Déjà la panne

Cet exercice du blog sans s’appuyer sur des chroniques de films ou de clips est, l’air de rien, assez nouveau pour moi. Je n’ai aucune inspiration. Je m’approche d’une sensation que je pressens depuis plusieurs années et que je tente de dissimuler sous les vannes autour de la pop culture : celle d’être une coquille vide. L’impression de n’avoir rien à dire, rien à raconter, d’avoir une vie quotidienne random et aucune passion significative sur laquelle m’appuyer pour m’exprimer auprès des gens. Qu’ils soient des proches ou des lecteurs anonymes.

Depuis une dizaine d’années, la place prise par le travail dans ma vie et dans mon temps de cerveau disponible me sidère. J’ai l’impression de n’âtre capable de parler de rien d’autre en soirée. Et quoi de plus ennuyeux qu’un mec qui vous assomme avec ses problèmes de boulot dans un cadre privé ?

Évidemment il y a des respirations, des variations dans cet état d’esprit, autour de certains grands événements comme des retrouvailles ou des mariages, par exemple, qui aident à penser et à parler d’autre chose. Mais la tendance générale reste la même.

Chaque premier jeudi du mois, j’ai une soirée visio avec mes potes de fac. Ceux que je voyais quand je vivais à Paris, avant le covid, et que je ne verrai plus à l’improviste autour d’un verre en sortant du travail (encore ce satané travail). J’ai quitté Paris, la plupart d’entre eux aussi. La page s’est tournée mais les visios du premier jeudi du mois demeurent, héritage des confinements de 2020. Et à chaque fois que c’est mon tour de parler, je suis frappé du peu de choses que j’ai à raconter. « Bah moi ça va, toujours beaucoup de boulot, pas mal installé à Lyon maintenant, rien de bien neuf. Voilà. ».

Rien de bien neuf. Soit ma vie est morne, soit elle contient des choses que je ne peux pas partager. En grande partie, elle est morne. Je n’ai aucune passion, pas de loisir qui me motiverait à bloquer un créneau dans mon emploi du temps, pas d’envie. Je suis un dépressif fonctionnel. Rien de diagnostiqué, juste une impression depuis quelques années. Je ne suis pas cloué au fond de mon lit, mais je prends très peu de plaisir dans le quotidien de l’existence. Pas d’envie, pas de sens, pas de motivation, pas de moteur, si ce n’est celui de mener une vie fonctionnelle et à peu près confortable. Pas d’addiction pour autant, me semble-t-il. Pas de mécanisme compensatoire de reprise en main de ma vie et de mon plaisir. Juste une douce passivité, me laissant porter par la vie et acceptant ma faible propension à l’engagement. Spectateur du truc. Peut-être une midlife crisis pour mes quarante ans, qui sait. Mais ça m’étonnerait presque, tant un sursaut de caractère et de passion me semble peu probable à ce stade.

J’ai évidemment quelques « triggers », des trucs dans une conversation qui vont me « déclencher », me réveiller, m’animer. Mais rarement des trucs auxquels je suis près à consacrer davantage que l’énergie d’une conversation en tête à tête. Le drame de ma vie, s’il n’y en a qu’un (et j’en doute) (mais qu’il est indécent de se victimiser ainsi et de parler de drames, dans ma situation), c’est peut-être l’absence de vocation, l’absence de passion. Find what you love, and let it kill you. Je ne suis que fainéantise domestique. J’aime trop mon confort matériel pour aller le sacrifier à une noble cause qui m’animerait, un métier-passion mal payé, une communauté qui compterait sur moi et à laquelle je finirais par reprocher de m’avoir pompé mon énergie et mes belles années. J’adore ne rien foutre. Je voudrais ne pas avoir besoin d’un salaire. Je sais que c’est indécent dans une société comme la nôtre. Consommer ce que je veux, écrire si j’en ai envie, explorer et me laisser porter par ma curiosité dans les horizons de mon quotidien : Internet, ma ville, les choses à raconter. Mais personne ne vous paye pour ça. Pas sûr que ça me transformerait en mec passionné, d’ailleurs. Juste, peut-être, en mec un peu moins éteint.

Dans les anciens posts de ce blog, je critiquais des films, des clips, des carrières de chanteuses pop, et au détour d’une blague ou d’un commentaire stupide, je laissais entrevoir un peu de moi. Aujourd’hui évidemment, je le fais toujours sur Twitter et Instagram, et cela rend l’exercice du blog tel que je le pratiquais en 2008 quelque peu redondant. Alors à tâtons, ici, je vais tenter de trouver une nouvelle formule pour parler de moi sans virer dans le pur journal intime autocentré de mec qui s’épanche sur ses tourments internes de pauvre petit cadre urbain riche vidé par le non-sens de sa vie. Ou bien peut-être que je commenterai le nouveau clip d’Adele. Je ne sais pas encore.

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera pas publiée. Les champs Nom et Courriel sont obligatoires.

*