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Solange – Cranes In The Sky / Don’t Touch My Hair

 

 

 

 

 

 

C’est fou comme Solange Knowles, qui est apparue dans le sillage de sa grande sœur avec des ambitions et un début de carrière qu’on pourrait qualifier de dispensables (pas de vrai hit – malgré le sympathique I Decided – pas d’identité musicale forte, la vague impression qu’elle surfait sur la notoriété de son patronyme pour se faire une mini-carrière et du fric sans trop d’efforts, l’essentiel de ses revenus musicaux venant de crédits d’écriture venant de textes pour Beyoncé), a réussi son virage de muse hipster. Entamé avant celui de sa soeur, ce tournant lui a permis d’acquérir une solide fanbase en ligne, qui la suit de clips en festivals musicaux, faute d’acheter ses albums (elle a dû en vendre moins qu’Alizée au total, la pauvre). La voici donc de retour en 2016, quatre ans après Losing You et deux ans après la fameuse altercation entre elle et son beau-frère dans un ascenseur, pour redonner un vernis de respectabilité à son  actu. Résultat : l’album A Seat At The Table, sur lequel elle co-écrit tous les titres et où Beyoncé est totalement absente, où l’on retrouve des collaborations avec Lil’Wayne, Raphael Saadiq et Kelly Rowland. Et pour lancer tout ça, deux clips pour le prix d’un : Cranes In The Sky et Don’t Touch My Hair. Problème : ce n’est pas très fun, pas très pop, pas très intéressant, dans la droite lignée des machins hipsters chiants que pond le R’n’B post-Beyoncé à la pelle depuis 2013.

12 mois, 12 moments pop qui ont fait 2014

L’année se termine et, sans qu’on sache trop pourquoi, l’ambiance est toute grise. Comme si 2014 n’avait rien apporté de génial ou de mémorable. Il faut dire que les grandes popstars n’ont pas vraiment illuminé l’année et que le moral mondial semble s’être enlisé dans une vague lassitude post-crise, du genre résignation un peu blasée et fatigue de vivre cette époque complexe dont on espère qu’elle nous mènera, sans avoir à trop s’activer, vers des lendemains qui chantent, une nouvelle ère sans chômage, sans guerres, sans obscurantisme, sans fanatismes, sans individus largués au bord de la route parce qu’ils n’arrivent plus à s’adapter. Une nouvelle ère où on aura enfin réussi à dépasser tout ce qui fait de nos années 2010 une forme de sinistrose géante. Et si, dans la musique comme dans les autres arts, des couleurs criardes, des sons dance putassiers, des stars spectaculairement vulgos et des gros bateleurs ont réussi à faire illusion pendant quelque temps pour nous faire oublier le gris ambiant, 2014 aura été une année bizarrement atone.

 

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La soeur

Tout le monde le sait, je n’aime pas trop Beyoncé. C’est d’ailleurs un vrai sujet de tensions au sein de mon couple (ça et la Kpop) (et l’intégration de légumes dans notre alimentation quotidienne) (et le charisme de John Mayer) (et la disparition de ma télé) (et son projet de prénommer ses futurs enfants d’après les personnages de Buffy contre les vampires) (et la discographie de Keri Hilson) (mais à part ça, ça va) (bref). Par contre, je n’ai jamais rien eu contre sa petite soeur Solange. Enfin, mis à part le vague parfum de népotisme qui émane de la simple existence de sa carrière, bien sûr. Mais nul n’est parfait. Et depuis quelques jours, elle a lâché sur le ouèbe une petite bombe d’apparence inoffensive, variété un peu premier degré, mais quand c’est bien fait pourquoi bouder son plaisir ? C’est ma petite marotte musicale de la semaine (ce qui, traduit en langage concret, signifie que je l’ai écoutée une vingtaine de fois, hein, faut pas non plus me prendre pour un passionné).

Elle est mignonne Solange. Elle n’a pas un physique très marquant (il faut dire que c’est compliqué d’exister face à sa grande soeur, aussi), mais elle est mignonne. Et même si elle change un peu de registre cette année par rapport à ça :
… elle continue à faire des efforts pour proposer, dans chaque sous-genre musical qu’elle aborde, une production de qualité, un certain respect pour son (petit) public.
Cette fois-ci, c’est donc sur un single d’inspiration « world music » / alternative que Solange prend le contrepied de Beyoncé et propose un hymne frais, joliment urbain mais doux comme un souvenir d’été, avec Losing You. Il m’a fallu trois écoutes pour vraiment accrocher complètement, mais depuis, je me la passe en (quasi) boucle, donc. Et même si on se doute bien que Solange n’est pas vraiment roots, ni très « world music forever » dans sa tête, vu la famille qu’elle a (et donc le matelas doré sur lequel elle pose ses fesses), on ne peut que saluer la qualité de son single, appuyé par un clip fashion-cool de bon aloi, qui la place inconsciemment dans la lignée d’autres icônes roots (Neneh Cherry, Santigold, Esperanza Spalding, India Arie) qui ont compris qu’on pouvait être black dans la pop music sans être obligée de verser dans un folklore africanisant ou dans le poom-poom short du ghetto sur fond de dance music. Ce faisant, Solange devient peut-être plus universelle que Beyoncé.
Il faudrait aussi que je perde ce réflexe puéril d’instituteur blasé qui consiste à comparer les deux frangines, d’ailleurs. Mais que veux-tu, ce sont les Knwoles, la future famille Jackson du XXIème siècle, dont on se doute, même si on l’apprendra plus tard (forcément ébahis) dans des biographies non autorisées, qu’ils ont gavés leurs filles aux stéroïdes et leur ont administré quelques torgnoles pour qu’elles filent droit et se transforment en poules aux œufs d’or. Ou pas. Va savoir. Ou alors ce seront les Kardashian. Enfin, quoi qu’il en soit, c’est difficile de perdre le réflexe de la comparaison, surtout quand Solange semble cultiver le contraste. Et puis, je la comprends un peu. Imagine le calvaire qu’a dû être l’existence de Tito Jackson pendant les repas de famille, alors que MÊME La Toya a sorti des albums solo (et en a vendu quelques millions d’exemplaires). Ou pire, Jamie Lynn Spears. Les rivalités sont monnaie courante dans les fratries, alors quand en plus il y a de la célébrité et des millions de disques ou de spectateurs en jeu, comment veux-tu équilibrer ton égo et ne pas finir comme une sœur Olsen ?

Alerte capillaire à la New York Fashion Week

Moi-même, heureusement que j’ai à peu près réussi de longues études en séchant le tiers des cours, sinon mon frère aurait vraiment tout gagné. Non pas qu’il y ait un vrai gagnant à la fin, hein. Mais quand tu grandis avec une espèce de miroir déformé de toi-même qu’on appelle frangin (soit plus grand, soit plus petit, mais forcément plus ceci et moins cela), la comparaison permanente devient un critère essentiel de la manière dont tu te définis. Quand j’étais petit, mon frère (qui était encore plus petit) faisait un tas de chose en s’inspirant de moi. Puis, en grandissant, il a commencé à tout faire en se démarquant de moi. On change, on se compare, et finalement on veut exister par soi-même, correspondre à une définition différente de celle du frangin. Mais pas en moins bien non plus.

Là où Beyoncé sera superstar mondiale, Solange sera icône glamour indé. Mais tant qu’elle n’aura pas réussi à pondre au moins un smash hit, elle ne lâchera pas l’affaire. Parce que d’ici là, elle a trop la teu-hon aux repas de Thanksgiving.