut plus rencontrer personne, à part à destination. Peut-être que ça va nous rendre plus cons.