Archives par mot-clé : Pornographie et grand public

Don Jon, le porn ou la vie

 

don jon gordon levitt johansson

Allez. Un dernier post pour 2013 avant d’aller festoyer, prendre d’illusoires résolutions et souhaiter mieux pour 2014. Joseph Gordon-Levitt, intronisé icône du cool au tournant des années 2000 grâce à Mysterious Skin et (surtout) 500 Days of Summer, qui l’a vraiment fait connaître du grand public tout en mettant en place son image de meilleur pote de Zooey Deschanel et le terreau de ses futures collab’ de prestige avec Christopher Nolan ou Steven Spielberg, avait suscité la curiosité en annonçant son premier film en tant que réalisateur, qui serait une comédie romantique traitant de l’addiction au porno. Très James Frco-esque, comme projet (en moins gay). Il y a deux mois, j’avais loupé le coche pour l’avant-première organisée à l’UGC des Halles, qui avait été littéralement pris d’assaut, et je me suis donc rabattu sur la sortie en salles pour découvrir Don Jon.

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Orgasmes dans le métro

Nymphomaniac_poster

 

C’est peu de dire que Nymphomaniac, le nouveau film de Lars Von Trier, cultive le suspense et l’attente depuis deux ans. C’est presque devenu une arlésienne, en fait, mais ça y est, on a une date de sortie, ou plutôt des dates de sorties : le 1er janvier 2014 pour la première partie, le 29 janvier 2014 pour la deuxième… et peut-être, selon une rumeur persistante, une version non censurée incluant plusieurs scènes pornographiques qui serait présentée au prochain Festival de Cannes. Ce serait une sulfureuse réconciliation entre Lars Von Trier et le festival qui lui attribua son Grand Prix en 1996, pour toujours lui refuser sa Palme d’Or depuis, et le déclarer persona non grata en 2011 à la suite de ses déclarations crétines sur le nazisme, en pleine Quinzaine. Mais ce n’est pas encore fait, hein. N’empêche que susciter l’une des plus grosses attentes de sa carrière, auprès de la presse et du grand public, avec un drame érotique racontant le parcours de vie d’une femme nymphomane de son enfance à ses 50 ans, c’est pour le moins inhabituelle, dans la carrière d’un réalisateur. Paradoxalement, prix et polémiques ont contribué à rendre Lars von Trier plus « mainstream », alors même que son cinéma ne le devenait pas, lorgnant de plus en plus vers la crudité : sexe (il est l’un des précurseurs des relations sexuelles non simulées filmées dans des films non-pornographiques), violence, comportements erratiques voire psychotiques… Mais on est désormais fin 2013, et la machine marketing autour de Nymphomaniac se met en place, avec des reprises sur Konbini, Pure People ou Voici.

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François Sagat chante nu

Mes carrés de chocolat blanc, parfois la pornographie porte jusqu’à la sphère mainstream la notoriété d’une de ses stars, qui devient alors une icône un peu sulfureuse sur les plateaux de talk-shows et autres magazines en mal de chroniqueurs aptes à exciter le lectorat sur leur seul nom. Ce sont les Ovidie, Katsuni, Clara Morgane, Julia Channel et autres HPG, qui, parce qu’ils sont un peu plus bavards, un peu moins bêtes en apparence, capables de produire un discours et une argumentation construite autour de leur carrière, réussissent à pousser, même de manière un peu artificielle, les portes du showbiz « traditionnel ».

Je dis artificielle, parce que finalement, quand Ovidie écrit des bouquins, c’est pour parler de cul, quand elle tourne dans un film tradi, c’est Le Pornographe de Bertrand Bonello, quand elle anime une chronique radio, ça parle de sexe façon Brigitte Lahaie ; quand HPG tourne un film « traditionnel », c’est pour pondre On ne devrait pas exister, un ovni déglingué prétexte à faire tourner des acteurs pornos dans un film non sexuel ; quand Clara Morgane quiite le milieu du porno pour se recycler, c’est pour minauder sur des singles de R’n’B vaguement bas de gamme et vendre des calendriers lingerie… Bref, on fait genre les passerelles sont ouvertes entre le porno et le reste des sphères culturelles, mais elles sont surtout ouvertes pour s’offrir des cautions culturelles sulfureuses ou, dans le cas du cinéma, s’offrir des acteurs suffisamment décomplexés au niveau physique pour tourner la scène de cul un peu osée que Gérard Lanvin ou Isabelle Carré auraient probablement refusée (cf. Rocco Siffredi chez Catherine Breillat), et qui permettra aux journalistes de bâiller un peu moins pendant la projection presse.
Et puis il y a François Sagat. Pas forcément épargné par la tendance des acteurs pornos essentiellement recrutés pour montrer leurs fesses dans des productions « grand public » où ils essaient de ne pas jouer comme des pinces à linge (cf. son partenariat intello-cinématographique avec Christophe Honoré, que presque personne n’est allé voir en salles), l’acteur bénéficie toutefois, par rapport à de nombreux autres, d’un atout majeur qui le sauve un peu, au moins pour un temps, du pathétique : il vise plutôt l’underground que le grand public, en fait. Et puis c’est un acteur porno gay, aussi : de facto, le public de Clara Morgane, il peut l’oublier dès le départ, même s’il arrive à faire un single avec Lord Kossity en featuring. Mais dans sa démarche et ses délires visuels, on sent clairement qu’il n’en a rien à foutre d’aller ou non causer un jour sur le plateau de Thierry Ardisson.
Quand il tourne un film « traditionnel », c’est avec Bruce LaBruce, ça s’appelle L.A. Zombie et on ne peut pas vraiment dire que ça s’adresse au grand public (cite moi un garçon hétéro qui a vu ce film), vu que ça contient entre autres choses réjouissantes et sanguinolentes, des scènes porno. Quand il devient muse des Inrocks ou d’Honoré, c’est pour montrer son corps nu. Parce que François Sagat, son corps, c’est son outil, son talent, son oeuvre. Outre son très beau scalp tatoué (même si je me demande toujours comment vont vieillir l’encre et la forme de son crâne), c’est son corps sculpté par la fonte, sa cambrure de jeune gymnaste allumeuse et ses fesses à la rondeur imposante que François Sagat a décidé d’offrir au monde, comme une sorte d’oeuvre d’art contemporain, de pin-up mâle qui, au-delà de son aspect sulfureux, a quelque chose de fascinant. Est-ce un vide abyssal ou un esprit riche, je ne sais jamais trop. Mais il a l’air d’avoir compris que sa postérité, il la devra à son corps. Du moins c’est comme ça que je perçois les choses pour le moment. Et je trouve la démarche finalement plus intelligente (car plus originale, même si probablement moins rémunératrice) que celle qui consiste à se faire produire un single pourri que de toute façon personne n’achètera, ou celle qui consiste à s’enfermer dans le créneau du conseil de cul (comme si tourner des pornos était une activité sexuelle normale et rendait légitime à donner des conseils pour les pauvres types lambda à la sexualité plan-plan que nous sommes tous)… Là, au moins, personne ne se sert de lui pour ajouter une caution sulfureuse à une oeuvre intello-bobo sur Amira Casar qui fait une dépression : il évolue dans la sphère beaucoup plus cohérente et tolérante du weird art, où l’érotique n’est finalement que du corps, pas du produit à branlette.
Bon, pour sa nouvelle création, dans la lignée de ses séries de photos perchées postées sur le web, il nous gratifie d’un clip musical, dont je doute sincèrement qu’il ait vocation à atteindre le sommet du Top 50, où il chante et montre ses fesses (dommage, pour une fois, elles sont stratégiquement cachées par des barres noires) (mais peut-être est-ce voulu va savoir, je pige rien à l’art, moi).
Cela s’appelle « HADES », c’est conçu en collaboration avec Franck Glenisson et Sylvia Göbbel (connais pas… fais-je honte à la communauté ?) (c’est une ancienne muse d’Helmut Newton apparemment) et c’est probablement le truc le plus bizarre que tu verras cette semaine. Bon, je te préviens tout de suite, si c’est pas ta came ni ta sensibilité, tu risques d’y voir une parodie de clip de Mylène Farmer mais avec des fesses et du cuir. Surtout avec des paroles du genre « timidement par ma salive, régénérer tes entrailles »…
Perso, je suis un peu trop premier degré pour apprécier pleinement la portée du truc, mais Callie, elle, appréciera sûrement…