le ballet

J’avais déjà écrit il y a quelques années sur le “ballet” qui peut se jouer, dans un bar, dans une soirée ou en club, alors qu’on est avec des amis, et qu’on capte soudain le regard de quelqu’un, dont on comprend quasi-instantanément que si on se retrouve seul à seul avec lui, on va se galocher comme des ados en rut. Ça m’est encore arrivé l’autre soir, mais de manière plus subtile, dans le sens où on n’a pas cherché un prétexte pour s’isoler du reste du groupe et se croiser “par inadvertance” dans la queue des toilettes. Là, c’est simplement un gars qu’une connaissance m’a présenté, alors que je l’avais croisé quelques instants plus tôt à l’Eagle. “Viens avec moi, reste pas seul, je vais te présenter mes copains !” Je dis bonjour, je serre des mains, je donne mon prénom, comme d’habitude il doivent s’y reprendre à deux fois avant de le comprendre. Lui, me regarde peut-être une demi-seconde de trop lorsqu’il me serre la main. Je relève silencieusement mais fais mine de rien. Je crois que l’un des autres mecs du groupe est son mec. Je n’y prête pas plus attention que ça, après tout, tout le monde est plus ou moins en couple ouvert ici, mais bon c’est un bar, pas une backroom. J’ai été à sa place, par le passé, je sais que la plupart du temps, couple libre ou pas, ce n’est pas open bar pour se montrer ouvertement irrespectueux envers son partenaire. Ce n’est que deux minutes plus tard, à la faveur d’un mouvement de groupe, qu’il fait deux pas de côté dans le cercle que nous formons, et se retrouve juste à ma droite. Il commence à me poser des questions, fait mine de s’intéresser. D’où je viens. Comment je suis arrivé là. C’est quoi mon nom déjà. Du small talk. Je suis du genre à être prudent et à ne voir des signes de drague, de flirt ou d’intérêt pour ma personne que lorsque c’est vraiment gros sabots. J’ai toujours peur de surinterpréter et d’être cette cruche qui croit que tout le monde la drague alors que pas du tout. Mais là, je le sais. Sourd d’une oreille, je dois presque toujours pencher mon visage, du côté qui entend, lorsque je tiens conversation dans un bar, un restaurant ou tout autre lieu bruyant. Cela crée, assez systématiquement, une proximité de fait avec mon interlocuteur qui, plus ou moins sobre, se retrouve a sur-articuler tout ce qu’il dit, les lèvres à quelques centimètres de ma joue. Mais c’est dans les détails, une main qui s’attarde sur l’épaule de l’autre comme pour mieux l’entendre lorsqu’il nous parle, un bras qui en frôle un autre. Une électricité qui circule.
Tu sais que tu vas coucher avec ce mec. Pas aujourd’hui, mais dans pas longtemps. Une heure plus tard, alors qu’il est parti, tu reçois un message sur Scruff. Le mec n’est plus là mais il a localisé le bar à distance pour te retrouver sur l’appli. Puis un ajout sur Instagram. Tu comprends que tu n’as pas halluciné, lui aussi il a dansé le ballet silencieux, et même s’il fait semblant pendant un message et demi d’être poli et de dire que c’était sympa de faire ta connaissance, la conversation tourne très vite autour de l’idée de se recroiser dans un cadre plus tranquille, et ne fait plus du tout semblant d’ignorer pour quoi faire.

3 thoughts on “le ballet

    • Vinsh

      février 6, 2026 at 8:50

      Le lien avec la chanson ne m’a bien évidemment pas échappé :p

      • Vinsh

        février 6, 2026 at 8:53

        (Par contre 1995, pas 1989, please, laisse-moi l’illusion que tout n’est pas encore plus vieux que cela n’en a l’air)

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