C’est Eli qui me l’a suggéré, puisqu’il avait une semaine off et que, moi-même, je suis en congé le mercredi. Avec la vague de chaleur qui s’est abattue cette semaine sur la Bay Area, tous les san franciscains se baladent en short et sont comme des poissons hors de l’eau. La température ne dépassant les 23 degrés que deux semaines par an, ici, personne n’a la clim. Alors les deux ou trois semaines par an où il fait chaud, évidemment tout le monde peste contre la “canicule” et se précipite sur les plages et les terrasses. On se croirait à Paris, finalement. “Tu dois passer une après-midi à Marshall’s Beach, c’est un incontournable de l’expérience gay à San Francisco !”, me dit-il.
Moi, à la base, je ne suis pas un gue-din de la plage. Le sable dans la raie des fesses et dans les chaussures et qu’on continue à sentir sous ses pieds trois jours après sur le sol de l’appart’, la peau qui tire à cause du sel, les coups de soleil… Disons que la plage n’est pas mon premier réflexe quand je me demande quoi faire d’un jour off. Et la météo étant ce qu’elle est à San Francisco 95% du temps, il ne fait jamais assez beau ou chaud pour que je me dise “tiens ce serait bien d’aller se faire bronzer sur le sable et de se baigner dans une eau à 18°C”. Mais ce lundi soir, par 25°C à 22h, et à quelques semaines de rentrer en France, la proposition était tentante. Eli étant Eli, occupé de toutes parts, il a changé d’avis trois fois en deux jours, et pour ma part j’étais décidé à y aller. En fin de compte j’ai proposé à Richard, mon amant du mercredi, d’y aller ensemble. Il n’était que trop ravi d’avoir une excuse pour poser un jour off, et sur place on a retrouvé Julio, un autre de ses amants, avec qui j’avais moi-même échangé il y a quelques mois sur Scruff, comme quoi ce microcosme gay de SF n’est vraiment pas si grand que ça. Sur place, finalement peu de surprises, si ce n’est cette proximité immédiate avec le Golden Gate Bridge, dont on peut s’approcher jusqu’à le toucher. Mais sinon, c’est une plage gay naturiste classique, difficilement accessible (il y a l’équivalent de quinze étages de dénivelé le long de la falaise pour l’atteindre) donc isolée, ce qui explique pourquoi les gays l’ont adoptée, avec des mecs de tous âges et de toutes corpulences en speedo et d’autres nus qui font des allers-retours entre leur serviette et le bout de plage où les gens baisent entre les rochers. C’est assez marrant de visualiser tous ces touristes qui passent en bus, en voiture ou à pied sur le Golden Gate Bridge, alors que des mecs sont en train de se sucer sur leur serviette de plage trente mètres plus bas. J’imagine que c’était ça, la “quintessential San Francisco gay experience” dont Eli me parlait (et, cliché oblige, lu chez Armistead Maupin). Pour ma part je suis assez nul en cruising, ça ne m’excite pas plus que ça de regarder des mecs à la beauté physique aléatoire niquer dans le sable pendant que quinze autres mecs autour les regardent en se tripotant la bite. Il y a un côté communautaire, intimiste et voyeur que je trouve marrant, mais ça ne m’encourage pas plus que ça à participer. Et puis, je suis nul en langage corporel non verbal, je ne sais jamais trop qui et comment approcher, et de toute façon je suis picky as fuck. Alors bon, c’était sympa d’y aller pour l’expérience, mais je n’ai rien appris de plus qu’à Sitges ou à Lisbonne. Au final, le seul mec avec qui j’ai couché ce jour-là, et l’un des seuls qui me plaisait de toute façon, c’est celui avec lequel je suis venu, ce qui est un peu absurde pour du cruising. Mais comme il me l’a glissé à l’oreille entre deux baisers : “Ce n’est pas vraiment un mercredi si on ne couche pas ensemble”. Et tant pis si, cette fois, tout le monde nous regardait.