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Scream & Shout

Ah, Britney… L’un des plus grands paradoxes culturels de ce début de XXIème siècle. Une notoriété énorme que ne peuvent que lui envier les autres pouffes rescapées de la pop américaine du début des années 2000 : que ne donneraient pas Christina Aguilera, Jessica Simpson, LeAnn Rimes ou Anastacia pour que la moitié de la planète continue de leur lécher les bottes, de remplir leurs concerts à fond les ballons même quand ça pue le playback en mode automatique, ou de leur offrir des ponts d’or genre 15 millions de dollars pour aller faire la jurée dans un télé-crochet ? Mais c’est inexplicable, un phénomène face auquel la critique semble impuissante : si nous savons tous que Britney est loin d’être la plus talentueuse, la plus méritante ou la plus investie dans son art, elle reste la plus connue, la plus adulée, la plus populaire du lot. Rien à faire. C’est probablement la conséquence directe d’avoir été la « première » fille à sourire plastifié clairement identifiée du courant teen pop, avec marketing de lolita et smash hit mondial à la clé. Les autres n’apparaîtront jamais, en dépit de leurs efforts pour se distinguer, que comme des sous-produits. Juste parce qu’elles ont le malheur d’être de la même génération que Dame Britney et de faire de la pop. C’est triste.

Là où le phénomène tout puissant de la popularité de Britney Spears étonne, c’est quand on voit à quel point les grandes années semblent loin aujourd’hui. Je veux dire, Toxic, son dernier gros global hit, date quand même de 2004, avant qu’elle ne ruine plus ou moins sa carrière avec Kevin Federline, les enfants, le divorce, la dépression… Huit ans, ça fait long, dans l’industrie musicale et pour une star du calibre de la Spears, sans un gros hit bien huilé et bien marketé qui laisse des traces durables dans la pop mondiale et qui fasse l’unanimité chez les fans. Pour un ‘Til the world ends pré-apocalyptique inexplicablement sorti en deuxième single de l’album Feignasse Fatale, combien de I wanna go, de Break The Ice, de Radar, de Circus, de 3, de Hold it against me aussitôt matraqués en radio pendant deux mois, aussitôt oubliés ? Britney aura assurément marqué l’histoire de la pop music par quelques tubes énormes aidés par un storytelling et un climat de stupre impeccablement mis au service de son personnage de petite princesse un peu perverse (et un peu déchue) du rêve américain : de Toxic à Oops ! I did it again en passant par I’m a slave 4 U ou encore les un peu plus « oubliés » Boys, Everytime ou (You Drive Me) Crazy, Britney de 99 à 2004, c’est un collier de perles pop savamment enfilées par une gamine motivée par le job, et un management qui maîtrisait alors sa « créature ». Le tout dans l’aura rassurante et tranquille de Baby One More Time, le premier single et plus gros succès de la donzelle, probablement à tout jamais. Courir depuis le début de sa carrière après un succès aussi gigantesque que le tout premier qui, vraisemblablement, ne viendra jamais, ce doit être décourageant, à force, je comprends bien.
Mais depuis le come back de 2007, elle semble, un peu à la manière de U2, capitaliser sur sa réputation et ne plus proposer que des trucs plus ou moins oubliables, et surtout répétitifs, multipliant les allusions visuelles et textuelles à son glorieux passé et à son statut à part dans le monde de la pop (un peu comme Madonna qui, pour cacher sa difficulté à trouver un nouveau clip, s’auto-référence à tour de bras pour que ses fans jouissent au moins de clins d’œil). Les singles ne sont jamais vraiment mauvais, mais on en revient toujours à regretter que Britney, forcément plus trop en âge de verser dans la teen pop qui fit son succès, n’enchaîne des tubes désormais un peu photocopiés et plus aussi marquants qu’à sa grande époque. Je veux dire, depuis son best of My Prerogative en 2004, tu vois vraiment des pistes encore plus définitives à ajouter que celles qui s’y trouvaient déjà à l’époque ?
Alors quand je la vois rebalancer son It’s Britney bitch, gimmick un peu daté mais adopté par les fans à l’époque de Gimme More, dans un single tout à fait oubliable de Will.I.Am vraisemblablement, une nouvelle fois, récupéré dans les poubelles des Black Eyed Peas (écoute bien et ferme les yeux, on s’y croirait), je me demande si Britney Spears saura, un jour, devenir une artiste pop légendaire à la hauteur de Madonna ou de Michael Jackson (= de manière constante, sur la durée, sur toute une carrière malgré les hauts et les bas) ou si elle ne sera jamais qu’une légende de la teen pop, qui ne fera plus jamais rien de legendary mais à laquelle on s’accrochera, coûte que coûte, comme à notre vieil agenda de seconde qu’on a jamais eu le coeur de jeter parce qu’on avait des petits mots échangés et classe et des stickers Buffy dedans, en souvenir de l’énergie adolescente à la fois pudibonde et sexuelle qu’elle avait réussi à incarner dans la culture des adolescents de 1999.
Le succès de ce single, auquel je prédis un destin à la Hold it against me (sommet des charts puis oubli total trois mois plus tard) plutôt qu’à la I Gotta Feeling, me donnera un élément de réponse.

La soeur

Tout le monde le sait, je n’aime pas trop Beyoncé. C’est d’ailleurs un vrai sujet de tensions au sein de mon couple (ça et la Kpop) (et l’intégration de légumes dans notre alimentation quotidienne) (et le charisme de John Mayer) (et la disparition de ma télé) (et son projet de prénommer ses futurs enfants d’après les personnages de Buffy contre les vampires) (et la discographie de Keri Hilson) (mais à part ça, ça va) (bref). Par contre, je n’ai jamais rien eu contre sa petite soeur Solange. Enfin, mis à part le vague parfum de népotisme qui émane de la simple existence de sa carrière, bien sûr. Mais nul n’est parfait. Et depuis quelques jours, elle a lâché sur le ouèbe une petite bombe d’apparence inoffensive, variété un peu premier degré, mais quand c’est bien fait pourquoi bouder son plaisir ? C’est ma petite marotte musicale de la semaine (ce qui, traduit en langage concret, signifie que je l’ai écoutée une vingtaine de fois, hein, faut pas non plus me prendre pour un passionné).

Elle est mignonne Solange. Elle n’a pas un physique très marquant (il faut dire que c’est compliqué d’exister face à sa grande soeur, aussi), mais elle est mignonne. Et même si elle change un peu de registre cette année par rapport à ça :
… elle continue à faire des efforts pour proposer, dans chaque sous-genre musical qu’elle aborde, une production de qualité, un certain respect pour son (petit) public.
Cette fois-ci, c’est donc sur un single d’inspiration « world music » / alternative que Solange prend le contrepied de Beyoncé et propose un hymne frais, joliment urbain mais doux comme un souvenir d’été, avec Losing You. Il m’a fallu trois écoutes pour vraiment accrocher complètement, mais depuis, je me la passe en (quasi) boucle, donc. Et même si on se doute bien que Solange n’est pas vraiment roots, ni très « world music forever » dans sa tête, vu la famille qu’elle a (et donc le matelas doré sur lequel elle pose ses fesses), on ne peut que saluer la qualité de son single, appuyé par un clip fashion-cool de bon aloi, qui la place inconsciemment dans la lignée d’autres icônes roots (Neneh Cherry, Santigold, Esperanza Spalding, India Arie) qui ont compris qu’on pouvait être black dans la pop music sans être obligée de verser dans un folklore africanisant ou dans le poom-poom short du ghetto sur fond de dance music. Ce faisant, Solange devient peut-être plus universelle que Beyoncé.
Il faudrait aussi que je perde ce réflexe puéril d’instituteur blasé qui consiste à comparer les deux frangines, d’ailleurs. Mais que veux-tu, ce sont les Knwoles, la future famille Jackson du XXIème siècle, dont on se doute, même si on l’apprendra plus tard (forcément ébahis) dans des biographies non autorisées, qu’ils ont gavés leurs filles aux stéroïdes et leur ont administré quelques torgnoles pour qu’elles filent droit et se transforment en poules aux œufs d’or. Ou pas. Va savoir. Ou alors ce seront les Kardashian. Enfin, quoi qu’il en soit, c’est difficile de perdre le réflexe de la comparaison, surtout quand Solange semble cultiver le contraste. Et puis, je la comprends un peu. Imagine le calvaire qu’a dû être l’existence de Tito Jackson pendant les repas de famille, alors que MÊME La Toya a sorti des albums solo (et en a vendu quelques millions d’exemplaires). Ou pire, Jamie Lynn Spears. Les rivalités sont monnaie courante dans les fratries, alors quand en plus il y a de la célébrité et des millions de disques ou de spectateurs en jeu, comment veux-tu équilibrer ton égo et ne pas finir comme une sœur Olsen ?

Alerte capillaire à la New York Fashion Week

Moi-même, heureusement que j’ai à peu près réussi de longues études en séchant le tiers des cours, sinon mon frère aurait vraiment tout gagné. Non pas qu’il y ait un vrai gagnant à la fin, hein. Mais quand tu grandis avec une espèce de miroir déformé de toi-même qu’on appelle frangin (soit plus grand, soit plus petit, mais forcément plus ceci et moins cela), la comparaison permanente devient un critère essentiel de la manière dont tu te définis. Quand j’étais petit, mon frère (qui était encore plus petit) faisait un tas de chose en s’inspirant de moi. Puis, en grandissant, il a commencé à tout faire en se démarquant de moi. On change, on se compare, et finalement on veut exister par soi-même, correspondre à une définition différente de celle du frangin. Mais pas en moins bien non plus.

Là où Beyoncé sera superstar mondiale, Solange sera icône glamour indé. Mais tant qu’elle n’aura pas réussi à pondre au moins un smash hit, elle ne lâchera pas l’affaire. Parce que d’ici là, elle a trop la teu-hon aux repas de Thanksgiving.