contrôle technique

J’ai emmené ma voiture au contrôle technique. Ordinairement c’est le genre de truc dont mon père s’occuperait seul. Il prendrait rendez-vous, je lui confierais la voiture, les clés et la carte grise le jour J, il s’y rendrait et je récupérerais la voiture deux heures après, avec ou sans une liste de réparations à faire. Mais là, mon père se remet doucement de son cancer, et il doit se faire opérer de la cataracte en septembre. Hors de question, pour ma mère, qu’il conduise 20 kilomètres. En même temps, c’est lui qui va savoir gérer le truc, donc ce serait mieux qu’il soit là. Voilà comment je me retrouve à conduire mon père au contrôle technique, et à patienter une trentaine de minutes pendant que le véhicule est inspecté. C’est aussi l’occasion de me retrouver seul à seul avec lui pendant que je conduis, ce qui est la première fois qu’on se parle sans personne autour de nous depuis mon retour. Comme je le ressens depuis des mois, il va bien et ne semble pas traumatisé par son cancer, quoique toujours physiquement un peu marqué. Il prend les choses avec calme, fatalisme et rationalité, et même si c’était lui qui risquait d’y rester, il semble avoir vécu l’année écoulée beaucoup mieux que ma mère, qui s’est bouffé l’essentiel de la charge mentale du suivi médical et administratif de la situation, et qui en conçoit aujourd’hui une certaine aigreur. Mais lui, j’ai l’impression qu’il est resté lui-même. Lorsqu’on est arrivés au contrôle technique, je suis allé m’asseoir dans un coin en écoutant un podcast le temps que les gars bossent sur la voiture, et mon père, qui vient tout le temps là, est juste allé trainer dans l’atelier avec ses copains. Cela m’a fait plaisir de le voir un peu dans son environnement quotidien et de voir qu’il s’y plaît toujours. Je ne sais pas s’il retravaillera un jour comme avant, mais je crois qu’il n’a pas encore de vrai projet de retraite.

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