Ma mère s’est mis en tête de me faire vider ma chambre d’ado d’une partie de ce qui l’encombre depuis une vingtaine d’années. Ma chambre est assez naturellement devenue une extension de celle de mon frère lorsque je suis parti étudier à Bordeaux il y a vingt-trois ans. D’abord des trucs dont il ne se servait plus. Des peluches, des livres et des cahiers du collège et du lycée. Une vieille télé. Puis un jour c’est carrément mon armoire qui a été poussée pour ajouter la sienne. Maintenant il y a aussi un tas d’autres trucs qui ne servent plus à rien. Des cartons de CDs et objets de déco qui prennent la poussière. Au point que je dois slalomer pour accéder à mon lit ou même pour fermer ma porte. Quand je peux la fermer, puisque pendant la canicule, un des ventilateurs soufflant dans sa chambre s’est retrouvé branché dans la mienne, la rallonge empêchant la fermeture de ma porte. Et donc, à présent c’est à moi de désencombrer puisque, je cite, « c’est ta chambre » et « c’est toi aui sais si c’est des trucs que tu veux garder ou que tu veux jeter ».
C’est marrant de rouvrir de vieux classeurs et de se rendre compte des choses qu’on a écrites, lues et sues, et qu’on a complètement oubliées. Gérard de Nerval. Les fonctions affines. Le gérondif. Les roches sédimentaires. Mais ça a également suffisamment peu d’intérêt, en ce qui me concerne, pour ne pas faire de sentiments. Donc il y a beaucoup de choses qui partent dans des cartons « à donner » et encore plus de trucs qui partent dans de gigantesques sacs poubelle. Mais c’est sans compter sur mon frère et ma mère qui passent derrière moi et qui « sauvent » des trucs. « Tu vas pas jeter ça, ça a à peine servi ! », « Tu peux pas donner ça, c’est un manuel scolaire de 2002, c’est périmé. » « Bon bah je le jette alors ! » « Bah non tu le jettes pas ! », « Tu te rends compte de tout ce que ça a coûté à l’époque, ces 100 magazines ? » « Bah oui mais si je les garde ils vont juste rester là vingt ans de plus à prendre la poussière, en fait. ». Bon en fin de compte j’ai dû dégrossir le tas de l’équivalent d’environ deux valises de bricoles, mais je n’ai toujours pas accès à mon lit en marchant droit.