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Les filles de la pub

 

Ouch. On connaît le cliché de la femme ni-ni, et le petit stratagème employé par Octave Parango dans 99 Francs pour imposer sa copine Tamara dans une pub pour du yaourt (proposer une fille métisse à l’annonceur, qui s’exclame « Non mais qu’est-ce que c’est que cette noire ? »). Pénélope Bagieu a profité de son intervention lors d’une soirée de mobilisation contre le racisme organisée le 2 décembre au Théâtre du Rond-Point pour raconter une anecdote, assez similaire dans le fond, qui déroule le mode de pensée et le racisme ordinaire que la pub flatte et entretient, non pas par véritable mauvais fond, mais par sa bête et méchante nécessité de plaire au plus de monde possible, de ratisser large, de ne surtout pas gêner la sensibilité du consommateur, dont il serait trop bête de se priver du pouvoir d’achat juste parce qu’il est un peu raciste, m’sieurs-dames. Ou comment on se retrouve, toujours, avec des pubs lisses, merdiques, pas marrantes, juste parce que la différence, c’est flippant, c’est clivant, faudrait pas déranger les racistes, les grossophobes ou les misogynes dans leur confort intellectuel. L’objectif, c’est de vendre de la lessive, des plats cuisinés ou des appareils électro-ménagers (à très court-terme, donc), pas de changer le monde, d’essayer d’être disruptif ou de dépasser les préjugés. Le pire, c’est qu’à chaque diapositive de son Powerpoint, je voyais pourquoi l’annonceur allait dire non, en une demi-seconde, avant que Pénélope Bagieu n’ait eu besoin de l’expliciter (et encore, même la rousse retenue à la fin, ça m’a presque étonné). Preuve que, même si on voudrait se croire au-dessus et, en bossant dans le secteur concerné, s’imaginer capable de faire bouger les lignes, cette manière de réfléchir est bien plus implantée qu’elle en a l’air, et que bien qu’on la dénonce, on ne s’étonne même plus qu’elle existe.

50 ans : Marilyn Monroe In Memoriam

Sam Shaw, 1957
50 ans jour pour jour. C’est un peu convenu, mais existe-t-il une icône plus importante, plus marquante, plus influente, dans la pop culture de la seconde moitié du XXème siècle ? S’il ne devait en rester qu’une ? Et pourtant, la plupart d’entre nous n’ont vu qu’un ou deux, ou même aucun de ses films. De toutes les stars, c’est probablement celle qui traverse le mieux les générations qui la suivent. On sait bien que c’est en grande partie parce qu’elle est morte jeune, dans des circonstances mystérieuses et qu’elle s’est révélée a posteriori être seule et malheureuse. Mais cette image, ce sourire, cette blondeur, cette présence, ce Warhol, ces déboires, ce sex-appeal… Plus encore que toute autre vedette morte trop tôt, plus encore que James Dean, John Lennon, Kurt Cobain, Marvin Gaye, Jayne Mansfield, Françoise Dorléac, Jim Morrisson, le visage de Norma Jean Baker hante la pop culture. Je ne pouvais pas ne pas y penser un peu ce matin, alors que je m’envole pour Berlin.

How To Marry A Millionaire, 1953
Gentlemen Prefer Blondes, 1953
Rive Of No Return, 1954
The Seven Year Itch, 1955
Some Like It Hot, 1959
The Misfits, 1961
Bert Stern, 1962

La Pop-Pouffe de septembre

Il y a deux ans, sur ce blog formidable et tellement actif ces temps-ci (t’as remarqué, hein ?), on laissait Pixie Lott sur une note positive et vaguement prometteuse, avec un premier single, Mamadou Mama Do, qui avait cartonné en Angleterre avant de connaître un joli petit succès dans le reste de l’Europe. Bon, chez nous, la mayonnaise n’a pas vraiment pris, mais on l’a un peu entendue à la radio, quand même.

C’est dire ma surprise, alors qu’elle avait un look un peu classe de girl next door de dix-huit ans pas trop gourde et qu’elle était partie dans une veine pop-rock un peu inspirée de ses collègues anglo-saxonno-hype  (Lily Allen, Little Boots, Uffie), tout en assumant son orientation électropop… de la voir revenir dans mon champ de vision avec 1/ cette coupe de cheveux, et 2/ cette chanson. Car oui, ceci est une chanson. C’est même le lead single de son futur second album, Young Foolish Happy (jeune imbécile heureuse) (ah).
Parce que, sérieux, qu’est-ce qui s’est passé ? Ce n’est même pas du sous-Kylie Minogue (ce que l’on sent poindre comme une sorte d’hommage volontaire de la part de la demoiselle)… nan, c’est carrément du sous-Dannii Minogue, là. Rien que les paroles, qui font dans le plus superficiel du répertoire des chansons de rupture (« I bought a new pair of shoes, I got a new attitude, when I walk, ‘Cause I’m so over you […] I’m going out with the girls… »), sont affligeantes : en gros c’est l’histoire d’une dinde lourdée qui sort en bouate pour danser avec ses copines parce qu’elle peut très bien se pécho qui elle veut d’abord, et les mecs c’est tous des nuls. Ouais, ouais.
Et puis les chorés chelou de la fille qui a l’air de se sentir obligée de danser parce qu’elle chante de la dance, sauf qu’en fait elle a la souplesse d’un balai ; elle ne devrait pas se forcer. Si tu n’as pas l’ambition de Lady Gaga pour les chorégraphies face caméra, chérie, contente-toi de te mettre en scène dans ton coin, et laisse les danseurs faire le boulot. Quant à la mélodie… hum, en toute bonne foi, ça va. Il m’a fallu trois ou quatre écoutes pour l’avoir en tête, mais après, ça reste bien incrusté dans l’arrière de la cervelle. L’air de rien, c’est le troisième single numéro 1 des charts au Royaume-Uni pour la jeune Pixie (20 ans au compteur), qui semble s’y imposer comme une nouvelle sensation pop, alternative aux grosses machines en place (Sugababes et autres Girls Aloud)…
Un truc qui me frappe également, dans ce clip, c’est que Pixie Lott est méconnaissable, par rapport au clip de Mama Do. Il y a la coupe de cheveux, bien sûr, mais aussi le maquillage, le look, et tout le reste. Si on m’avait montré ce clip en me disant que c’était une fille nommée Machine Chouette, je l’aurais cru sans discuter… Enfin, peut-être pas avec un nom comme Machine Chouette, mais je n’aurais certainement pas rétorqué « Rho mais non, trop pas, c’est Pixie Lott ». Je crois que j’aurais dû suivre un peu mieux le parcours de cette fille, ça m’aurait peut-être permis de comprendre comment elle en est arrivée à sortir un truc pareil. Car il est finalement probable qu’elle a toujours eu vocation à devenir une sorte de cousine d’Inna.

Vahina Giocante, « la fille »

Il y a quelques semaines, mon amie la Princesse (celle qui pue-du-cul), râlait, comme d’hab’, tout en faisant l’apologie crypto-lesbienne d’une comédienne pas complètement de seconde zone, mais pas non plus méga tête d’affiche de la laïfe, tu vois.

J’ai nommé Vahina Giocante (nue). Que je confonds un peu avec Laura Morante, des fois, juste parce qu’elles ont des noms en « ante », alors qu’en fait, ça n’a rien à voir. Bref.
Avec son nom exotique, donc, son teint hâlé et ses yeux vert piscine, Vahina a tout de la jeune première fraîche et pimpante qui va nécessairement finir par devenir notre Penelope Cruz nationale. Ou du moins notre version frenchie de la meuf qu’aurait pu être mannequin international ad vitam de la fashion intergalactique mais qui a fait actrice pour l’amour de l’art. Ce qui est dommage quand on sait que le créneau est déjà encombré d’Elsa Pataky, de Laetitia Casta ou de Diane Kruger. C’est con.
Résultat, l’année dernière, une nomination au Gérard du Cinéma (et une victoire) de « l’actrice pas très douée mais qu’on se mettrait bien sur le zguègue, pas vrai les gars ? ». Le physique, c’est tout ce que le grand public semble retenir de la certes très jolie Vahina. Enfin, ça et peut-être son nom de levure à gâteaux.
Résultat, la pauvre Vahina se retrouve souvent dans des seconds rôles où elle joue la bonnasse revêche mais nympho, comme dans 99 Francs, où elle copulait en pleine rue avec Jean Dujardin, l’inconsciente. Alors que sort dans les salles obscures, dans quelques jours, Krach, le film qui permet de dire « Nous aussi, en France, on peut faire un film comme Wall Street, regardez ! Même qu’on a dégoté un acteur américain pour faire vrai dans le casting ! Même qu’on est pas des petites b!tes de la finance, d’abord, regardez, hé ho, regardez ! On a Kerviel ! », je me lolifie doucement. Non pas que j’aie quelque chose contre ces films français qui essayent de sortir des décors traditionnels de films français (tu sais, ceux où il y a une famille qui s’ennuie poliment dans un appartement ou une maison de campagne en se demandant comment on va gérer la succession / les émotions du passé maintenant que Mémé s’est enfin décidée à lâcher la rampe / maintenant que Jean-Philippe et Sylvie divorcent) en se prenant atrocement au sérieux dès leur bande-annonce, mais j’ai tendance à les éviter, disons.
Mais ça me permet de remarquer que la pauvre Vahina, avec son physique de bonnasse mystérieuse et rebelle, semble s’être enfermée dans une sorte de caricature : celui de la bonnasse mystérieuse et rebelle, qui porte un débardeur comme les filles des pubs Canurd WC ou Bordu Chesnel qui se déguisent en Lara Croft/Cat’s Eye pour nettoyer les toilettes ou voler des rillettes (WTF ???). Et qui, sur l’affiche d’un film « de mecs », se retrouve propulsée en arrière-plan, lançant, tournée de trois-quarts, un regard mystérieux et rebelle en direction des personnages principaux.

M’enfin je dis ça, je dis rien, hein. Mais tout de même, amis producteurs du cinéma français encombré de diverses Mélanie plus ou moins interchangeables, mignonnes certes mais surtout mystérieuses comme ma coiffeuse, un premier rôle un peu consistant où Vahina ne se contenterait pas d’être « la fille » de l’histoire, au bout de quinze ans de carrière, ce serait sympa, non ? Ne serait-ce que pour vérifier si elle a aussi un regard pas mystérieux dans sa panoplie de jeu ?