Archives par mot-clé : James Bond

007 SPECTRE

 

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Sans surprise, et après une première journée à 900 000 entrées (probablement un peu aidé par ce mercredi 11 novembre férié), SPECTRE, le nouveau James Bond, a réussi le meilleur démarrage de l’année 2015 en France avec 2,2 millions de spectateurs en première semaine. Sans les attentats du vendredi 13 novembre, la fermeture des cinémas le samedi 14 et la fréquentation un peu morose des jours suivants, on peut imaginer que le film aurait flirté avec les 3 millions d’entrées. Ce qu’il finira par faire, de toute façon. C’est aussi le meilleur démarrage en France pour un film de James Bond. Le précédent volet, Skyfall, avait rassemblé en première semaine 1,8 million de spectateurs en octobre 2012.

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Sam Smith – The Writing’s On The Wall

 

 

 

Pourquoi tant de haine ? Depuis qu’il a été dévoilé la semaine dernière, The Writing’s On The Wall, le morceau-phare de la B.O. de Spectre, le prochain James Bond, semble se faire descendre de toutes part sur le web. Ses crimes ? Tristouille. Chichiteux. Trop bondien. Pas fun. Pas aussi instantanément puissant que le Skyfall d’Adele.  Certes. Et alors ? Toute la pop doit-elle être fun, légère, synthétiser deux univers en parfaite harmonie ?

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Fleming – The Man Who Would Be Bond

Fleming

L’homme derrière le mythe. Ou le branling derrière le succès de librairie. On le sait, Ian Fleming, l’auteur de James Bond, passé à la postérité grâce aux lucratives adaptations cinématographiques des aventures de son héros, a servi dans l’Intelligence Navale britannique durant la Seconde Guerre mondiale, sa contribution culminant dans la réalisation de l’Opération GoldenEye, qui donna plus tard son nom à la résidence jamaïquaine de Fleming, ainsi qu’au 17ème film de la saga James Bond. En ce sens, et même si son travail était plus stratégique et administratif que véritablement de terrain, il est plaisant de se dire que la vie de Ian Fleming préfigurait celle du personnage qui ferait ensuite sa gloire, quand bien même ce serait légèrement exagéré.

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Feel the Earth move and then / Hear my heart burst again

Pendant ce temps-là, dans les limbes de la pop culture désuète à base d’espions en costumes et de potiches en robes de gala, Adele a sorti une chanson parfaite. C’est peu dire, que d’affirmer que depuis une quinzaine d’années, la saga James Bond a cherché à se dépoussiérer, après avoir péniblement encaissé la transition Sean Connery – Roger Moore – Timothy Dalton. Pour redonner un peu de modernité à ce symbole culturel d’un autre siècle, il fallait contourner quelques casseroles sans pour autant les renier : espion flegmatique à tendance bling-bling, climat de Guerre Froide un peu dépassé, femmes-trophées exposées en bikini sous des prétextes scénaristiques plus ou moins foireux… Le mythe James Bond semblait bien parti pour mourir tranquillement avec le vingtième siècle. C’était sans compter sur deux choses (et au final, une seule, le fric) : la véritable hérésie qui aurait consisté à stopper la saga James Bond alors que les techniques et effets spéciaux du cinéma lui donnaient enfin la possibilité de laisser s’épanouir ses ambitions artificières et son goût des gadgets (bagnoles et explosifs, donc, mais pas que), et la capacité de EON Productions a choisir son James Bond.

Avec Pierce Brosnan, et a fortiori depuis 2005 avec Daniel Craig, les producteurs ont semble-t-il décidé de prendre un peu de recul sur James Bond ; de lui donner un peu plus de profondeur, de sujets de réflexions sur son métier, de nuance dans son rapport aux femmes. Le rendre moins parfait, moins infaillible aussi : depuis quelques années, il est devenu plus difficile à Bond de se sortir de toutes les situations sans froisser son costume ni se planter un peu au passage. Trahi, à l’occasion capturé, torturé, mis dans l’embarras à cause de ses « faiblesses », de moins en moins capable de sauver la vie de la « gentille » James Bond Girl : l’espion britannique n’a plus la même capacité à sortir d’un avion sur le point d’exploser en vol sans décoiffer son brushing. Une approche qui avait été vaguement entamée dès 1969 avec Au Service Secret de Sa Majesté (1969), mais assez vite oubliée après, notamment lorsque James Bond fut incarné par Roger Moore, avec le brin d’humour et de donjuanisme épicurien qui le caractérisait. L’agent secret / quasi-super-héros (combien de fois aurait-il dû mourir, ne serait-ce que d’une des milliers de balles tirées sur lui, d’un accident de pilotage ou d’une mauvaise chute ?) a ainsi repris une bonne dose de flegme pincé et de sang-froid (mais aussi de répondant face à la gent féminine) avec Pierce Brosnan, et une sacrée décharge de baffes et de questionnements existentiels avec Daniel Craig (un James Bond qui n’a probablement jamais été autant torturé, amoureux, blessé ou questionné dans son éthique)… Personnellement, cela me convient tout à fait, vu que c’est à partir de GoldenEye et de l’arrivée de Pierce Brosnan que j’ai réellement été en âge de regarder James Bond et de comprendre (vite fait) de quoi ça causait. Je préférerai probablement toujours les Bond avec lesquels j’ai grandi « en direct » que ceux, plus désuets (avec des vieux gadgets et des effets spéciaux un peu lol) des années 60/70. Pour leur meilleure qualité « technique » et pour, donc, leur petit supplément de modernité.Pour accompagner cette modernisation de la saga James Bond dans les 90’s, les producteurs ont également misé sur des méga-stars pop, option tube FM, pour illustrer le générique et servir de porte-drapeau à chaque film auprès du grand public. Déjà tentée en 1983 avec A View To Kill, de Duran Duran, cette initiative se révéla fructueuse dès le GoldenEye de Tina Turner, bientôt suivie de chansons plus ou moins « bondiennes », et surtout plus ou moins marquées par l’air du temps, chantées par Sheryl Crow, Garbage, Madonna, Chris Cornell et, pour Quantum of Solace, le duo improbable (et un peu raté) Jack White / Alicia Keys (les producteurs ratant là leur SEULE occasion d’embaucher Amy Winehouse pour un James Bond Theme)…

Et il y a quelques semaines, on apprenait donc que c’était Adele qui aurait la lourde tâche de marquer les esprits avec Skyfall, la chanson supposée nous accompagner durant les quelques semaines d’effervescence avant la sortie du film éponyme.
Et là… La chanson est parfaite (je l’ai dit dès la première ligne) (faut suivre). Elle accomplit ce petit miracle de dosage, qui lui donne un équilibre assez incroyable entre l’univers de James Bond et celui d’Adele. L’orchestre qui évoque l’univers feutré de l’espionnage BCBG promu par James Bond dans les réceptions de l’ambassadeur depuis 50 ans. Les premières mesures de la chanson, au violon, évoquant subtilement les illustrations sonores classiques de James Bond. Les paroles à la fois totalement adaptées au répertoire habituel d’Adele (amour déglingué inside) et évocatrices des tortures mentales de Daniel Craig à l’écran. L’inflexion de la mélodie qui porte à la fois l’aspect sérieux et dramatique, mais aussi ce semblant d’érotisme qui se mariera génialement, dans le générique, avec des silhouettes féminines aguicheuses et des flingues fumants. C’est bien simple, ils n’auraient pas pu faire mieux, pas pu combiner aussi parfaitement le cahier des charges d’un James Bond Theme et le ton d’un single d’Adele.
Et surtout, même si c’est en partie grâce à la tendance retro/vintage adoptée par une certaine pop music « respectable » depuis quelques années, on tient là une vraie chanson classique, old school, évoquant les compositions de John Barry. Pas de synthé ou de guitares rock pour raccrocher la chanson à un album de l’artiste ou au « son du moment », juste la voix, l’orchestre et les quelques notes évoquant subrepticement l’espionnage et le suspense : miraculeusement, Adele colle parfaitement aux standards d’un James Bond Theme classique.
Et c’est pour cela qu’elle va, très probablement, gagner un Oscar dans quelques mois.