la semaine des dernières fois

Ça y est c’est dans moins d’une semaine. Le grand retour vers la France, la queue entre les jambes et, je le redoutais mais cela semble se préciser désormais, en pleine canicule pour bien contraster avec mes doux 23°C san franciscains auxquels je m’étais si bien habitué. Quand on s’en va d’une ville où l’on a vécu un certain temps, il y a plein de dernières fois qui s’enchaînent. Parfois on en est conscient, parfois non. Par exemple, je suis probablement déjà allé au Pier 39 pour la dernière fois sans m’en rendre compte, puisque je n’ai aucune intention de m’y rendre ces prochains jours. Mais quand j’y étais, en mai, je n’ai absolument pas pensé que c’était ma “dernière fois” là-bas. Je n’ai pas spécialement pris de photos, ni enregistré mentalement mes dernières impressions de ce lieu, dont je pense je retiendrai essentiellement les lions de mer qui font la sieste sur les docks. Mais ces jours-ci, il y a beaucoup de dernières fois que je fais en en étant pleinement conscient, et forcément ça me fait un pincement au cœur. Ma dernière soirée dans ce bar. Mon dernier dîner avec cet ami. Mon dernier film dans ce cinéma. Mon dernier brunch. Ma dernière Pride. Dans le cadre de ma grande “tournée d’adieux” avec mes différents amants et friends with benefits, il y a aussi quelques dernières fois qui sont plus émouvantes que d’autres. Même si je ne le montre pas. J’ai déjà parlé ici de mon amant du mercredi, et forcément, le dernier mercredi a fini par arriver. Son je t’aime m’a transpercé de part en part. Je crois que j’aurais dû le sentir venir, parce que je me retenais de lui dire la même chose. Bien qu’il l’ait clarifié immédiatement, je l’ai compris à la seconde où il l’a dit parce que c’est ce que j’avais sur le bout de la langue depuis quelques semaines. « Il faut que je lui dise. Je t’aime. Pas parce que je veux être en couple avec toi. Pas parce qu’il y a une chance que cela soit le cas un jour. Juste parce que je t’aime. Parce que tu es mon ami. Parce que je me sens en sécurité avec toi. Parce que je me sens vu. Parce que je peux être moi-même et que je n’ai jamais rencontré le moindre jugement en ta présence. Parce que je peux te parler pendant des heures et rire avec toi sans cacher les trucs qui, parfois, me font penser qu’on va me rejeter. Je t’aime parce que tu me renvoies l’amour que je donne et que je ne me sens pas seul lorsque je suis avec toi. Et ça ne veut pas dire qu’on est amoureux, ni qu’il y a un avenir. Juste, il y a une amitié, une confiance, un respect mutuel, et tout cela, c’est quelque chose dont j’ai recommencé à comprendre qu’il faut bien l’appeler amour. » Alors je pleure un peu, mais je rentre aussi en France, le cœur triste mais enflé de savoir que j’ai aimé et que j’ai été aimé ici.

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