J’ai dû participer à une dizaine d’orgies au cours de ma vie. Ce qui est à la fois beaucoup plus que la plupart des gens que je connais, et en même temps très peu comparé aux mecs qui fréquentent ces soirées (ou parfois ces après-midis) de manière régulière. Je dirais que je fais partie des personnes qui ont essayé mais ne font pas vraiment partie du “milieu”. Un truc dont je me rends compte lorsque j’ai l’opportunité de participer à un de ces soirées (c’est peut-être une ou deux fois par an, je ne cours pas spécialement après), c’est que je suis à la fois curieux, attiré et intéressé par les dynamiques de ce genre de soirée, et en même temps ce n’est pas vraiment mon truc. Je ne suis pas le plus gros queutard de la place. Je m’amuse, mais je ne peux pas, comme certains mecs qui fréquentent les partouzes de manière régulière, être complètement indifférent à qui je baise. Je ne peux pas juste coucher avec un mec parce qu’il est là, dispo et déjà à quatre pattes. Si je le trouve pas terrible, s’il ne m’attire pas, je ne vais pas réussir à y aller. Je reste picky, un peu princesse et un peu pimbêche, en somme. Parfois ça marche, hein. Je vais me prendre au jeu, me mettre dans l’ambiance et je vais réussir à sexer avec quelques mecs. Et puis parfois, pas du tout. Personne. Ou alors un seul mec (la dernière fois, celui avec lequel j’étais venu et avec qui j’aurais couché de toute façon, et mieux, dans un contexte plus intime).
Je reste fondamentalement un grand introverti, et se retrouver dans ce type de situation, surtout quand on s’y rend pour la première fois et au milieu d’habitués qui se connaissent déjà et qui viennent à cette soirée tous les mois ou tous les week-ends, c’est toujours un peu difficile, parce qu’on ne se sent pas forcément légitime, désirable ou “visible”. Je me retrouve alors face à ce paradoxe : être timide en partouze. Ce qui est un peu ridicule en soit puisque ces soirées sont un peu un concentré du contraire de la timidité. Tout le monde est là pour ça, personne ne se juge, tout le monde est nu et ouvert d’esprit, tout le monde sait pourquoi on est là, personne n’est illégitime à être là, il y a souvent une grande diversité d’âge, de morphologies, de types de corps, et donc c’est un peu bizarre d’être intimidé ou de faire la mijaurée. Je n’ai aucune raison de me sentir intimidé par ma présence là, et pourtant il m’est arrivé de me retrouver au milieu de trente, quarante ou soixante mecs en train de baiser sur les canapés, sur les lits et sur les tables, assis dans mon coin à siroter mon gobelet de coca et à discuter avec des mecs qui faisaient une pause entre deux coïts, sans moi-même me lancer. Parfois, je repars de la soirée sans avoir vraiment couché avec qui que ce soit. C’est aussi une question de feeling, d’excitation, d’attirance pour les mecs qui sont là, ce qui, une nouvelle fois, est un peu ridicule et “princesse” dans l’esprit, mais que voulez-vous on ne se refait pas et on ne va pas se forcer non plus. Si personne ne m’attire ni ne “vibe” avec moi, je pense que même là on a encore son consentement et son libre arbitre et qu’on n’est pas obligés de “scorer” juste pour dire qu’on l’a fait. Mais ce n’est pas non plus “bon esprit” au regard de l’étiquette dans ces soirées. Être ce mec distant et difficile d’accès, que je suis aussi dans mes autres interactions sociales, porte toujours cette contradiction; être à la fois intéressé, voire émerveillé, par ces communautés cul si fraternelles et non jugeantes, au sein desquelles je me suis même parfois fait des amis, et en même temps un peu prude et “picky”, sélectif, à ne pas vouloir se taper tout ce qui bouge y compris dans des environnements extrêmement sexués (je n’aime pas non plus les dark rooms, ça ne me plaît pas de ne pas savoir qui me touche; à chaque fois je me dis “si ça se trouve il est moche” et ça me fait débander aussi sec). Comme beaucoup de contradictions, elles peuvent déplaire mais on peut les vivre sereinement et pendant des années. Peut-être dois-je seulement l’accepter, et rester le mec timide de la sex party, plutôt que de laisser tomber.