Repartir

Presque cinq ans sans rien publier sur un blog, c’est l’avoir tué et enterré depuis un bail. C’est aussi la liberté de repartir de zéro, sans lecteurs, sans regards, sans images, sans une communauté d’habitués qui publient des commentaires. Je ne vais même pas rouvrir les commentaires, d’ailleurs.

Depuis cinq ans j’ai changé deux fois de job, sans changer de vie. Mais si l’on doit faire un énième bilan des raisons pour lesquelles j’ai arrêté le blog, on trouvera le catalogue habituel de prétexte plus ou moins fainéants qui ont poussé tant des blogueurs des années 2000 à lâcher leur petit journal en ligne au fil des ans.

Nos présences sur Twitter, Instagram et autres qui occupent déjà bien le temps.

Nos interactions plus développées que jamais sur ces outils, avec les stories et le DM.

Nos flemmes de rédiger des articles de plus de 300 mots, qui nous prenaient du temps.

Nos usages qui se sont détournés de ces bons vieux blogs devenus si ringards.

Nos impressions de parler dans le vide et, probablement, d’être bien présomptueux dans nos postures de petits éditorialistes qui rédigent doctement des articles dont tout le monde se fout.

Notre incapacité grandissante à publier des contenus sans obtenir de feedback positif rapide.

Nos vies chargées, aussi, où l’on met d’autres choses que des articles de blog, et où ces derniers ont vite été rétrogradés au rang de souvenirs plutôt que de pratique quotidienne.

Aujourd’hui, comme ça me prend de temps en temps, je pense à reprendre. Au plaisir que ça me ferait de retrouver cette routine d’écriture, cette envie quotidienne de produire quelque chose d’un peu construit et de le partager. Et puis la flemme me saisit. Pas le temps, pas de projet éditorial, la sensation de n’avoir rien à dire.

Dans la version précédente (et archivée) de ce blog, je me cachais derrière des critiques de films, de clips ou d’actualités culturelles pour parler de moi, car je crois que l’exercice assumé du journal intime en ligne me gênait, me semblait trop ouvertement narcissique. Il fallait bien parler d’autre chose que de soi pour intéresser des lecteurs. Et passer de la pommade sur ses failles narcissiques en tentant de les amuser avec quelques vannes et bons mots au passage.

Peut-être que je retomberai dans cet écueil. Si c’est vraiment un écueil. Ou peut-être que je parlerai un peu plus ouvertement de moi. Ou alors, comme tant de tentatives avortées de réanimation de ce blog avant, peut-être qu’il n’y aura qu’un post, conservé dans un document Word, et oublié pendant quelques mois avant de songer, à nouveau, à revenir. On a toujours tourné en rond, ici.

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