papi

Je devrais être vacciné des mecs latinos, à ce stade, mais que veux-tu, je n’aime pas faire des géneralités, et ce n’est pas une expérience ratée qui va immédiatement me faire avoir une dent contre tous les mecs originaires d’Amérique du Sud. Parmi les mecs que je « date » il y a donc (entre autres) des mexicains, des colombiens, des vénézuéliens, qui restent dans ma vie le temps d’un dîner ou de quelques nuits, et selon les compatibilités d’humeur cela peut même durer un peu plus longtemps. Je n’avais jamais eu de relations régulières avec des mecs dont la langue maternelle est l’espagnol jusqu’à présent, et il a donc fallu que je m’habitue à ce qu’on m’appelle papi, que ce soit au lit ou en rendez-vous. Il y en a même un qui m’appelle papa, ce qui bizarrement me perturbe encore plus. Mais bon, en espagnol, papi est un mot qui sert tantôt à désigner un beau gosse, ton fils, ton pote ou le mec avec lequel tu sors, et pas un aïeul, donc je me retiens de sourire d’un air gêné ou mi-offusqué lorsque j’entends un “papi” au milieu de la phrase et que je comprends que c’est pour moi.

 

Comme tous les autres, en revanche, mes “papas” sont sagement tenus à distance s’ils commencent à essayer de s’immiscer dans mon emploi du temps et de squatter chez moi dès que j’ai une heure de libre. Il y en a un qui, après une nuit chez moi, semblait avoir pour projet de passer 48 heures d’affilée avec moi, à zoner sur mon lit en jouant a la Switch pendant que je bossais en télétravail; je l’ai vite renvoyé chez lui au bout d’une matinée. J’apprécie la compagnie et la marque d’affection, hein, mais on ne va pas commencer à vivre l’un sur l’autre comme ça après avoir couché deux fois ensemble, bonhomme, je vais avoir besoin d’un peu de temps. Un autre gars, au bout de trois ou quatre semaines qu’on se voyait (donc, à tout casser, on avait dû se voir cinq ou six fois), a tenté l’amorce de conversation sur l’idée de passer a une relation plus “officielle” (et donc “sérieuse”) et m’a expliqué qu’une fois arrivé à cette étape, ses attentes allaient changer, et il allait devenir très jaloux et possessif de mon temps libre parce que “tu comprends, nous les latinos on est comme ça, mon mec c’est mon mec, je veux être avec lui tout le temps, et personne n’y touche et personne ne le regarde”. Oula, du calme, papi. Quand j’ai raconté ça à ma psy, j’ai lu dans son regard la pensée qui lui a immédiatement traversé l’esprit : “Nan mais elle est conne ou quoi ?”. Il a fallu que je la rassure sur ma capacité a éconduire ce genre d’élan amoureux, sinon la pauvre elle était en train de se dire que ça faisait des mois qu’elle bossait dans le vide sur mon cas. Donc merci chouchou, mais je sors d’en prendre, alors je vais passer mon tour cette fois-ci sur la relation en mode proprio. Et puis calmez-vous les mecs, quoi. On s’est littéralement rencontrés en backroom il y a vingt minutes et vous voulez déjà que je sois votre femme ? Je veux dire, on a commencé à jouer sur un terrain plutôt libre et avec un hédonisme et un rapport au célibat que j’imaginais épanouis et sereins, on peut peut-être zapper la case mariage dans un premier temps, non ? J’imagine que tout le monde n’est pas sur la même longueur d’ondes que moi, et après tout il n’y a rien de mal, en soi, à chercher quelque chose de plus sérieux. Je comprends ces garçons. J’étais eux, jusqu’à récemment. Prêt à tomber amoureux au bout de deux jours si l’alchimie sexuelle était bonne. Mais après que mon romantisme échevelé m’ait fait prendre les décisions les plus destructrices de ma vie d’adulte, me faire appeler papi ne suffit plus (ou pas encore) à me faire perdre la tête. D’ici quelques mois, peut-être. Pour l’instant, non, je ne me laisserai pas ferrer ou priver de ma liberté de mouvement ou de mes choix de vie ou de carrière pour faire plaisir et me conformer aux attentes de quelqu’un d’autre. J’ai trop à reconstruire. Alors papi, pour l’instant, ce sera seulement pour s’amuser.


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